A un vent tiédasse succède un vent froid; aux nuages, la pluie: le remède idéal pour lutter contre la morosité? Aller voir un film tiré d'un bon vieux roman de Jane Austen, mais attention, pas une transposition moderne, un vrai film en costumes où les calèches sont tirées par de magnifiques et puissants traits aux robes lustrées et parfaitement assorties (vous imaginez une calèche tirée par un cheval pie et un cheval bai? My God! Shocking!) et où les dames ont des robes à tournure et sur la tête, une pièce montée de bouclettes comme sur les portraits de Gainsborough ou de Reynolds.
Le plaisir que l'on a à voir Love and Friendship est largement accru par sa délicieuse perversité. Certes, l'héroïne est désargentée; à cette époque: titre, manoir, terres et fortune revenaient intégralement au fils aîné, voire à quelque mâle un peu plus éloigné si par malheur il n'y avait que des filles, et le sort des malheureuses se retrouvant tout à coup sans ressources a été, pour Jane Austen une source inépuisable de romans.... Il leur restait à se retirer dans un modeste cottage, servies par une unique domestique; ou à taper l'incruste chez de la famille fortunée.
Notre héroïne, Lady Susan (Kate Beckinsale), peu portée sur la modestie, a clairement choisi la seconde solution; ce qui la rend délicieuse, c'est que c'est une garce d'anthologie, ce qui nous change des demoiselles exquises mais trop bien-pensantes de Raison et sentiment et autre Orgueil et préjugés..... elle ne s'est jamais intéressée à sa fille Frédérica (Morfydd Clark), timide et renfermée, collée en pensionnat, mais elle va promptement s'en débarrasser, lui ayant trouvé un fiancé richissime, d'un heureux caractère mais hélas affligé d'une bêtise crasse (Tom Bennett).... Quant à Susan, elle compte bien continuer à fleureter avec de jeunes hommes de la génération du fiancé, mariés (l'avantage de la religion anglicane sur la catholique est qu'elle permettait le divorce...) ou non, jusqu'à trouver un bel et beau parti. On suit donc avec délice les tribulations de Susan et de sa grande amie américaine Alicia (Chloë Sevigny), unie a un vieux rabat-joie (Stephen Fry), et en entendant les deux copines rire de la prochaine crise de goutte qui ne devrait pas tarder à emporter le vieux mari, on comprend que madame Austen ne se faisait pas d'illusion sur la moralité des hommes.... et des femmes.
Le dernier retournement de situation, qui intervient dans la dernière scène, vous fera glousser de rire comme toute la salle...
Je ne connaissais pas du tout le réalisateur américain, Whit Stillman, mais il semble être devenu plus britannique que de nature!! Le film a été tourné en Irlande, une bonne partie des acteurs (ils sont nombreux...) est irlandaise; les plus âgés ont vraiment une tronche à sortir d'un pub, et les plus jeunes ressemblent tous plus ou moins à Colin Firth, comme l'élégant Reginald DeCourcy (Xavier Samuel) que lady Susan va s'ingénier à faire tourner en bourrique...
Un bain de fraîcheur et de dépaysement, bien plus dépaysant certes que "SuperXman" ou "Les Saturniens contre-attaquent".... Moi, j'adore!!