Sous ses dehors de western mystique et de fresque arabo-andalouse, Mimosas dissimule une œuvre de foi et de désert, sur la désorientation du monde et la possibilité d’un salut par l’obstination.
Le synopsis pourrait tenir en une ligne d’Évangile : un vieux cheikh meurt sur la route de sa ville natale, deux hommes acceptent de conduire sa dépouille à travers les montagnes. Mais très vite, le film échappe à toute logique d’accomplissement ou de destination.
Le désert de Laxe n’est pas celui des conquêtes mais de l’abandon ; sa mise en scène refuse la linéarité du western pour retrouver l’éclatement des textes sacrés. Le film s’évide de toute spectaculaire extériorité pour se tourner vers une dramaturgie intérieure, là où l’action ne consiste plus à faire, mais à porter. Le désert, ici, n’est pas un décor. C’est un seuil, une zone d’exposition à soi.
À rebours de tout discours dogmatique, Mimosas donne à voir une religion vécue non comme certitude mais comme tension. Le personnage de Shakib, messager anachronique venu d’un ailleurs contemporain, incarne cette foi sans fondement rationnel. Il ne comprend pas ce qu’il fait, il ne sait pas où il va, mais il y croit.
Chez Laxe, croire n’est jamais un acte triomphal. C’est une fatigue, une responsabilité, une obstination. Un engagement sans promesse de rédemption, où la persévérance vaut plus que la vérité.
Mimosas* s’ouvre dans un monde reconnaissable : taxis, téléphones, rues bruyantes. Puis glisse, sans transition nette, dans un temps indéfini, presque biblique. Le film n’invente pas un passé, il désactualise le présent.
Plus que ses dialogues, ce sont ses silences qui constituent la matière du film. Laxe pratique un cinéma de l’ascèse, où chaque parole semble pesée comme une pierre. Ce mutisme n’est pas une pose esthétique, mais une nécessité spirituelle : le verbe a déserté, il ne reste que le souffle, la marche, l’endurance.
La caméra ne guide pas, elle accompagne. Elle observe sans commenter, cadre sans démontrer. Le désert devient un plan fixe étendu dans le temps, un espace de méditation où l’on apprend à voir autrement : non plus pour comprendre, mais pour accueillir.
Au fur et à mesure du périple, le film abandonne la dépouille pour se concentrer sur ceux qui la portent. Ce n’est plus un cadavre qu’on transporte, mais une promesse : celle de ne pas renoncer.
Mimosas* est une œuvre qui refuse les évidences. Elle n’offre pas de réconfort, pas de narration fermée, pas de dogme. Elle propose un cinéma qui exige : qui exige patience, attention, ouverture. Loin des paraboles chrétiennes sur-signifiantes ou des fables spirituelles esthétisantes, Laxe travaille à même la matière du monde : ses pierres, ses marches, ses silences.