Mise à Mort du Cerf Sacré
Note moyenne
3,3
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202 critiques spectateurs

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Redzing

1 450 abonnés 4 912 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 30 avril 2023
Tout le monde n'adhère par au cinéma inconventionnel et abstrait de Yorgos Lanthimos. D'autant plus qu'ici, il est bon de savoir qu'il s'agit en fait d'une relecture du mythe d'Iphigénie, sous peine de se retrouver un peu largué. Le réalisateur a été beau joueur, faisant mentionner Iphigénie de manière totalement gratuite par l'un des personnages en guise d'indice...
Une référence qui explique le titre du film, mais aussi le statut de ses personnages. Le couple de médecins étant présentés comme dieux et maîtres (rois ?). Opulence, arrogance, phantasmes douteux, contrôle totale des enfants, contrôle sur la vie des patients. Jusqu'à ce que le destin (ou plus exactement un élément du passé) n'apporte la tragédie et ne vienne tout remettre en cause.
La première heure se compose de dialogues banals, récités de manière délicieusement absurde (personne ne semble écouter, ou prêter attention à des détails dont l'importance varie). Tandis que des mensonges sont clamés avec assurance par à peu près tout le monde. La BO stridente renforçant le malaise rapidement croissant.
Et puis vient la deuxième heure plus sombre, où ce personnage du passé (Barry Keoghan, assurément flippant !) vient avec nonchalance amener un châtiment sinistre sur lesquels les médecins n'auront aucune emprise.
Une tragédie filmée avec un mélange de cruauté et, dans les moments où l'on s'y attend le moins, d'un humour noir absurde du plus bel effet ! Ceci grâce à des idées de mise en scène crues, et une véritable science du cadrage. Exploitant les couloir rectilignes de l'hôpital, ou la demeure gigantesque de la famille.
"The Killing of a Sacred Deer" est donc une œuvre de grande maîtrise, perturbante à souhait !
Luuuuuuuuc
Luuuuuuuuc

26 abonnés 855 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 31 mars 2023
Quel étrange objet que celui-là, qui n’est pas sans rappeler, plongés dans notre époque contemporaine, les films de la nouvelle vague, aux dialogues hyper-réalistes, semblant dénoncer l’incommunicabilité entre les individus, paumés ou évoluant dans un univers complètement artificiel (à l’image des coeurs dont il est question?) aux émotions quasi absentes (comme sous anesthésie générale). On pense aussi naturellement à Théorème de Pasolini, cette emprise malsaine que fait peser un jeune garçon sur son entourage, une petite famille de la haute bourgeoisie.

Ce genre d’exercice nécessite plusieurs impératifs pour ne pas sombrer dans la caricature intellectualisante.

Un bon casting, tout d’abord. Colin Farrell et Barry Keoghan, qu’on retrouvera tous deux dans les Banshees d’Inisherin en demi-débiles attachants, sont excellents, le second imposant son phrasé et ses mimiques décalées avec un naturel hallucinant. Notons aussi la prestation de Raffey Cassidy (White Noise) qui dame le pion à l’expérimentée mais un peu fade Nicole Kidman (certes c’est son rôle qui veut ça mais ça manque de colonne vertébrale) et une Alicia Silverstone qui n’a jamais réellement brillé au cinéma.

Il faut ensuite une prise de vues irréprochable pour ne pas perdre le spectateur, la spectatrice, en chemin. La caméra de Yórgos Lánthimos remplit son devoir et nous happe dans des décors parfois violemment immaculés (les couloirs déserts de l’hôpital), parfois plus sombres (les maisons, la nuit), statiques malgré les contre-plongées et les travellings vertigineux. En parallèle à la réalisation, on regrettera une musique criarde, voire parasite quand elle nous dit à quel moment nous devons nous inquiéter. Ça fait tâche.

Le scénario enfin doit être en béton pour palier l’indigence volontaire des dialogues. Les questions que nous nous posons durant l’histoire permettent de combler le vide narratif et l’absence affichée d’émotions (si ce n’est chez Kim, la jeune fille tout juste pubère devant qui s’ouvre un nouvel univers). Tout au long du film, il est beaucoup question de sexualité sur un ton médical, cru mais sans la moindre note de vulgarité et sans démonstration. L’oeuvre traite aussi de pulsions de mort et d’impuissance, ces piliers du destin dans les tragédies grecques dont cette Mise à mort du cerf sacré s’inspire très largement, mêlant absurde, vacuité, froideur mais aussi quelques pointes d’humour.

Et si Euripide revenait près de 2500 ans plus tard ?
jthuil
jthuil

22 abonnés 364 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 21 mars 2023
C'est beau, c'est tragique, c'est froid, c'est avec Nicole Kidman et Colin Farrell, et c'est réalisé avec grâce par le virtuose Lantimos. J'aime bien moi.
maxime ...

308 abonnés 2 069 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 20 mars 2023
Un écran noir, une musique, un laps de temps plutôt conséquent, avant enfin, une première image et pas n'importe laquelle. Un cœur à nue, à vif, une opération que l'on comprend assez délicate, l'emballement de ce dernier continue de nous inciter dans ce chemin en particulier. Une première récalcitrante en grande pompe, tel un opéra, dont la banale conversation d'horlogerie qui s'en suit tranche radicalement. A cet instant, je ne suis pas encore au bout de mes peines ...

Yórgos Lánthimos, réalisateur que je découvre en même temps que ce film, est au choix, mégalo, ambitieux, arrogant ? Tout en même temps, ou juste tout bêtement à coté de la plaque ? La figure tutélaire de Kubrick ( voir de Malik ) est clairement identifiable, dans la démonstration, de par les intentions, il n'a en revanche aucune maestria, encore moins de subtilité, toujours plus de suffisance ! Le procès continue.

De sa recherche à défilé les éléments, de fabriquer le décors, d'en dépeindre un rapport sociétale et plus personnelle de la famille, de la bourgeoisie, du pouvoir et tout, et tout ( oui, la liste est trop longue ... ), rien ne reste tant la sensation factice de l'exagération suinte d'un ostracisme de façade, sans rien derrière de très conséquent. L'incursion de ce jeune homme dans le quotidien de cette famille dans une espèce d'étude comportementale en sous texte est d'une lourdeur ! J'attaque de suite avec un problème majeur, ces comédien.e.s ! La récitation est visiblement une manie, tous et toutes s'y attèlent avec une dévotion à faire pâlir tant le rendu est catastrophique ! Je prends la scène malaisante ( choix voulu par son réalisateur, ok ! ) lorsque spoiler: ce médecin et père de famille balance son gamin dans les couloirs pour lui réapprendre à marcher après sa paralysie ! Des confession qu'il lui fait, aux punitions comme menaces, franchement, j'ai ri ... Oui, j'ai rigolé tant la scène est grotesque et ridicule. Cette séquence n'est malheureusement pas une exception !


La relecture du mythe théologique sur l'époque contemporaine est une autre farce ! Le prisme, des nouvelles croyances à vouloir détruire au vitriol par un manichéisme calfeutré par une caricature par les deux bouts est absurde. La satire ne fonctionne pas, son obsession canonique, exigu, sa vision enfantine du diable, tel un caprice tourne à la mascarade ... Son manque de réflexion saborde qui plus son histoire, déjà pas folichonne.

La rutilance à se gausser de son morbide creux, est une autre constance m'ayans définitivement perdu ! Le chantage affective caractérielle à sapé mes derniers instants de patience. Une note positive toutefois, ses images, qui parfois, à l'aide de sa photo et d'une technique encore une fois à grands coup de louche trouve le moyen de taper vers un petit apparat dont il faut se contenter.

The Killing of a Sacred Deer, est un long métrage cynique, pour le pire, un brulot de son monde, ou tout se conclue autour d'un plat de frites. J'ai en mémoire, Sous le Soleil de Satan, de Maurice Pialat, revu il y'a moins d'un an, dont certaines thématiques sembles proches, mais dont tout les éloignes pour ce qu'il en est du restant. Le passage en force de son réalisateur étant si catégorique, dont la porte de prison attitude de ses personnages sonnent faux, et tranche avec un souvenir encore si proche, si loin aussi ...

La brutalité comme messe, comme promesse, une outrance d'un ennui tel que le portrait est fade, terne, vicieux. Lánthimos met les pieds dans le plat, lèche ses orteils, renifle ses rejets, avec une ganache de petit malin ! Un peu comme l'autre avec ses spaghettis ... Là aussi, j'ai rigolé, un peu du moins car j'étais complètement dépité !

L'étroitesse du vide de cette épreuve imbuvable se résume dans un mot, factice. Une provocation gratuite pour une complaisance futile. Ce n'est pas son sacrifice sur fond de " Life goes on " qui changera quoi que se soit, une énième pitrerie abyssale. Je stoppe la dévote mortifère de cette critique ...
OMTR
OMTR

36 abonnés 288 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 3 février 2023
Un ami intrusif

Un thriller d'horreur psychologique métaphorique, qui traite de l'amitié toxique et comment une telle relation est destructrice pour notre équilibre psychologique, et l'intégrité physique de notre couple et de notre foyer.

Un film complexe et surréaliste, inspiré de la tragédie grecque antique “Iphigénie en Aulide” d'Euripide, qui a été nominé pour la Palme d'Or au Festival de Cannes 2017 et a remporté le Prix du meilleur scénario.

Une reconnaissance bien méritée du talent d’auteur de Yorgos Lanthimos, tant en termes scénaristiques que de réalisation.

Colin Farrell, Nicole Kidman, Barry Keoghan, Raffey Cassidy et Sunny Suljic offrent tous des moments intenses et des performances impressionnantes.

4.2/5
Antonio Peress
Antonio Peress

11 abonnés 411 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 24 octobre 2022
Un parfait mélange atypique. Si on est préparée à tomber dans l'étrangeté, le shamanisme, et le suspens ce film est plus que correct. En effet, des prises de vues peu communes, une histoire à la fois basique et très étrange lorsque qu'elle se lance enfin, une musique parfois folle et non balancée. Une sorte de mélasse dans laquelle le spectateur vient s'embourber, des scènes très longues et une lenteur latente permettant de relié l'ensemble des petites étrangeté et specialité, permettant d'atteindre un rendu particulier mais plaisant. Bref, un film dans son monde mais qui le maîtrise extremement bien.
gnomos
gnomos

66 abonnés 660 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 12 février 2022
Je ne suis pas morte d'ennui, du moins au bout d'un certain laps de temps où je me suis demandée si j'allais poursuivre le visionnage. Parce que les conversations entre les divers protagonistes sont d'une platitude totalement remarquable, et que c'est bien sûr très ennuyeux à suivre, en même temps, on comprend que c'est voulu.. Et il y a cet adolescent que dans un premier temps j'ai pris pour le fils de Colin Farrell, tant leur complicité semblait évidente, mais l'on comprend qu'il est quelqu'un d'autre, pas son amant, mais sans doute un gamin qu'il fréquente par culpabilité, tant ils vont peu ensemble, par l'âge, l'éducation et le statut social. Ma fille m'avait parlé de ce film, c'est pourquoi j'étais curieuse, mais je trouve que c'est davantage une purge auteurisante qu'autre chose. La musique, si l'on peut parler de musique, est assourdissante et casse les oreilles. Il y a des confidences choquantes, comme le secret de Colin Farrell, et des propos incongrus, comme la révélation à des moments peu adaptés des menstruations de la fille.. On a du mal à comprendre la passion de la jeune fille pour un ado laid, sans charme ni grâce aucune, ( et je suis gentille ).J'avoue n'avoir pas saisi la métaphore du film. Mais une chose est sûre, jamais je ne le reverrai.
Gudule
Gudule

4 abonnés 21 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 22 décembre 2021
Très bon film.
On sent que Lanthimos veut mettre le spectateur dans une position insoutenable face à ce film pervers et malsain et il y réussit tres bien notamment avec l'aide de cette musique aiguë et angoissante.
malheureusement, peut-être en joue- t-il trop, de cette façon de rendre le film malsain et pousse un peu trop loin cette volonté de rendre son œuvre perverse.
Mai bon. Allez le voir si vous avez un moral bien accroché.

Je conseille ce film à partir de 15 ans
16.5/20
Caine78

7 757 abonnés 7 399 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 16 septembre 2021
Yórgos Lánthimos ne laisse pas indifférent : troisième film que je découvre du réalisateur grec, « Mise à mort du cerf sacré » confirme son talent pour créer une ambiance oppressante, provoquer le malaise, revenant à un cinéma plus « radical » après le relatif classicisme de « La Favorite ». D'emblée, que ce soit dans les choix de mise en scène comme l'approche presque clinique d'un scénario gardant pas mal d'atouts jusqu'à la fin, notamment durant la première partie, il y a un certain plaisir « malsain » d'abord à voir ces personnages (notamment le héros) quelque peu démunis face à une situation complexe dont il n'est a priori nullement responsable, cette « intrusion » de plus en plus menaçante dans leurs vies provoquant une angoisse et une réelle attente quant à ce sur quoi il va déboucher.

Le mystère va ainsi encore s'épaissir avant d'exploser presque exactement à mi-parcours, où, en quelques secondes, l'intégralité du récit va basculer dans une autre dimension, encore plus sombre, étrange, où nous n'aurons que peu d'explications rationnelles (voire pas du tout!), permettant de comprendre les intentions initiales de l'antagoniste et l'enjeu final. C'est sans doute parfois un peu long, légèrement répétitif, mais donnant envie de connaître le fin mot d'une histoire fort bien interprétée, portée par une mise en scène aussi froide que précise, à l'image d'un dénouement ne laissant, comme son réalisateur, clairement pas indifférent. Du bon cinéma qui, sans être celui que j'affectionne le plus, confirme le talent du cinéaste qui, après m'avoir un peu perdu avec « The Lobster », semble avoir trouvé son rythme de croisière : tant mieux pour nous et le septième art.
Leeloo Dallas Multipass
Leeloo Dallas Multipass

65 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 20 mai 2021
Drôle de film un ovni je dirais, je n'ai jamais vue un tel film, il est étrange et très gênant par moment on ne sais plus trop où se mettre . En tout cas le scénario est très original et les décors son juste magnifique un architecture bien particulière qui porte presque l'histoire et sans parler des acteurs (Nicole Kidman et Colin Farrell) qui son excellent chacun dans leur rôle. Très bon film.
pierrre s.

555 abonnés 3 427 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 11 mars 2021
Voilà un film complètement à part, dans sa réalisation, son interprétation, son rythme, son propos, bref tout est singulier. On peut aimer, ou pas mais on ne peut pas rester indifférent.
Dx M.
Dx M.

87 abonnés 823 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 9 février 2021
vraiment pas terrible... 2h d ennui... l histoire n a pas de sens... les dialogues sont insipides et inintelligibles... les personnages sont antipathiques et froids... la mise en scène est lente et chiante... la musique lancinante se veut intriguante mais il n y a rien de spécial à l ecran... film pompeux, verbeux et incompréhensible... la fin qui se veut tragique est risible... aucune explication sur la malédiction dont est frappé la famille... bref ce film c est de la masturbation intellectuelle qui ne m a pas fait jouir...
Acidus

872 abonnés 3 937 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 5 janvier 2022
J'ai découvert Yórgos Lánthimos avec son très bon et très étrange "The Lobster". Doté d' un titre aussi énigmatique que "Mise à mort du cerf sacré", le cinéaste nous promettait à nouveau un film barré et unique en son genre. Promesse tenue ! S'inspirant du mythe du sacrifice d'Iphigénie, l'intrigue nous plonge dans une famille aisée et bien sous tout rapport avant qu'un jeune homme vienne y balancer son grain de sel en leur imposant un cruel dilemme. Voir un film de Lanthimos, c'est vivre une véritable expérience cinématographique qui ne laisse pas indifférent. Dans "Mise à mort du cerf sacré", on est secoué par un sentiment de malaise lié à la froideur de l'ambiance et des personnages. On s'interroge, on appréhende, on rit jaune parfois mais on reste subjugué, hypnotisé par la bizarrerie de ce long métrage. A cette richesse du fond s'ajoute les qualités formelles. La mise en scène y est audacieuse, aussi atypique que le scénario. Yórgos Lánthimos nous offre un cinéma personnel et unique. A voir.
Ewen Blake
Ewen Blake

189 abonnés 1 302 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 5 janvier 2021
“Do you understand? It’s metaphorical” Honnêtement non, j'ai pas tout compris mais The Killing of a sacred Deer est une œuvre d'art puissante.

Regarder The Killing of a Sacred Deer c'est être perdu pendant deux heures, mais sans en perdre une minute. D'abord parce-que même déboussolé, cela ne m'a pas empêché d'apprécier la beauté ahurissante des plans et l'ambition de la réalisation. Ensuite parce que je l'ai d'abord vu comme un thriller et ai essayé de percer ce que je pensais être le plan machiavélique d'un gamin dérangé cherchant à venger son père. Mais j'avais tout faux, car quelques recherche Google plus tard, j'ai une interprétation qui me plait. La voici avec du spoiler en pagaille.
D'abord ce titre pompeux n'est pas anodin : c'est bien l'histoire d'un sacrifice destiné à compenser / rétablir un équilibre dont il est question ici. Ensuite comme pour The Lobster je crois que cette histoire ne se déroule pas dans notre réalité, il s'agit d'un monde dystopique, très proche du notre mais avec une différence essentielle : ici l'univers veille à conserver un équilibre et le mal est sanctionné par une force incoercible. C'est comme si la religion (complètement absente du film) qui nous promet que le bien et le mal s'équilibre dans l'au-delà appliquait ici son jugement et sa sentence sans que l'on puisse s'y opposer. Martin est un personnage ambigu avec des problèmes psychologiques évidents qui cherche à profiter de la situation mais à aucun moment il n'est en contrôle. Il n'est pas hypnotiseur, empoisonneur ou doté de pouvoir occulte : son rôle se limite à expliquer à Steven (et nous) les règles du monde. S'il était vraiment un manipulateur sain d'esprit pourquoi fini-t-il par se bouffer son propre bras ? Et souvenez vous surtout de la façon dont il détaille les 3 phases à Steven : paralysie, famine, larme de sang. Il n'invente pas, il ne menace pas, non c'est plutôt comme s'il rappelait à Steven des règles qui semblent évidentes. Et d'ailleurs que fait il en amont de la discussion ? Il lui offre un cadeau. Afin de rétablir un certain équilibre (ce qu'il énonce d'ailleurs distinctement). Cela me permet de poursuivre sur la nature de ce monde : il est transactionnel, tout se résume à "un donner pour un rendu ou plutôt "oeil pour oeil, dent pour dent".

Dans ce monde, le réalisateur caricature jusqu'à la nausée des personnages complètement aliénés par une vie ritualisée réduite à sa partie comptable et logistique : il faut promener le chien, mettre son casque en moto, se couper les cheveux. On est dans la performance (la fille au chant, le fils au piano) et surtout on parle... mais pour ne rien dire. Les conversations sont artificielles et insignifiantes : les frites, la montre et son bracelet ou au contraire dévoilent le très intime "our daughter started menstruating last week" mais tout est dit et reçu de la même façon : comme des robots. Les dialogues débités traduisent la névrose du vide existentiel qui traverse les personnages, figurants de leur propre vie.
Il n'y a plus d'humain, d'émotion, de vie. Notre famille parfaite de bourgeois, épitome de l'american dream semble tout avoir pour être heureuse mais les liens les unissant sont factices ("we all have lovely hair") et ils n'ont aucune empathie l'un pour l'autre : Le père manipule son fils paralysé comme un pantin, la mère annonce à sa sœur que son frère est à l'hôpital. Pourquoi ? Comment ? Est-ce grave ? elle n'en saura rien pas plus qu'elle ne s'en émouvra, par contre sa mère lui rappelle une chose : elle va devoir arroser les plantes. Quelques scènes plus tard : "Can I have your MP3 player when you're dead? Please. Please. Please."
Je ne me souviens pas d'un film dans lequel il est à ce point impossible de s'identifier aux personnages, on nous refuse ce vecteur émotionnel.

La réalisation elle-même accentue cette déshumanisation par l'utilisation de grands angles. Notre regard est celle d'une présence extérieure qui surveille d'en haut ces personnages (voir de très haut à l'hôpital) ou les traque quelques mètres derrière eux.
Lanthimos pousse également les marqueurs de classe jusqu'à l'absurde : les enfants sont trop bien élevés, excessivement courtois et on leur demande de se tenir droit (jusqu'à ce qu'ils perdent leurs jambes). Les parents donnent des ordres à tout le monde y compris à leurs collègues ou leurs amis (Drink that cocktail you've ordered. Get yourself home.). Lanthimos s'amuse également continuellement avec les symboles, son film sur des humains sans cœur, il l'ouvre avec un gros plan sur ce même organe qui pulse avant d'enchainer avec une conversation sur les montres dont le tic tac renvoi à ses battements. Un mot sur les corps : vous voulez du subversif ? Imaginez des gamins qui rampent au sol, un père qui enfourne un donuts dans la bouche de son fils ou Anna qui attend comme morte que son mari lui fasse l'amour après avoir lancé "general anesthetic ?" Quelqu'un a dit nécrophilie ? Kidman est d'ailleurs parfaite dans ce rôle froide et hautaine mais la prestation ambigüe de Keoghan touche au génie.

Dans la dernière partie du film, toute la famille a compris les règles du jeu (pas moi j'étais vraiment paumé). Il faudra un mort dans la famille de Steven pour "compenser" la mort du père de Martin. Steven va à l'école demander au proviseur lequel de ses enfants il doit sauver "If you had to choose between them, which would say is the best?". Femme, fils et fille vont quand à eux tenter de sauver leur peau sans scrupule : la fille manque sa tentative d'évasion et une fois ramenée à la maison prétend qu'elle veut être sacrifiée dans un jeu de dupe qui vise à justement montrer qu'elle est trop bonne pour l'être. Le fils est encore plus explicite : il se coupe les cheveux, affirme vouloir devenir chirurgien pour épouser les ambitions de papa et fini même par proposer d'arroser les plantes (alors qu'il est paralysé). [Aparté plus j'y repense, plus ce film aurait pu être drôle : - Not even the kids. - Poor kids ou bien : "I won't let you leave until you've tried my tart.]. Pour Anna c'est encore pire : Martin tente d'abord de la remplacer par sa mère mais cela échoue. Et là où on s'attend à ce qu'une mère se sacrifie pour son enfant elle oppose le raisonnement suivant : tuons un de nos chiard car nous pourrons en faire un autre! Là encore un comportement à la fois logique, comptable et complètement dénué d'émotion. Et Steven ? L'idée de se sacrifier ne lui vient même pas à l'idée. La fin du film consacre donc ce que l'on pressentait depuis le départ : cette tragédie va mal finir. Il n'y aura pas de happy end, notre héro ne va pas résoudre la situation qui lui est opposée. Il n'y aura pas de justice non plus, et pas de moral puisque Steven va finir d'exploser les codes en assassinant son enfant en s'en remettant au hasard (aux dieux). Il ne fera jamais le choix auquel on tente de le contraindre (ce qui pourrait expliquer la dernière scène ?). Les dieux choisissent en tout cas de priver le père du fils comme il a privé le fils de son père. Quel drôle de film tout de même, The Killing fonctionne à l'inverse des codes du cinéma habituellement si moral, si pourvoyeur de justice. Pas de méchants qui perdent ici, juste un héros vaincu et une Anna dont on attend tout le film qu'elle tombe malade... mais ne le fait pas. Au final un grand Oui pour cet ovni dont on ne sait pas où il va après 30min et dont on ne comprend pas par où il est passé après l'avoir visionné. Un film qui reste en mémoire longtemps.
Jo Bass
Jo Bass

12 abonnés 31 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 20 avril 2021
Le réalisateur a su mettre une ambiance assez glauque est pesante dès le début du film.
Les acteurs choisit sont bon et le jeu d'acteur est crédible, le film est bien filmé, le bémol est que à mon goût le rythme est un peu trop lent
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