Cela aurait pu être une histoire dans la lignée du "Journal d'une femme de chambre", côté "capitaine Mauger"/servante-maîtresse, mais là le capitaine (Charles de R.) est un homme digne et généreux (s'il ne la reconnaît pas, ou l'adopte, il couche Louise, la bâtarde d'Angèle, sur son testament), et non un personnage mesquin et grotesque, et l'héroïne (Angèle), ni une ancienne "fille" (Célestine), ni une bonne cupide et mal dégrossie (Rose), comme chez Mirbeau, mais une infirmière, (presque) veuve de guerre. On est à la fin de la Grande guerre, en Picardie, à quelques kilomètres du front (dont on perçoit, dans la distance, les lueurs et l'écho des canonnades). "L'Odeur de la mandarine" (ou plutôt de "Mandarine", la jument) n'est pas une critique sociale acerbe à la Mirbeau, mais un film d'apprentissage (ou de renaissance - à la vie - de deux "accidentés", lui, mutilé de guerre, elle, à qui ce conflit interminable a ravi le père de son enfant). C'est assez bien fait, même si les métaphores naturalistes (la saillie de Mandarine, les rencontres avec le cerf..) sont finalement un peu lourdes. Le meilleur de ce 4e "long" du quinqua Gilles Legrand (dont il n'est pas le seul scénariste - le chevronné Guillaume Laurant, souvent complice de Jeunet et ex-mari de Sandrine Bonnaire, à la coécriture) est, outre une belle photo (Yves Angelo), une solide distribution : l'excellent Olivier Gourmet (Charles), Hélène Vincent (Amélie, la gouvernante), la pensionnaire du Français Georgia Scalliet - première apparition sur grand écran (Angèle), et l'inquiétant Dimitri Storoge (la "tentation" de passage, façon "Joseph" - si l'on voulait poursuivre la familiarité avec Mirbeau). Même les petits rôles sont bien tenus (la petite Louise, les cacochymes notaire de famille et curé du village, le sergent-fourrier cherchant à réquisitionner de nouveaux chevaux - promis à l'horreur du front ....).