Michèle (Isabelle Huppert, sublime) est agressée et violée chez elle par un homme masqué. Elle se relève, un peu sonnée, un peu blessée, commande des plats asiatiques comme si de rien n'était et se couche un marteau à la main. Annonçant à ses proches ce qu'elle a subi, elle ne porte pas plainte et reprend sa vie entre sa boîte de création de jeux vidéo, son benêt de fils, sa mère (Judith Magre) affublée de son gigolo, son ex-mari (Charles Berling, très bon), son amant (mari de sa meilleure amie) et son voisin sympa et serviable (Laurent Laffitte, excellent). Commence un jeu pervers pour trouver (ou pas) qui l'a agressée et qui lui envoie SMS et emails salaces, déplacés, dégradants, ouvertement pornographiques. La victime n'a pas l'air victime. Elle l'est pourtant. La scène de viol en témoigne. Mais le film, totalement amoral et subversif, tordu et drôle, violent (on est chez Verhoeven) et bourré de fausses pistes interroge le spectateur, détourne son propre scénario, joue avec les certitudes et les mystères. Qui manipule qui ? Qui surveille qui ? A qui peut-on faire confiance ? Maître-cinéaste, Verhoeven travaille chaque plan. On y voit les personnages s'observer, se jauger, s'épier, s'écouter, se contester, se détester, se désirer. Rien n'est épargné aux personnages comme au spectateur. Une femme violée peut-elle continuer sa vie comme si cela n'était qu'une péripétie ? Cela peut-il réveiller dans sa personnalité des aspects qu'elle tentera d'utiliser à son avantage ? La violence qu'elle a subie correspond-elle à une violence que, sous une autre forme, elle aime ? Moralisateurs et prêchi-prêcheurs s'abstenir. Le film n'est pro ni anti rien. Il ne défend aucune cause, ne s'en prend à personne, ne dégaine pas les indignations automatiques, Un chef-d'oeuvre.