Faute d'amour
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Jorik V

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4,0
Publiée le 20 septembre 2017
Avec son nouveau film, Andrey Zvyagintsev est en passe de devenir l’un des cinéastes les plus importants du moment, en tout cas sur le créneau auteur. Même peut-être le plus grand cinéaste russe en activité après « Le Retour » et surtout son immense « Leviathan » il y a trois ans. Chacun de ses films est une claque morale et psychologique parfaitement orchestrée. Chacun de ses films - et encore plus celui-ci - distille un petit poison qui se décante doucement mais durablement en vous et ausculte la cruauté de notre monde. Chacun de ses films sonde les bas instincts, l’égoïsme et l’absence de morale de l’humanité. En cela, « Faute d’amour » est un parfait portrait acerbe et critique de la société actuelle mais surtout de celle de son pays, la Russie. Ses concitoyens sont montrés comme amorphes, épris d’une liberté illusoire et vendue par les pays occidentaux et consumés par un nombrilisme où chacun ne pense qu’à lui. Un couple en plein divorce qui délaisse totalement leur enfant, symbole de leur échec, cristallise ainsi son point de vue et donc les méandres de cette Russie contemporaine. Le tableau est violent et nihiliste mais ce portrait à charge est fait avec finesse.

Les acteurs, notamment Maryana Spivak, sont impressionnants en jouant des personnages profondément détestables auxquels on ne s’attache jamais, d’où parfois un processus d’identification difficile et une émotion qui n’éclot jamais. Mais là n’est pas le fonds de commerce du film, celle-ci n’est jamais recherchée. Elle apparaît tout de même lors d’un travelling mémorable voyant ce petit garçon pleurer en silence pendant que ses parents qui le négligent se disputent. On voit des hommes et des femmes seulement obnubilés par leur propre bonheur, constamment à vendre leur image sur les réseaux sociaux, versés sur le sexe mais cruellement en manque d’amour. Car ici l’amour on ne le donne jamais mais on le souhaite. Le pays de Poutine en prend pour son grade dès que l’occasion se présente, à travers des extraits de radios, l’inanité de la police lorsque le gamin disparaît, dans la rancœur et la frustration d’une mère à la campagne ou dans la politique ultra religieuse et hypocrite d’une entreprise ne tolérant pas les divorces en son sein. Et les dialogues entre les personnages, éloquents, virulents et parfaitement écrits, en sont la preuve.

Mais le domaine où Zvyagintsev impressionne le plus est encore une fois sa somptueuse mise en scène. Le Jury du Festival de Cannes n’a pas du bien y voir clair pour lui décerner le Prix du Jury et non celui de la mise en scène. Un prix finalement attribué à « Les Proies » de Coppola, formellement beau mais pas du niveau de « Faute d’amour ». Entre ses plans fixes parfaitement cadrés, qui évoquent un peu ceux de Michael Hanneke, et ses impressionnants travellings tout en lenteur maîtrisée, le metteur en scène russe prouve encore une fois qu’il est un virtuose de la caméra. Qu’il filme un bout du monde rural comme dans « Leviathan » ou la banlieue moscovite comme ici. Si les images sont glaciales, d’une froideur clinique, il parvient à les rendre belles comme des tableaux impressionnistes par la précision chirurgicale de ses mouvements de caméra et de ce qu’il choisit de filmer. Même ses plans de coupe sont parfaits, comme celui de la barre d’immeuble de nuit. Si le derniers tiers souffre de répétitions dans la recherche du petit garçon, ce nouveau film confirme un réalisateur passionnant pour un film à l’émotion sèche, mais déchirant par ce qu’il décrit. Misanthrope (voire mysogine), déplaisant et sans espoir, le constat est néanmoins parfaitement développé dans un écrin somptueusement glacial.
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 20 septembre 2017
Un couple en train de se divorcer vend son appart. Ils se voient presque plus, chaque un à un nouveau couple et le seuls conversations qui tiennent entre eux sont des disputes assez violentes. Une fois le foyer vendu, une nouvelle vie les attendrait sauf pour un détail: leur enfant. Le fils qui est arrivé par accident, qui n'a jamais été voulu ni aimé, qui fait des nuits blanches en pleurs et qui ne parle plus. Un jour, ce fils partira pour ne plus jamais retourner.

Zvyagintsev est devenu, avec Sokurov, le réalisateur russe contemporain le plus admiré grâce à son travail derrière la caméra. Dans Le retour, son début qui remportait le Lion d'Or à Venise, le sujet de la décomposition et recomposition d'une famille était traité avec grande virtuosité: un rythme reposé et une technique visuelle hérité de Tarkovski qui devenait évidente dans l'épisode sur l'île déserte. Hors, le réalisateur n'a pas gagné son prestige seulement pour avoir copié ses maîtres, sinon qu'il a aussi osé à attaquer les structures de pouvoir, l'Église et le gouvernement de Putin, dans son précédent Léviathan, prix de la meilleure mise en scène à Cannes. Faute d'amour, par contre, retourne au sujet de la famille et l'éducation visant sur la société russe comme cible de sa critique. Même si on entend les échos des journaux-télé qui transmettent l'invasion de la Crimée, car le film se passe en 2012.

Un prodige technique. Chaque plan fixe a une raison pour l'être, chaque mouvement de caméra aussi. Le côté technique de Faute d'amour éblouit faisant de chaque cadre une photo parfaite. Comme exemple, l'image fixe presque en noir et blanc d'un bois désert enneigé. Après un légère mouvement de caméra on découvre des petits point oranges entre les branches des arbres qui avancent lentement vers nous: ce sont les volontaires qui cherchent le gamin. Un autre exemple, dans une chambre obscure un home se lève. Il s'approche de la fenêtre, il ouvre les rideaux, la lumière entre dans la pièce et l'image s'éclaircit. Il avance vers la caméra, puis il sort du cadre, toujours fixe. On entend comment il allume sa télé hors du plan et les actualités à la télé. À ce moment, la caméra avance vers les draps du lit, qui bougent légèrement et on découvre la tête de la femme, qui se réveille avec le bruit. Cette scène nous introduit dans la journée de ce personnage. Preuve que l'image nous raconte une grande partie de cette histoire sans besoin de rendre les faits trop évidents avec des dialogues.

Le pilier narratif de ce film c'est la suggestion, non seulement avec l'image mais surtout grâce au scénario, qui nous permet d'analyser nous mêmes les comportements des personnages. L'homme semble plus préoccupé par sa promotion que par ses proches et on le verra refaire le même schéma de désengagement, abandon et frustration avec sa nouvelle famille. Spéciale mention à la violence de la scène du berceau vers la fin du film. La femme, superficielle et agressive, s'ouvre sans pudeur à une nouvelle conquête dans un monologue au lit. Son copain semble distant et désintéressé. On comprendra la supériorité avec laquelle il traite cette femme une fois qu'on voit à quelle type de restaurants l’amène. On saura quel vide essaye-t-il de combler dès qu'il parlera avec sa fille à l'étranger, qui ressemble beaucoup à sa copine, via Skype. La question qu'on se pose c'est pourquoi cette femme aurait-elle besoin de l'approbation d'un homme qui, comme le précédent, ne l'aime pas. La réponse arrive quand on connaît sa mère, despote et froide.

spoiler: Regardant ces personnages si misérables, la disparition de l'enfant se transforme en une espèce de liberté douloureuse. Personne ne mérite une telle ambiance pour grandir. On ne verra jamais les trois membres de la famille dans la même chambre. Non plus exprimer leur amour. C'est pour cela que la scène du sous-sol frappe si fort. La seule fois que l'enfant pourrait être présent avec ses parents. Cette scène transforme le chagrin le plus viscéral, celui après un choc, en amour. La théorique présence du fils nous montre la tendresse et l'humanité de deux personnes détruites à jamais. Comment aurait-il été possible que cette famille se sauve, même si maintenant c'est déjà trop tard. Zvyagintsev analyse cette famille pour la prendre comme exemple d'une société russe à qui on reproche un manque d'empathie et solidarité. Dans le dernier plan du film on voit la femme courir sur un tapis de course avec le survêtement de la sélection russe. Sur la neige, elle essaye de continuer face au froid avec un fausse attitude positive, comme le patriotisme. Cependant, très peu après elle s'arrête épuisée, elle ne peut plus continuer. Voici le message du réalisateur à ses compatriotes.


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traversay1

4 482 abonnés 5 353 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 19 septembre 2017
Avec Faute d'amour, Andreï Zviaguintsev opère une nouvelle fois sous nos yeux, à la fois ébahis, terrifiés et admiratifs, le corps plus très sain de la Russie contemporaine. Et sans anesthésie, cela va sans dire. Objet de la vivisection, cette fois-ci : le couple, comme somme de deux individualismes, et plus largement l'égocentrisme des citoyens d'un pays qui a remplacé Pouchkine par Poutine. Constat glacé que le réalisateur d'Elena illustre en s'appuyant sur un fait divers, la disparition d'un enfant, seul élément dramatique qui lui permet de tisser une narration arachnéenne qui ne laisse aucune issue, pas plus à ses deux personnages qu'au spectateur. C'est le propre des grands cinéastes (Bergman ici, puisque le projet initial de Zviaguintsev était d'adapter Scènes de la vie conjugale) que de savoir se renouveler tout en restant fidèles à leurs propres thématiques, comme autant de variations dans des tonalités voisines. Sombre est le cinéma de Zviaguintsev, clinique est sa manière, avec une utilisation sidérante de travellings avants moelleux et d'une musique (Arvo Pärt) qui semble littéralement enfoncer le clou dans ce qui pourrait rester d'espérance ou de résilience. On peut certes réfuter Faute d'amour en l'accusant de noirceur excessive et d'absence d'empathie mais on peut aussi admirer la maîtrise d'un des tous meilleurs cinéastes contemporains qui, film après film, dresse un portrait sinistre et pertinent de son pays, comme l'ont fait les grands auteurs russes au XIXe siècle. Et au-delà de certains particularismes, on peut même l'étendre à l'ensemble de notre monde occidental.
Marianne D.
Marianne D.

3 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 15 novembre 2017
Poisseux mais somptueux : Zvyagintsev est le cinéaste de la désespérance, désespérance des âmes (noires), désespérance de la vie (sombre), désespérance de la Russie (État en faillite)… N’allez pas voir Faute d’amour si vous n’avez pas le moral, ça n’arrangera pas votre cas : mais c’est beau, magnifiquement filmé comme tous les autres films de Zvyagintsev, tout en subtilité. Le titre russe Нелюбовь est très bien rendu par Faute d’amour : voici le malheur qui peut arriver, faute d’amour…
martine M.
martine M.

9 abonnés 15 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 15 septembre 2017
Le temps, l'instant.... rien ne s'arrête autour des autres. Tout continue à tourner, tout est là. Et cet enfant qui n'avait pas d'existence pour ces parents devient présent par son absence.
Un film fort, terriblement fort et prenant.
Des temps étirés, des musiques en harmonie avec chaque séquence.
velocio

1 538 abonnés 3 500 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 9 septembre 2017
Moscou. Zhenya et Boris, la trentaine. Ils se sont sans doute aimés mais ils ne s’aiment plus, pire, ils se haïssent ! Depuis quelque temps, ils ont déjà une vie en dehors du couple, lui avec Masha, une jeune femme blonde qui attend un enfant dont il est le père, elle avec Anton, un homme riche et plus âgé. Un couple qui se sépare, un couple qui va divorcer et qui cherche à vendre leur appartement, un bien commun devenu inutile. Un couple qui se sépare en se posant des questions sur l’avenir d’Alyosha, leur fils de 12 ans, un autre bien commun qui, pour eux, est devenu tout aussi inutile que leur appartement. Au point qu’ils se disputent pour ne pas en avoir la garde. Au point que ce fils mal aimé n’a que ses yeux pour pleurer lorsqu’il croit comprendre que la solution le concernant pourrait être l’orphelinat.

Et puis, brutalement, intervient la disparition de ce jeune garçon, le seul personnage pour lequel on a ressenti de la sympathie depuis le début du film. Une disparition qui n’a rien d’étonnant, les parents rentrant tard à l’appartement, aussi bien l’un que l’autre, et ne s’occupant pas vraiment d’Alyosha. La police ? Au pire, les policiers se demandent si le gamin n’a pas été tué par ses parents. Au mieux, des réponses qui se veulent apaisantes : « il va revenir, c’est la crise de l’adolescence », « C’est encore trop tôt, on commencera à s’inquiéter plus tard ». Heureusement, face à cette incurie policière, des citoyens volontaires se sont regroupés au sein d’une association parallèle. Grâce à cette association, les recherches peuvent commencer.

Avec un tel sujet et un tel réalisateur, on s’attend à un film puissant et passionnant, montrant du doigt la Russie de Poutine sans forcer le trait, comme l’avait fait "Leviathan" il y a 3 ans. Malheureusement, le résultat n’est pas à la hauteur de nos espérances et une seule question vous vient à l'esprit lorsque vous arrivez au bout des trop longues 128 minutes que dure "Faute d’amour" : comment se fait-il que ce film soit bien loin du haut niveau habituel des films de Andrey Zvyagintsev ? Certes, dans ces 128 minutes, il y a des moments forts, il y a quelques plans magnifiques, mais, globalement, "Faute d’amour" souffre de lourdeur et de longueurs inutiles. Une explication, peut-être : un montage effectué dans la précipitation afin d’être prêt pour le Festival ?
anonyme
Un visiteur
4,5
Publiée le 27 juin 2017
Je reviens sur ma 1ère critique, après plusieurs jours de réflexion et d'échanges autour de moi il s'avère que ce film m'est tellement détestable qu'il en est efficace. On m'avait dit tu vas voir dans 3 jours tu vas nous dire que tu as adoré ce film. Je vais plutôt dire qu'il est très très réussi. J'ai vu des films engagés, mais jamais de ce genre, si glacial si noir, que je m'en souviendrai toute ma vie. Voilà où est la réussite du film. Voici mon 1er avis : J'ai détesté ce film, l'histoire, les personnages, la moral, les décors, les scènes, l'utilité de certaines scènes, l'utilité de certains plans (qui en n'ont aucune à mes yeux) , le fond du film tout tout tout ! C'est le pire que j'ai vu! Mais c'est la 1ère fois que je vois un film russe, je ne retenterai pas l'expérience.
Mathieu H.
Mathieu H.

26 abonnés 290 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 11 juin 2017
Un film en deux temps : si la première partie contredit le titre et prouve que l'on est capable de construire de l'amour, loin des cocons jadis confortables, désormais intenables. Mais qu'y'a-t-il de plus hostile pour un enfant qu'un environnement où les adultes montrent les sentiments les plus bruts et les plus violents ? La seconde partie, quoique parfois "longuette", montre que cet amour en construction n'est pas un édifice solide, et que ces adultes de la classe moyenne russe, sont en réalité des êtres incapables d'aimer, de se pardonner, des êtres aussi froid que cette neige qui tombe pendant près de deux heures. Magistral !
Jonathan P
Jonathan P

73 abonnés 395 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 9 juin 2017
Retour en compétition, pour Andrey Zvyagintsev accompagné de Oleg Negin pour son nouveau film. Trois ans après « Leviatan » qui avait obtenu un prix à Cannes pour son scénario.

Alors oui, avec Zviaguintsev on est tout de suite conquis par sa mise en scène, avec de très très long plans séquences. Mais beaucoup trop étirés par moment, faisant perdre du coup petit a petit du souffle à son nouveau film.

Le soucis majeur, reste cette austérité glaciale dans ce couple....
papalou
papalou

18 abonnés 225 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 10 octobre 2017
Une fresque décapante et glaçante des rapports humains de couple en Russie mais pas que!
Zvyagintsev par l'artifice cruelle de la fugue et disparition de l'enfant, décrit l'universalité des rapports humains immatures et infantiles de personnages incapables de grandir, Et dans une dépendance affective maladive!
Est ce une allégorie de la Russie confrontée aux narcissismes de ces Russes pris par un capitalisme débridé ? Qu'importe! la description psychologique est d'une telle precision qu'elle fait mouche!
Il nous entraîne dans un suspense angoissant sur le devenir de cet enfant en nous distillants des indices. Nous sommes sur le qui vive permanent de détails possible apparaissant sur l'écran ! Redoutable !
Rien n'est laissé au hasard les decors sont froid, blanc, ou gris! seul le blouson d'Aliocha est de couleur tout le reste est morne, absent, mort ! Les déplacements des personnages sont robotiques, inhumains, mécanique ! L'amour est bestiale froid voire thérapeutique !
La violence est partout dans les mots, la musique, les regards les actes !
Au final rien ne change, la vie continu, la fin se confond avec le commencement !
Une vision pessimiste et immuable !
Glaçant !
Et excellent !
DarkAkuma02
DarkAkuma02

61 abonnés 506 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 30 mai 2017
Aliocha est âgé de 12 ans et habite à Moscou. Il apprend en les écoutant que sa mère comme son père, qui sont en train de divorcer, ne souhaitent le prendre et vont l'envoyer en pension.
Ce film démarre relativement vite en commençant par présenter Aliocha et ses parents, chacun en compagnie de son conjoint respectif, avant qu'on ne constate son absence. Les dispositifs de recherche pouvant être mis en place à la disparition d'un enfant sont détaillés, la majeure partie de l'histoire y étant consacrée. J'ai trouvé que le désintérêt pour Aliocha de la part de ses parents est finalement peu exploité si ce n'est comme motif probable de sa disparition, sauf lorsqu'on y est renvoyé en constatant les rapports entre sa mère et sa grand-mère. La fin du récit spoiler: demeure frustrante en nous laissant constater qu'Aliocha demeure introuvable, sans aucune réponse
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Cinéphiles 44

1 666 abonnés 4 647 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 19 septembre 2023
Voici l’histoire d’un homme et d’une femme qui se sont rencontrés et ont fait l’amour sans s’aimer. Un enfant est né de ce non-amour et une vie dite normale a dû commencer. Mais le couple veut divorcer car chacun a déjà des projets de son côté. Problématique, personne ne souhaite garder l’enfant de douze ans. Conscient de cela, le gamin va fuguer après avoir sangloté en silence derrière la porte. Et lorsque les parents le remarquent enfin, ils sont trop occupés à se jeter la pierre et vont mettre un certain temps avant d’agir. Après Léviathan, Andrey Zvyagintsev signe une nouvelle description d’une Russie abîmée qui sombre quotidiennement dans la damnation. Faute d’Amour aurait pu être une chronique si elle n’avait pas été aussi déchirante et brutale. Quel parent peut porter ce titre s’il n’aime pas son enfant. Voici un film douloureux qui remet en question sur l’éducation et l’affection au sein de la famille.
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Le film d'Ariane
Le film d'Ariane

87 abonnés 179 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 24 septembre 2017
C'est le récit glaçant de la désintégration d'un couple (Marianna Spivak et Alexeï Rozine, fabuleux)) sur le point de divorcer. Alyosha, leur garçon de 12 ans, assiste tous les jours en silence à un déferlement de paroles haineuses dont certaines, sans doute les plus terribles, le concernent directement. Ses parents, obnubilés qu'ils sont par leur propre nombril, mettront 36 heures à s'apercevoir de sa disparition. Ce film russe est d'une noirceur presque insoutenable. C'est à la fois un regard clinique sur une humanité en perdition et un portrait saisissant d'un monde à bout de souffle dont parviennent régulièrement à la radio des nouvelles effrayantes, comme un écho à la propre situation de ces petits bourgeois égoïstes, bouffis d'aigreur. Tout est gris, froid, sinistre et désespéré. Mais cette radiographie du désamour est d'une incroyable acuité. Et même si Zviaguintsev privilégie une mise en scène sèche et sans pathos, quelques scènes bouleversantes m'ont clouée au fauteuil, comme celle où Alyosha, dans l'indifférence générale et planqué derrière une porte, hurle de douleur sans qu'un seul son ne sorte de sa bouche… Une métaphore sans doute de la société russe, bâillonnée par la censure et les privations, et dont la souffrance n'est pas entendue. Une œuvre choc qui ne peut pas laisser indifférent.
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