Les intentions de Jason Blum étaient aussi visibles que les petites taches blanches sur le pantalon d’Harvey Weinstein : d’un vieux classique que les références franchisées des années 80 (‘Halloween’, ‘Vendredi 13’ et consorts) avaient fait oublier , il allait tirer un remake...MAIS attention, pas n’importe quel remake : un remake tourné par une réalisatrice, qui serait ainsi la première du genre à se frotter à ce bastion supposé du masculinisme toxique qu’est le Slasher. Il va sans dire qu’une telle démarche n’a rien à voir avec une quelconque prise de conscience : les productions Blumhouse ont toujours été au taquet quand il s’agissait de rebondir sur l’actualité et le climat post #Metoo ne pouvait que leur donner quelques idées pour faire du faux-neuf avec du vieux. Tout au long du film, on aura ainsi droit avec de nombreuses considérations (très superficielles) sur le patriarcat et les vieux hommes blancs, histoire de dire que. La médiocrité et la superficialité de ces considérations témoignent à elles seules de tout l’opportunisme de la démarche. En tout état de cause, le Slasher n’ayant fondamentalement pas vocation à édifier les masses, on peut évidemment se contenter de considérer “Black christmas” comme un simple divertissement sanguinolent...mais quelques obstacles viennent se mettre en travers de la route de ce type d’appréciation. Tout d’abord, le ‘Black christmas’ d’origine n’avait vraiment rien d’un chef d’oeuvre : c’était un Slasher tout ce qu’il y a de plus bête et méchant, et Sophia Takal ne parvient à en offrir qu’une simple mise à jour, toujours aussi bête et méchante. Secundo, il ne faut pas espérer de cette nouvelle version le moindre débordement, la moindre exécution à même de provoquer un petit sursaut d’horreur, le moindre réflexe tarantinien, le moindre trait d’humour noir (pour ce faire, référez-vous à l’injustement ignoré “Assassination nation” de Sam Levinson qui, en plus, avait vraiment quelque chose à dire, lui) : ‘Black christmas’ est morne, sans aspérités, limite ennuyeux, là où son parfait alter-ego français, le ‘Revenge’ de Coralie Fargeat, affichait au moins une certaine viscéralité. Enfin, il me semble que profiter du Slasher pour faire du gender-washing est un fameux contre-sens. Le Slasher - et son cousin inversé le Rape&Revenge - est probablement le sous-genre qui possède les codes les plus immuables qui puissent à exister : certes, il est basé sur le stalking et le meurtre mais, depuis ses origines, le tueur y a toujours été un homme blanc et au cas où quelqu’un parvient à en réchapper, la proie qui met fin à son règne de terreur est presque systématiquement une femme.