Manhunter
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Barry.L
Barry.L

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4,0
Publiée le 17 février 2020
Au cinéma, les débuts de Michael Mann furent difficiles. Si son premier film ‘’Le solitaire’’ reçu un accueil prometteur, ses deux films suivants, ‘’La forteresse noire’’ et ‘’Manhunter’’ furent de cuisants échecs et tombèrent même dans l’oubli. Mais au fil du temps, ‘’Manhunter’’ fut réhabilité : normal, tant le style du réalisateur semble déjà tout en friche.

Le film est une adaptation (jugée assez infidèle) du roman ‘’Dragon Rouge’’ de Thomas Harris. Will Graham est un profiler du FBI qui s’est retiré des affaires. Il était notamment réputé pour sa capacité à se mettre dans la peau des assassins pour mieux comprendre leurs pensées. A la demande de son ami et collège Jack Crawford, Will se remet au travail pour coincer un tueur qui a déjà massacré deux familles lors de nuits de pleine lune. Pour les besoins de son enquête, Will consulte le détenu Hannibal Lektor, un ancien psychiatre coupable d’une série de meurtres que Will a lui-même arrêté des années plus tôt.

Sans même avoir lu le livre, le cinéphile comprendra ce qui a bien pu intéressé Michael Mann dans cette histoire. Si le postulat du film est classique (avec il faut le noter un vrai souci de réalisme dans la description des techniques d’investigation, ce qui était novateur pour l’époque), ses thèmes coïncident pile poil avec les obsessions de Mann. Il y a d’abord cette ville, cette jungle étouffante qui semble comme souvent avec le réalisateur piéger ses personnages et renforcer leurs pulsions. De ce lieu, Michael Mann en tire une atmosphère particulièrement étrange et oppressante. Très années 80 dans son esthétisme, ‘’Manhunter’’ offre à découvrir des environnements étonnement exotiques. Mais surtout, un environnement que Mann rend constamment inquiétant. Ce climat, souvent très lourd naît d’une réalisation tantôt très sophistiquée, tantôt très épurée. Si le film est une course contre la montre (il faut trouver le tueur avant la prochaine pleine lune), Michael Mann n’hésite pas à instaurer des moments de calme, ou le temps et l’action semblent se suspendre (comme cette scène hypnotique spoiler: avec le tigre
).

La ville créée l’atmosphère, mais ceux sont les personnages qui la peuplent qui intéressent Michael Mann. La force de Michael Mann, c’est de prendre des figures ultra-balisées (le flic, le tueur) pour mieux les opposer, les rapprocher et les interroger. Au centre de ‘’Manhunter’’, on trouve donc le flic Will Graham, intègre, efficace : associé à la figure du hard-boiled. Mais Michael Mann aime ériger des héros ou des anti-héros torturés et tourmentés. Will est dans la filmographie du réalisateur une de ces premières figures. Il partage plusieurs similitudes avec Vincent Hanna (Al Pacino), le flic de ‘’Heat’’. Même difficulté à concilier leur vie privée et leur travail, même fringues noirs… et surtout même fascination pour l’objet de leur traque. Si le titre français ‘’Le sixième sens’’ ne respecte pas le titre original, il se révèle une fois n’est pas coutume plus pertinent (surtout quand on sait que le metteur en scène était mécontent du titre imposé par le producteur au caractère bien trempé Dino de Laurentiis). Car Will est bien doté d'un sixième sens. Capable de reconstituer les événements en se mettant dans la peau des criminels, Will voit ce don quasiment comme une malédiction. Mann aime filmer la peur, celle de voir le héros flirter dangereusement autour de la frontière entre le bien et le mal, la normalité et la folie, l’humanité et la ‘’monstruosité’’. Cette dualité est illustrée le temps d’un dialogue où Will confie ses sentiments à propos du meurtrier : spoiler: un troublant mélange de compassion (pour le meurtrier lorsqu’ il était enfant) et de haine (pour les actes qu’il commet désormais) transparaît dans le discours de Will
. Ainsi, les héros tourmentés de Michael Mann éprouvent souvent des sentiments troubles, ambigus pour leur proie. Plus précisément, Michael Mann ne se concentre pas tellement sur les actes des personnages (il n’est certainement pas un cinéaste moral), mais plutôt sur les tempéraments, sur les traits de caractères. Will et Hanna éprouvent de la fascination et même s’identifient à Dollarhyde et à Neil McCauley (Robert De Niro, le très professionnel braqueur de ‘’Heat’’). Mais en même temps, ils condamnent fermement les actes commis par ces derniers. C’est un des composants tragiques des films du réalisateur : le spectateur, souvent attaché aux protagonistes et antagonistes aimerait presque voir une réconciliation entre ces ennemis si proches les uns des autres. Mais c’est évidemment impossible, la peur du héros, c’est aussi celle de basculer de l’autre côté, de s’identifier complètement à ce qu’il traque. spoiler: Une superbe séquence montre Will, paniqué après son dialogue avec Lecter (ou Lektor, étrange) dévaler les interminables escaliers de l’hôpital psychiatrique
. En une scène toute simple, Michael Mann parvient à saisir le dédale labyrinthique qu’est l’esprit de Will, condamnée à fuir éternellement ce glissement vers la folie. spoiler: Pour rester dans la normalité, Will n’a pas le choix, il doit éliminer une bonne fois pour toute la source de ses tourments : c’est à dire tout ce qui a trait à la monstruosité. Toutefois, le happy end est plus ambigu qu’il n’y paraît. Will retourne auprès de sa famille et semble être libéré de tous ses démons. Mais cette fin annonce en vérité un perpétuel recommencement : Will est en paix… jusqu’à l’apparition d’un prochain meurtrier. Probablement condamné comme Vincent Hanna à attendre avec l’angoisse l’apparition d’un prochain danger
.

Mais Will et ses névroses ne sont rien sans ses Némésis que sont les hors-la-loi, ceux qui bravent la morale et la justice. Ici, deux hommes incarnent les marges de la société. D’abord, il y a l’homme qu’il poursuit : Francis Dollarhyde. Possédé par le ‘’Grand Dragon Rouge’’, il est responsable du massacre de deux familles. spoiler: Cependant, sa rencontre avec Reba McClane, une jeune femme aveugle va peut-être le changer. Ce géant triste, rongé par la solitude et par une enfance malheureuse voit avec Reba une impossible rédemption
. Une fois de plus, les similitudes entre ‘’Manhunter’’ et ‘’Heat’’ sont à relever. Et cette fois-ci, on peut reprocher les deux traqués : Francis Dollarhyde pour ‘’Manhunter’’ et Neil McCauley pour ‘’Heat’’. Deux solitaires qui transgressent les lois. spoiler: Deux hommes qui se remettront en cause après être tombés amoureux d’une femme
. La rédemption serait-elle envisageable ? Mais il n’y a pas de miracle : une nouvelle fois, Mann aime insuffler du tragique dans le destin croisé de ses personnages. Francis et Neil se débattent pour s’échapper des graves maux qui les rongent mais finissent hélas par échouer. spoiler: Francis et Neil seront rattrapés par leur goût du meurtre (pour rappel, dans ‘’Heat’’, Neil retardera son évasion pour abattre un traître) et seront tous les deux abattus par le flic
. La force de Michael Mann, c’est bien de renvoyer dos à dos le flic et le truand. Si le conflit entre ces deux êtres semble inéluctable, le réalisateur préfère avant tout montrer les points communs que partagent ces deux figures de l’ombre, toutes deux bien plus proches du monde des morts que celui des vivants. Mais Michael Mann ne se contente pas seulement de mettre en scène des personnages en souffrance. Il existe chez lui un troisième archétype de protagoniste, loin d’être tiraillé par des questions de bien et de mal. Certains s’acceptent tels qu’ils sont et acceptent même leur monstruosité. Ils parviennent ainsi à se débarrasser de tout comportement moral. Dans ‘’Manhunter’’, ce protagoniste est présent en la personne d’Hannibal Lecter. Si le rôle du personnage est limité (il n’a que trois scènes et a peu d’impact sur le déroulement de l’histoire), ce qu’il représente en revanche est essentiel. Il surplombe tous les autres humains du film et incarne une forme de sauvagerie étrangement élégante. Il est une forme de démon idéalisé : un être qui assume totalement ce qu’ il est et ce qu’il a commis. Ainsi, Hannibal a beau vivre dans une toute petite cellule (qui semble encore plus étroite que celle du ‘’Silence des Agneaux’’), il est paradoxalement plus libre que ne le sont Will et Francis. Sa libération n’est pas physique (elle ne le deviendra que dans les œuvres suivantes d’avantage concentré sur le cannibal) mais spirituel : le psychiatre ne présente aucune souffrance par rapport à sa condition et s’affiche d’une certaine manière comme bien plus ‘’sain’’ que Will. Et le plus important, Hannibal est aussi libéré des notions de bien et de mal, constatant que Dieu lui-même est un être profondément cruel. Devant ce discours cynique mais lucide sur l’état pourri de notre monde, le fan de Michael Mann pensera forcément à un autre de ses films, probablement son plus beau : ‘’Collatéral’’ (qu’il n’a certes pas écrit). Hannibal pourrait être le maître de Vincent (pas celui de Heat’’, mais celui de ‘’Collatéral’’, joué par Tom Cruise). Ceux sont deux hommes qui vivent par et pour le meurtre, totalement en paix avec eux-mêmes. Ils sont tous les deux des tentateurs, cherchant à faire basculer Will et Max (joué par Jamie Foxx dans ‘’Collatéral’’) dans leur monde amoral. En refusant cela, Will et Max croient encore en l’espoir d’un monde meilleur.

Aussi passionnant et maîtrisé soit-il, ‘’Manhunter’’ n’est pas encore l’oeuvre la plus approfondi du metteur en scène. La faute déjà à un suspense assez stérile, dû à une intrigue/ enquête qui intéressent assez peu Michael Mann. Plusieurs éléments sont passés sous silence et même, plusieurs scènes (dommage que le beau tatouage du dragon rouge n’ait pas été conservé). On devine que Mann ne s’intéresse qu’à l’Humain et qu’il a cherché à évacuer tout ce qui a trait au polar. La fin du film, expédiée au possible est une déception (en plus d’être très maladroite en terme de découpage). On aurait aimé avoir au moins un dialogue entre Will et Francis, comme Michael Mann le fera avec ‘’Heat’’ où les deux stars en trois heures de film se rencontraient le temps de deux scènes devenues cultes. Ici, la confrontation entre Will et Francis tombent à l’eau. Dommage, parce que ‘’Manhunter’’ avec son atmosphère envoûtante (renforcée par sa musique), ses acteurs sensibles (William Petersen est bien supérieur à Edward Norton qui interprète le même rôle dans le remake ‘’Dragon Rouge’’ car plus à fleur de peau, plus ténébreux et imprévisible ; tandis que Tom Noonan parvient grâce à sa carrure atypique à concilier cruauté et tristesse) et ses vibrants thèmes a vraiment quelque chose d’unique. Ce n’est manifestement pas ce qu’a pensé le public puisque le film fut un échec. L’oubli fut d’autant plus douloureux que ‘’Le silence des agneaux’’ (à juste titre d’ailleurs) fut un éclatant succès, propulsant le Hannibal Lecter d’Anthony Hopkins comme méchant emblématique du cinéma (Brian Cox était pourtant très convaincant, plus ‘’normal’’ qu’Hopkins). Heureusement, ‘’Manhunter’’ est depuis réhabilité (encore plus depuis la sortie du remake assez plat de Brett Ratner, ‘’Dragon Rouge’’).
lhomme-grenouille

3 624 abonnés 3 170 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 3 janvier 2014
Adapté de la saga de romans qui donna naissance le mythique Hannibal Lecter, ce « Man Hunter » en est peut-être l’épisode au cinéma le moins connu, peut-être parce que justement Anthony Hopkins ne prêtait pas encore ses traits au divin cannibale. Pourtant, ce serait bien triste de passer à côté de cet épisode et cela pour de multiples raisons. La plus importante à mes yeux, c’est ce que « Man Hunter » est réalisé par le divin Michael Mann et que, rien que pour ça, on a déjà la garantie d’un film propre sur toute ses coutures. Mais surtout, ce qui me séduit par-dessus tout dans ce film, c’est qu’il sait se faire tendancieux dans sa façon d’aborder la frontière qu’il existe entre le malade mental et le « gardien du temple », ce policier sensé maintenir l’ordre et la morale… Sur ce point, Michael Mann excelle et produit un film que je remarquable en tout point. Pour moi, encore aujourd’hui, c’est un de mes classiques indémodables…
EricDebarnot
EricDebarnot

241 abonnés 1 262 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 8 novembre 2007
Rebaptisé "Manhunter" depuis le succès planétaire du "6ème Sens", ce film de Michael Mann souffre d'un triple handicap en 2007 : d'abord, ce qui est désormais un décalage par rapport à la trilogie Hannibal Lecter (ici, c'est Brian Cox, par ailleurs excellent, qui a encore la place de Hopkins). Ensuite, le fait que le personnage de Will Graham, l'expert légiste tellement infaillible qu'il en devient surnaturel, est (et c'est une surprise, mais c'est flagrant) le modèle sur lequel a été construit le personnage de Gil Grissom et tout le succès des "Experts". Enfin, Michael Mann est devenu l'auteur incontournable que l'on sait, qui aligne aujourd'hui des chefs d'oeuvre dans un style (formalisme distancié, intelligence narrative, subtilité de la psychologie des personnages, loin des clichés du genre) que "Manhunter" ne faisait encore qu'esquisser. On regarde donc ce film avec un triple recul, qui induit un plaisir analytique du cinéphile plutôt qu'un premier degré plus pertinent à ce type de divertissement.
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 2 mai 2007
Après l'avoir visionné, je me demande comment peut-on y préférer le médiocre dragon rouge. Car, pour ce qui est du sixième sens, on en peut qu'admirer ces images qui, en dépit de leur âge et de leur qualité parfois, sont fortes et nous interpellent, le scénario tient en haleine, les acteurs sont plutôt corrects, finalement, la mise en scène et la musique suivent et permettent au film de grimper à un rang élévé : les multiples séquences symboliques appellent aussi à reflechir, en bref, un echec injuste.
anonyme
Un visiteur
0,5
Publiée le 10 mai 2009
de la à dire qu'Anthony Hopkins est nul... faut pas pousser quand même!
Pierre E
Pierre E

241 abonnés 665 critiques Suivre son activité

0,5
Publiée le 15 février 2007
Et dire que c’est avec ce ‘film’ qu’a commencé l’une des plus brillantes sagas de l’histoire du cinéma ! Déjà seulement connu grâce à la notoriété de « Le Silence Des Agneaux », en plus, dénué de tout intérêt. On atteint des sommets dans le genre ringard (plus ringard tu meurs !), à commencer par la musique, dont 20 années ont eu raison ; les acteurs : Brian Cox, dans le rôle d’un des plus fascinants personnages jamais créé, est pourtant totalement inintéressant, seul William Petersen semble se sentir un tantinet concerné. Il ne reste que la réalisation que l’on pourrait qualifier de ‘correcte’. Déjà avant de le voir, je le considérais comme un ‘non-officiel’ de la saga Hannibal Lecter ; J’étais dans le vrai ; J’ai pourtant été suffisamment patient et donné toutes ses chances au film, mais le jeu n’en valait pas la chandelle. La vision de ce film n’en a été que plus pénible et insipide. La seconde adaptation de « Dragon Rouge » (prétendu ‘remake de celle-ci), réalisée par Brett Ratner, est infiniment plus aboutie et plus brillante. Je ne blâme cependant pas Michael Mann, ce film est la preuve d’un talent très inégal : capable du meilleur (« Collatéral ») mais également du pire (« Le Sixieme Sens »). Mieux vaut considérer le grand chef d’œuvre de Jonathan Demme comme le véritable commencement de la saga, car celui-ci ne vaut strictement rien : Le tir a, heureusement, très vite été rectifié.
Sergio-Leone
Sergio-Leone

213 abonnés 1 096 critiques Suivre son activité

0,5
Publiée le 24 mars 2008
Un bon gros navet! Je suis tombé dessus à la télé et je me suis tout d'abord dit que c'était un gros pastiche du silence des agneaux avant de comprendre que c'était bien un film sur hannibal Lecter (en fait ici c'est hannibal LEKTOR)! Quelle mauvaise surprise! ringard à souhait, tous les mauvais clichés des films d'actions ratés, un jeu d'acteur soporifique, des plans incompréhensibles. Je me suis tellement ennuyé que j'ai pu remarquer tous les merveilleux faux raccords et costumes hideux du film, la palme quand l'inspecteur parle à son fils dans le supermarché, les rayons changent derrière eux durant leur conversation alors qu'ils ne bougent pas! Je ne suis pas fan du tout de M.Mann et cette bouse me conforte dans mon avis. Le remake "dragon rouge" est nettement meilleur.
Marc L.
Marc L.

72 abonnés 1 828 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 12 février 2019
Injustement oublié aujourd’hui, ‘Le sixième sens’ constitue la première tentative de faire vivre à l’écran les personnages inventés par l’écrivain Thomas Harris : Jack Crawford, Will Graham et, bien évidemment, le bon docteur Hannibal Lecter (ici bizarrement rebaptisé Lecktor). La raison de cet anonymat contemporain tient sans doute, bêtement, à son titre français peu évocateur, qu’on associe plus volontiers au Thriller fantastique qui lança la carrière de M. Night Shyamalan. A l’époque, la production avait refusé d’utiliser le titre original du roman de Harris, ‘Dragon rouge’ (pourtant repris dans le remake de 2002) par superstition, un film dont le titre comportait le mot ‘Dragon’ ayant fait un flop l’année précédente, et par crainte qu’il n’évoque un banal film de kung-fu aux oreilles du profane.. Bon gré mal gré, Michael Mann s’adapta à la nouvelle donne et, reprenant les choses là où il les avait laissées pour ‘La forteresse noire’, y développe et approfondit les motifs et les thèmes qui allaient devenir sa signature personnelle. Cette esthétique austère, froide et clinique, ces couchers de soleil sanguinolents comme en contraste, et cette ambiance qui oscille entre contemplation et mélancolie grâce à l’usage appuyé des nappes de synthétiseur, allaient définir pour de bon une certaine esthétique propre au polar des années 80. Forcément, le résultat est très ancré dans une décennie qui renvoie aujourd’hui une aura assez vintage...mais, peut-être précisément pour cette raison, il s’avère plus marquant que la version de Brett Ratner en 2002, depuis longtemps enterrée dans la fosse commune des polars oubliables et oubliés. Inversément, ‘Le sixième sens’ joua sa part dans le renversement des figures du limier et de sa proie qui allait progressivement s’imposer à partir de là. La dualité des deux jouteurs se trouble, on n’est plus dans le cas de figure du héros qui combat le mal absolu : Graham et Le Dragon Rouge sont tous deux des figures obsessionnelles, tout en rituels à la précision extrême : c’est leur empathie et non leurs méthodes qui les différencient. L’assassin n’est plus un croque-mitaine effrayant qui porte le mal sur son visage mais une créature brisée, dont on devine les failles profondes et qui tente même, par certains aspects, de lutter contre sa nature. Cette approche n’était pas inédite - ‘Maniac’ l’avait déjà poussé à son paroxysme quelques années plus tôt - mais elle allait elle aussi contribuer à modifier durablement la représentation du tueur en série au cinéma, qui n’est plus seulement un monstre qu’il faut détruire mais aussi un monstre qu’il faut comprendre au préalable. L’unique erreur de Mann fut de s’éloigner de la conclusion du roman et de louper de la sorte le climax qu on retrouverait dans l’adaptation suivante. Le choix des acteurs joue aussi un rôle dans la relative désaffection dont souffre cette version. Pourtant, ils sont bons, là n’est pas la question : Will Graham, joué en mode pré-Experts par William Petersen, est une figure attachante, et Brian Cox livre un Hannibal Lecter un peu trop brut-de-décoffrage mais dont la perversion est déjà plus que suggérée. Le coup de génie de Jonathan Demme, six ans plus tard, serait de confier le même rôle à Anthony Hopkins qui, avec son ton doucereux et son attitude matoise, ferait entrer le personnage et toute la franchise, y compris ses adaptations les moins convaincantes, dans la légende.
 Kurosawa

675 abonnés 1 509 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 7 janvier 2014
Avec "Manhunter", M. Mann signe un thriller de très grande qualité. De l'interprétation globale impeccable, jusqu'à un scénario bien ficelé, en passant par une atmosphère angoissante au possible, peu de défauts sont à noter. Mais la grande force du film, c'est de savoir ménager ses effets. Il délaisse donc le spectaculaire au profit du psychologique. Ainsi, le face-à-face Graham-Lektor est passionnant, tout comme l'approche du tueur en série est aussi lente et détaillé que fascinante. Stylisé et efficace, un film qui surpasse l'honorable remake de B. Ratner.
Sid Nitrik
Sid Nitrik

74 abonnés 416 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 18 mars 2014
Troisième film pour Michael Mann et première adaptation d'un roman de Thomas Harris au cinéma 5 ans avant « Le silence des agneaux ». Il faut tout de suite couper court à une idée reçue : non ce n'est pas le premier volet de la saga Hannibal au cinéma, le Docteur Lecter (d'ailleurs nommé « Lektor ») est ici un personnage très secondaire que le réalisateur Brett Ratner essaiera tant bien que mal de remettre au centre de l'intrigue dans le remake « Dragon Rouge » sorti en 2002. « Manhunter » est un bon thriller sombre où l'on retrouve le style Mann à travers une psychologie travaillée des personnages et surtout du profiler Will Graham, littéralement obnubilé par son enquête. Ce dernier est parfaitement campé par un William L Petersen faisant bien ressortir toute la névrose obsessionnelle du personnage. Malgré quelques longueurs, l'enquête que l'on suit prend un intérêt croissant avant de se conclure par un final explosif, différent de celui du remake de Ratner. Pas le meilleur de Mann, mais un thriller bien fichu qui vaut assurément le coup d'oeil.
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 20 juin 2011
La première - et la meilleure - version du roman Dragon Rouge de Thomas Harris. Certes Anthony Hopkins ne jouait pas encore le rôle d'Hannibal Lecter, mais qu'importe, le film bénéficie de la réalisation virtuose de Michael Mann, d'une ambiance glacée, d'une BO soignée, d'un héros charismatique (surprenant William Petersen) et d'un tueur terrifiant à souhait.
Shephard69

409 abonnés 2 259 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 27 mars 2013
Encore une fois, Michael Mann nous séduit avec la qualité exceptionnelle de sa photographie notamment sur les plans nocturnes et la force narrative de son adaptation très réussie du roman de Thomas Harris, plus sombre et moins consensuel que "Dragon rouge" de Brett Ratner. William Petersen est en plus vraiment convaincant. Plaisant.
David B.
David B.

55 abonnés 595 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 23 juillet 2014
Enquête pour débusquer un serial killer dans l'ambiance des années 80. Une variante moins mythique du "silence des agneaux" : moins violente, moins oppressante, à l'image plutôt zen de l'envoutante bande son. Le criminel n'en est pas moins perturbé et inquiétant. L'immersion du policier dans la psychologie du tueur est intéressante et bien rendue. Le thriller démarre fort mais j'ai trouvé qu'il perdait en intensité policière dès lors qu'on découvre les véritables traits du psychopathe. La fin est des plus classiques.
Ashtaka
Ashtaka

34 abonnés 85 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 15 janvier 2014
Bien que plus éloigné du scénario du livre, ce film est vraiment au-dessus du Dragon Rouge de 2002. L'ambiance est prenante et ceci dès le départ. Les musiques très originales collent parfaitement à la mise en scène et les bruitages ne sont pas en reste. C'est un film très auditif je trouve ! Alors que dans "Dragon Rouge" c'est du déjà-vu et ça "manipule" plus le spectateur avec des trucs qu'on sait qui marche.

Le personnage de Graham est très bien pensé et interprêté par un Petersen très convaincant. On se sent vraiment mal pour ce profiler aux limites de (re)tomber dans la folie.

Le personnage de Lektor, bien que très secondaire ici, est aussi une belle réussite. Assez différent de l'interprêtation de Hopkins, celui-ci n'a rien d'effrayant physiquement ni n'est particulièrement mystérieux mais en revanche démontre très vite qu'il est capable d'user de sa grande intelligence pour être très dangereux. Ce manipulateur froid et visiblement toujours rancunier vous mettra plus mal à l'aise que véritablement effrayé. Une peur au quotidien.

Le meurtrier lui fait vraiment peur physiquement et aussi dans son attitude de chaque jours. Et pourtant ce film arrive à nous le rendre très humain, même à la fin. Un exploit et une grande performance de l'acteur là aussi. Il retranscrit très bien à la fois ce tueur silencieux, fou et sadique et de l'autre côté cet homme hyper sensible désirant juste être aimé. Pas de blabla "émotionnel" comme dans Dragon Rouge car ici l'image fait tout et il n'y a rien besoin de combler.

Autre différence majeur, le film est ici beaucoup plus centré sur les personnages que l'histoire en elle-même. Celui du tueur, bien sûr, mais aussi celui de Graham et de l'impact de son enquête sur sa famille. A l'exact contraire de Dragon Rouge, ici l'enquête elle-même est à la limite secondaire, presque expédié vite fait je dirais.

En résumé je dirais que "Le Sixième Sens" est un film plus intelligent et plus honnête que l'adptation de 2002.

Cela est si vrai qu'en réalité j'avais déjà vu ce film quelques années auparavant, chose que j'ai vite remarqué au fil du visionnage. Et pourtant tout en me rémémorant le scénario, c'était comme si je découvrais le film à nouveau. Il n'y a que les grands films pour réaliser cela.
Olivier Gallais
Olivier Gallais

11 abonnés 44 critiques Suivre son activité

0,5
Publiée le 1 septembre 2022
Une très grosse déception !!!! Aucun intérêt, aucune tension, aucune angoisse !!!! Décidément je n'aime pas le travail de Michael Mann, un réal sur estimé à mon goût. Musique totalement hors sujet
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