Le Dernier duel
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lmc-3

307 abonnés 509 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 13 octobre 2021
Magnifique Ridley Scott.

Une succession de trois version des faits aux différences de différentes échelles, allant des plus flagrantes aux plus petites, jusqu'aux plus subtiles à ne pas louper, la caméra allant même jusqu’à suivre la personne qui la raconte, un récit général propre, excellemment bien écrit, des décors grandioses, un respect du contexte d’époque (comme rarement) fidélisé, entre vêtements, perruques et crasse, ici on a affaire à la boue et au sang coagulé, et non à des personnages sortant du pressing.
Brutal visuellement, ne laissant aucune dentelle dans les détails les plus macabres, aussi bien dans le domaine de la guerre, que dans les différences de statut de richesses ou de sexe biologique, les riches sont riches, soyeux, les pauvres crasseux, les femmes soumises à une politique patriarcale violente où elles ne comptent pas, avec la religion et ses dogmes en ajoutant une couche.
Parfois il arrive de se demander si cette fresque de personnages grossiers est une façon maquillée par les Américains de se moquer des français, on notera par exemple un Charles VI semblant tout droit échappé de la série ‘The End Of The F***ing World’ (pour le plus grand plaisir de ceux le reconnaissant), mais sans oublier que ce contexte existait bien également au-delà des frontières.
Une pinte d’humour très noir autour de la vie des femmes de haut rang utilisées pourtant comme objets de vente dans des mariages arrangés, de leur vie quotidienne au-delà du viol, le film transpire la crédibilité, et la crétinerie humaine dans ses âges parmi les plus sombres.
Féministe, il est intéressant d’aborder un thème comme celui qu’il aborde en le transposant au quatorzième siècle.
¨
Un Matt Damon méconnaissable jouant un personnage odieux, un Ben Affleck blond semblant rachitique à côté de son rôle de Batman, et un Adam Driver jouant un personnage au nom semblant sortir d’une caricature malgré que ce soit tiré de personnages réels.
Au-delà de la pertinence, de la qualité générale du visuel rendu possible par toutes ces maquettes, toutes ces tenues et tous ces accessoires, d’un éclairage aux petits oignons et d’un cadrage hors pairs, on peut aussi noter la générosité de la violence graphique et l’esthétique des cadavres, pour un tout haletant, spectaculaire, et très sombre.
Zéro perte de rythme malgré de longues expositions de dialogues (le film étant avant tout le récit de l’accusé et des victimes AVANT d'être un film d'action): une belle claque.
Jodie Comer, que j’ai découvert il y a peu dans ‘Free Guy’, tient parfaitement son rôle de femme bafouée déterminée, alors que le monde masculin contre elle.
Tout monte en crescendo pour un final ne conjurant pas grand-chose, tant la notion même de justice appliquée, et la façon dont-elle est appliquée, sont grotesques, même au point de vu de cette fameuse femme.


Pour ce qui est du négatif: même s’il ne s’agit pas d’actes sexuels en armure en plaque: sérieusement qu’est-ce qu’ils ont nos réals avec le Moyen-Age et les personnages qui réussissent l’exploit de copuler avec trois kg de robes sur soi?! Dans un film faisant tout dans la peinture, là, et pourtant ces scènes sont censées être graves, on est en plein dans le ridicule, au point de sourire quand on ne devrait pas.

Fortement recommandé.
AZZZO

363 abonnés 998 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 3 novembre 2021
Grâce au procédé du récit en miroir, Ridley Scott nous présente une seule et même histoire vue au travers des yeux de chacun de ses trois protagonistes. Nous découvrons ainsi que chaque récit est subjectif. Cette lapalissade s'adapte en premier lieu à Ridley Scott. Son Moyen-Age n'est pas LE Moyen-Age. C'est SA vision du Moyen-Age. Un Moyen-Age en carton-pâte. Car une fois de plus - comme il est d'usage dans chacun de ses films pseudo-historiques - le passé n'est qu'une transposition du présent. Pour ce film, le brave Ridley repousse magistralement les frontières connues de l'anachronisme : dialogues, coupes de cheveux, jeu des acteurs, c'est un régal. Big up pour deux scènes : celle où Marguerite se confie sur son plaisir conjugal avec son médecin (les sexologues médiévaux étaient réputés, il faut dire) et celle dans l'échoppe du couturier de Paris où un troubadour joue du flutiau, sans doute pour remplacer la musique d'ambiance qui fait défaut, le Spotify du XIVe siècle.
Mais tout cela est anecdotique et prête seulement à sourire. Ce qui est vraiment reprochable à notre historien débutant, c'est d'avoir transposé les rapports hommes-femmes actuels à une époque où ils n'ont absolument rien à voir. Dénoncer le machisme, le patriarcat et le viol sont des combats indispensables mais qui n'ont pas d'équivalent au bas Moyen-Age. La femme ne se comprend que sous l'angle religieux : elle est la femme pécheresse, l'incarnation diabolique du vice. Cette culpabilité que lui fait porter une religion alors omniprésente réduit de facto son rôle social. Le récit contemporain de la maltraitance des femmes est donc totalement inepte. Par ce duel, Jean de Carrouges n'a pas du tout défendu l'honneur d'une femme violée mais celui d'une famille qui était déjà en litige (connu) avec son adversaire. Les actes et sentiments attribués à Jodie Comer sont ceux d'une femme moderne. Le wokisme médiéval n'existe pas. Que le film se déroule au bas Moyen-Age est inepte mais surtout regrettable car, une fois de plus, la question du viol s'en trouve fictionnalisée, narrée dans une histoire lointaine, hors de notre réalité. Si Ridley Scott veut vraiment traiter le sujet du viol, qu'il pose sa caméra sur l'épaule, qu'il quitte les studios hollywoodiens, oublie les effets spéciaux, et qu'il fasse un film sur notre monde, dur, social, réel, car le viol n'est pas une fantaisie romanesque, une histoire qu'on raconte pour se divertir, mais malheureusement un triste sujet d'actualité.
On m'objectera que c'est un moyen de sensibiliser le plus grand nombre. Mais le viol de Marguerite (pourtant montré deux fois) horrifie-t-il les spectateurs autant que celui filmé à dessein par Gaspard Noé dans "Irréversible" ? Les viols et les meurtres sur grand écran sont tellement fictionnels et aseptisés qu'ils ne participent nullement à faire baisser le crime. Surtout avec des réalisateurs qui passent leur temps à esthétiser la violence masculine dans de longues scènes de combats filmées au ralenti, avec musique et hectolitres de sang. Suivez mon regard...
Pour achever avec des fleurs l'enterrement du pauvre Ridley, revenons à la forme. Le procédé du récit en miroir n'apporte rien. Juste le sentiment pénible de devoir se farcir deux voire trois fois la plupart des scènes. A qui apprécie cette technique de narration, je recommanderai l'excellent "Mademoiselle" de Chan Woo Park qui prouve qu'il est possible de raconter trois fois la même histoire sans jamais se répéter... à condition, bien-sûr, d'avoir un peu de talent.
Pierre-Alexis G.
Pierre-Alexis G.

10 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 1 novembre 2023
Ridley Scott déteste le moyen-âge. Pour lui c'est pire que les ténèbres et ce film c'est 2:30 en gris et noir. Les femmes sont violees, l'église est (bien sûr) idiote , les guerres sont vaines, les chevaliers sont dépravés. Bref, un film d'une violence inouïe qui est une charge contre le Chevalier défenseur de la veuve et de l'orphelin, de l'amour courtois, et des cathédrales. A ce sujet même la cathédrale ND de Paris est représentée comme un vaisseau noir et inquiétant, sorte de cœur diabolique de Paris. Donc si vous voulez préparer votre suicide, allez-y, c'est le film qu'il vous faut, sinon passez votre chemin.
gimliamideselfes

3 433 abonnés 4 013 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 2 décembre 2021
Ce duel méritait une adaptation cinématographique, mais peut-être pas comme ça... Disons que ça fait toujours bizarre de voir des français parler en anglais, alors qu'un tournage en patois de l'époque aurait été juste divin, mais ce qui me pose problème avec ce film c'est que finalement tout ça est assez convenu.

La particularité du film c'est qu'on nous apporte trois points de vue, de trois personnages différents sur un viol (le mari, le violeur et la femme violée). Malheureusement je ne vois pas réellement l'intérêt, parce que la vision de chaque personnage n'apporte pas un énorme éclaircissement sur cette affaire. On montre quelques petits trucs en plus, qui sont certes utiles pour mieux cerner les personnages, mais rien de bien folichon non plus. En fait je ne suis pas certain que ça apporte grand chose. Surtout que même si on se retape peu de scènes en entier plusieurs fois, les changements sont parfois assez subtils. Je veux dire que lorsqu'on voit le viol pour la seconde fois, oui c'est plus violent, mais la première version laissait déjà peu de place au doute quant au fait que ça soit un viol.

De manière générale le film manque d'un récit encadrant (le procès par exemple), qui lierait un peu mieux tout ça ensemble, surtout dans le segment de Matt Damon, où on se tape pas mal d'ellipses, ce qui donne un petit côté frustrant car les séquences s'enchaînent très vite sans avoir réellement eu le temps de développer quoique ce soit.

J'ai néanmoins apprécié l'ambigüité des personnages, Matt Damon qui se voit comme le mari idéal et Adam Driver comme un tombeur irrésistible et que malgré ça avec le point de vue de la fille on comprend que ça n'est pas réellement le cas.

Mais le segment avec Matt Damon il faut quand même se le taper, parce que si certaines scènes auront des éclaircissement plus tard, il n'en reste pas moins le plus mou et morne et vu qu'il est au début, ça n'aide à s'intéresser à tout ça. En fait lui se voit comme un type juste, bon, droit, etc, et cette vision du personnage est de loin la plus inintéressante du film.

En fait je trouve le film mou du genou, trop terne, trop fade, il ne fait finalement rien de cet aspect de dernier duel... ça n'est absolument jamais traité ou même abordé dans le film. C'est dommage, il y avait quelque chose à faire de ce côté là.
C'est peut-être le dernier duel judiciaire, mais dans le film, c'est juste un duel...

Bon en réalité on sent bien que papy Scott avait comme quasiment seule ambition de parler de la condition féminine, du viol généralisé, des victimes qui refusent de parler, du châtiment que les attend si elles parlent, etc. Je suppose qu'on ne pouvait pas tout faire dans le même film, ça aurait été trop indigeste...

Le tout donne une impression de pas totalement fini, comme si c'était une version de travail dans laquelle on avait oublié d’insulter un supplément d'âme pour que tout ne soit pas aussi terne...
C'est gris quoi...

Après le film se suit, sans trop de déplaisir, même s'il est vraiment beaucoup trop long...
Kevin dioles
Kevin dioles

78 abonnés 779 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 20 mars 2025
LE DERNIER DUEL (2021): Un retour au Moyen-âge avec une accusation vue sous trois aspects différents qui pourra aussi donner cette impression de tourner en rond. Un début surprenant avec cette vision de la ville de Paris à son commencement . Les décors, les costumes ainsi qu'une clarté froide nous plongera dans le passé sans aucune difficulté. Un jugement intéressant, doit-on donner raison à Dame Marguerite De Carrouges ? La justice de l'homme devra trancher devant ces trois opinions. Incapable de prendre une décision, elle laissera la loi de Dieu faire son propre jugement par combat à mort (pour moi très éprouvant). Une réalisation de Ridley Scott très prenante mené par un remarquable casting: Matt Damon (Jean de Carrouges) le trompé, Adam Driver (Jacques Le Gris) le salop, Jodie Comer (Marguerite de Carrouges) la plaignante .Le spectateur qui cherchera des batailles spectaculaires sera peut-être un peu déçu, Ridley préfèrera se concentrer sur ses personnages ainsi que sur l'intrigue de la vérité au plus proche de cette histoire vraie. Excellent!
Bdfoucher
Bdfoucher

69 abonnés 94 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 16 octobre 2021
Un excellent Ridley Scott assurément, sourcé par le livre éponyme de Éric Japer dont il ne s’éloigne que pour le narratif éclaté. L’histoire d’abord : le 29 décembre 1386, Jean de Carrouges (Matt Démon très inspiré ) affronte à Paris sous l’œil du roi Charles VI Jacques le gris (Adam Driver ) dans un duel monté à mort pour faire éclater la vérité, par Dieu, sur un viol dont a été victime Marguerite (Sublime Jodie Comer) épouse du premier. Tout tourne autour de ce fait central qui est raconté, en trois chapitres, par chacun des protagonistes, le mari absent au moment des faits, l’ami qui commet l’acte et Marguerite qui le subit. Le dernier duel fait penser immédiatement à Rashomon (1950) d’Akira Kurosawa.qui fait témoigner trois personnages pour le même meurtre avec quatre visions dans lesquels se perd le spectateur. Il y a entre les trois versions des faits identiques et des divergences: l’amitié entre Jean de Carrouges et Jacques le Gris, la loyauté rigide du premier qui est un guerrier et la dévotion intéressée de l’autre qui est un courtisan. Le tour de force tient à ce que dans les trois versions le viol est bien un viol et que Marguerite qui en est la victime convainc son mari de ne pas taire l’outrage et de porter l’affaire publiquement devant le parlement et la cour qui tranchent en faveur d’un duel judiciaire, le dernier prononcé de la sorte. C’est sous cette angle que cette vieille affaire revêt une forme contemporaine même si au bout du compte Jean Carrouges lave tout autant l’honneur de son nom que la vertu de son épouse dont il attend avant tout chose un fils. Le film est brutal. Les décors urbains sont spectaculaires et les scènes de batailles, filmées en gros plans mobiles, dans le bruit des chevaux lourds et le choc des armures, effroyables. La vie est sans pitié dans ce monde sans sécurité où la société militarisée est un danger pour tous. Jean de Carrouges, vengé et réhabilité, poursuivra la guerre au service du roi . Il meurt dix plus tard à la bataille de Nicopolis sous les ordres de Jean sans Peur en Bulgarie. Sa femme, nous dit on, vivra 30 ans dans une relative prospérité. Une happy end certes mais il faut se rengorger avant de sourire tant il a fallu de sauvagerie pour en arriver là et tant la justice des hommes de ce temps ne tenait qu’à un fil, avec une foule toujours prête à acclamer le plus fort quelqu’il soit. La raison du plus fort …
Roub E.

1 306 abonnés 5 373 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 24 juillet 2022
Gros échec au box office, « le dernier duel » est pourtant le meilleur Ridley Scott tardif. L’évocation du dernier duel judiciaire dans la France du 14e siècle est l’occasion pour lui de parler de la culture du viol à travers le regard de trois personnages : le mari, l’agresseur et enfin la femme. Intéressant de voir à quel point il modernise et actualise le film de Moyen Âge petit à petit en présentant en première partie la vision de Jean de Carouges, chevalier noble qui se bat pour son roi et son honneur, une vision qui va être mise à mal par les deux points de vue suivant qui vont le montrer comme un personnage frustre, bas du front et dont l’honneur ressemble plus à de l’orgueil mal placé (il prend par exemple le viol de sa femme comme une offense personnelle). Puis celle de Jacques le Gris, personnage séducteur qui a réussi à élever son rang grâce à la flagornerie et l’éloquence qui ne comprend pas que Marguerite se refuse à lui alors qu’il obtient tout ce qu’il désire. Et enfin la vision de Marguerite, la plus marquante du film qui nous montre que dans une société patriarcale le femme est à la fois victime et coupable. Après avoir été violée c’est elle qui sera accusée d’avoir provoqué les choses, comme elle était accusée avant d’être une mauvaise épouse qui ne tombe pas enceinte… Passionnant sur le fond le film est aussi une réussite sur la forme, Ridley Scott retrouvant sa maestria pour les batailles épiques et les combats spectaculaires. La photo souligne un moyen âge obscur et obscurantiste ou la tradition est érigée en vertu. Agrémenté en plus d’un excellent casting ou Jodie Comer se révèle au milieu des têtes d’affiche. Un film qui aurait mérité un autre sort mais quoi de plus normal pour une œuvre qui parle d’injustice.
moket

660 abonnés 4 675 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 30 juin 2022
Une fresque ambitieuse, une réalisation magistrale, des interprètes de haute volée, des scènes d'action à couper le souffle et une narration au parti pris assez fort... Un film intense et militant à la fois.
pfloyd1
pfloyd1

177 abonnés 2 296 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 24 janvier 2022
Voir les deux amis d'enfance, Matt Damon et Ben Affleck dirigés par l'un des grands maître du cinéma Ridley Scott est exceptionnel !! Dans un environnement authentique du 14e siècle, à une époque difficiles où les chevaliers avaient quasi le droit de cuissage au nom de Dieu, une injustice, un affront doit être réparé par le sang, un vrai duel attend ces deux chevaliers. La belle et douce Nicole Holofcener réclame justice à travers son mari qui devra se battre, ainsi trois chapitres représentants les trois versions individuelles des intéressés seront proposé. Une histoire vraie, passionnante et cruelle nous attend. Ces trois acteurs principaux sont dirigés par une main de Maître et excelles dans leur rôle, l'histoire est haletante et l’atmosphère médiévale forte et authentique, on frôle le chef d’œuvre.
Fêtons le cinéma

849 abonnés 3 658 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 16 octobre 2021
L’intérêt que présente The Last Duel, film mineur dans l’œuvre immense de Ridley Scott, réside dans cette focalisation en trompe-l’œil qui, en épousant successivement trois points de vue correspondant aux trois personnages en présence, met en place un héros populaire, sorte d’avatar de Robin des Bois en conflit avec le roi et sa cour, pour mieux le miner de l’intérieur et dévier peu à peu vers le héros véritable, héroïne en somme, qui ne trouve le bonheur que dans l’accomplissement d’une vie en retrait et sans hommes. Ce faisant, le cinéaste offre un pied-de-nez aux modèles viriles qu’il consacrait dans ses fictions historiques, de Gladiator (2000) à Robin Hood (2010) : le masculin se voit ici ensauvagé et bestialisé, ses appétits – carnassiers, sexuels, mobiliers, financiers – et sa soif de vengeance font de lui un être chétif et craintif qui divulgue sa nature mortelle en recourant à diverses activités belliqueuses, dont fait partie le viol.

« On pardonne à un enfant qui a peur du noir ; la vraie tragédie est l’homme qui a peur de la lumière », affirme Jacques le Gris dans une alcôve : cette citation latine résume à elle seule le long métrage, soit l’incapacité du masculin à quitter ses petits jeux de pouvoir pour transmettre la vie et toucher au sacré. C’est ainsi qu’il faut comprendre le féminisme de Scott dans The Last Duel : Marguerite ne tire aucune satisfaction dudit duel, elle paraît déboussolée et terrifiée quand, assise sur un cheval qui suit son époux, elle assiste aux éloges de ce dernier, à son adoubement par la foule qui suit directement son adoubement par le roi. Elle sait qu’avec cette victoire, Jean intègrera le microsome curial et ressemblera à ceux qu’il dénonçait non par certitude mais par jalousie ; l’épanouissement dernier résulte de son veuvage et de sa vie menée en marge de la cour.

La façon qu’a Scott de filmer le duel et d’en faire le cadre du film s’avère elle aussi double, duelle pourrions-nous dire : elle commence par l’épique, promesse d’une lutte entre deux hommes à la The Duellists (1977), et s’achève dans un bain de sang, expression de la cruauté et du plaisir sadique pris à tuer pour réparer son honneur et son nom. L’obsession de la réputation prend le pas sur le reste, et la femme devient – ou reste – un objet de transaction et l’incarnation d’un droit légitime à la propriété dans une société patriarcale au sein de laquelle convergent les intérêts du roi, ceux de son entourage et ceux de l’Église. Voilà pourquoi le point de vue de Marguerite est qualifié de « vérité vraie » : son combat, un combat feutré, d’intérieur, moral, un combat qui ne laisse pas de traces, qui ne marque par les chansons de geste, la fait accéder à une réalité supérieure et spirituelle et la change en icone applaudie par ses consœurs. La seule liberté gagnée par la femme réside dans son statut d’outlaw défini par la loi des hommes – on met sa parole en doute, on la juge au tribunal, on la menace de répudiation et de disgrâce – jusqu’à ce final bucolique qui laisse triompher la vie et contraste la grisaille environnante par les couleurs d’une reverdie. La femme, elle, n’a pas peur de la lumière.

Nous regretterons alors la longueur inutile d’une œuvre charcutée par son montage et ses sauts de puce incessants entre des lieux et des temporalités différents, ce qui brise l’immersion du spectateur et nuit au rythme d’ensemble.
Jake S.
Jake S.

87 abonnés 231 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 25 octobre 2021
C’est le retour en grâce de Ridley Scott ! Après une bonne dizaine d’années remplie de déceptions mais surtout animée par un cruel manque d’inspiration, le réalisateur de « Gladiator » et « Alien » nous pond un drame historique léché avec un scénario pour le moins atypique.

« Le Dernier Duel » met en scène l’opposition de deux écuyers à la fin du XIVème siècle, Jean de Carrouges et Jacques Le Gris, partenaires de combat devenus ennemis lorsque Jacques est accusé d'avoir violé l’épouse de Jean, la jeune Marguerite de Thibouville. Le premier élément intéressant est sans doute le choix de subdiviser l’intrigue en trois chapitres pour nous faire découvrir les trois points de vue de cette dite « vérité ». On pourrait penser que le film se répète en repassant les mêmes scènes encore et encore mais il n’en est rien. C’est une comparaison intelligente des versions de chacun qui permet de ne pas se laisser influencer trop facilement par l’un(e) ou par l’autre (même si, comme certains l’auront remarqué, un petit clin d’œil est fait au moment de l’introduction de la vérité selon Marguerite). Je ne sais pas si ces comparaisons sont véridiques et appuyées par des faits historiques mais c’est une réussite pour « stimuler » l’histoire et rendre le scénario plus ambivalent.

Côté acting, rien à redire, la nouvelle coqueluche d’Hollywood Adam Driver s’en sort très bien, tout comme ses compères Matt Damon et Jodie Corner. Le rôle de compte d’Alençon blond avec un bouc est assez inattendu pour Ben Affleck mais c’est tout de même convaincant ! On note également un certain perfectionnisme en terme de reconstitution des décors, des costumes et de l’ambiance globale, c’est bluffant !
Les combats sont prenants, les disputes et affrontements verbaux haletants… on ne s’ennuie pas. Il y a une certaine tension progressive qui s’installe et il est difficile de présager (à moins d’avoir bien retenu ces cours d’histoire) quelle sera l’issue de cette affaire.

Au-delà d’être beau et de rappeler l’histoire, le timing est sans doute bien choisi par Ridley Scott et l’équipe du film : dans une époque contemporaine où féminisme et égalité hommes-femmes prime de plus en plus, cette affaire met la lumière sur les inégalités de traitement des femmes, leur rabaissement dans la société moyenâgeuse (et même après) et la misogynie perpétuelle exercée à leur encontre par le clergé et la royauté. Marguerite se retrouve dans la position la plus inconfortable qui soit mais décide de faire face aux enjeux et risques encourus malgré les doutes de son mari et les menaces de l’agresseur en cas de délation. Tout cela au nom de la vérité et de son honneur.

Ce drame historique fait donc écho avec les scandales et accusations actuels dans le monde du cinéma envers des réalisateurs et producteurs qui étaient intouchables jusqu’à l’éclosion du mouvement #MeToo il y a 4 ans. On utilise l’histoire pour se rappeler autrement que ces sujets sont toujours bel et bien d’actualité.
Virginie P
Virginie P

57 abonnés 184 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 13 octobre 2021
Pas le meilleur Ridley Scott pour moi mais ça reste un bon film. Pas de longueurs, ni temps morts mais un manque d'émotions même si tous les acteurs tiennent bien leur rôle.
Pour le fait d'être inspiré d'événements réels et historiques (dernier duel judiciaire en France), ce film vaut d'être vu même si les puristes historiens y verront des erreurs scénaristiques.
"Le dernier duel" se situe au Moyen Âge avec ses scènes de combats reflétant plutôt bien cette époque barbare et se décline en 3 actes selon les 3 protagonistes de cette affaire judiciaire : Jean de Carrouges/Matt Damon, Jacques Le Gris/Adam Driver et Marguerite/Jodie Comer, la femme de Carrouges qui est violemment agressée...
Hors la réflexion sur le film, je laisse libre à chacun également sa réflexion sur le traitement encore réservé ajd aux femmes agressées
Les choix de pauline
Les choix de pauline

161 abonnés 270 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 14 octobre 2021
Un film balourd, grandiloquent et vide. Ce film est boursouflé, tout sonne faux malgré des moyens qu'on imagine conséquents!! La cause des femmes violees et réclamant justice n'est ici qu'un prétexte à l'affrontement violent de mâles. Les acteurs jouent mal, la structure du film ( 3 chapitres avec le point de vue de chacun) est parfaitement redondant et inutile. Un grand raté.
Aulanius
Aulanius

227 abonnés 1 784 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 18 octobre 2021
Franchement, comment peut-on s'appeler Ridley Scott et faire un film aussi quelconque avec autant de moyens et d'expérience. C'est tout simplement invraisemblable. Déjà pour commence, qu'est-ce que ça peut-être répétitif, je sais que c'est le but du truc mais quand même ... surtout qu'il dure quand même 2h30 ! J'ai été aussi assez déçu des seules scènes de batailles qui sont assez ridicules surtout quand on connait les antécédents réussis de monsieur. Les effets spéciaux ne sont pas non plus dignes de 2021 surtout avec ses énormes productions. Venant aux acteurs, qui pour moi à part Jodie Comer qui est excellente comme à son habitude et Adam Driver qui ne déçoit jamais ... pour le reste, ce n'est pas digne de ce nom. Matt Damon est plus que moyen et ne parlons même pas de Ben Affleck qui est à la limite du ridicule et je pèse mes mots. Pleins d'autres petites choses comme le fait que l'on voit qu'il y a un ballon pour faire le ventre de femme enceinte (sérieusement ?), les fausses barbes pour certains, etc. J'aime bien cette époque et en apprendre un peu plus à ce sujet, les décors et l'époque sont au niveau, l'ambiance ... ça dépend mais pour le reste quelle déception. Je ne comprends vraiment pas comment il y a pu avoir autant de bonnes critiques sur ce long métrage, à part la renommé du nom, je ne vois pas. Il faut être juste honnête, ce "Dernier Duel" est râté. Je n'étais pas le seul dans la salle à trouver le temps long car les gens regardaient leurs téléphones, allaient aux WC et parlaient même entre eux parfois ! Enfin bref, hyper déçu et je ne le recommande pas. De là à dire que ce serait un navet, ce serait exagéré mais franchement, ce n'est pas réussi. A vous de voir. 8/20.
Kristen Karlsson
Kristen Karlsson

2 abonnés 5 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 13 octobre 2021
Un très grand film qui ose confronter tous les points de vue. La reconstitution est impeccable et les acteurs sont tous habités par leur rôle. Ridley Scott arrive à nous prouver qu'il existe encore un grand cinéma et qu'il est toujours un grand réalisateur
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