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Gérard Delteil
257 abonnés
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2,5
Publiée le 24 mai 2019
Vincent Lindon crève l'écran, certains dialogues avec les cadres et patrons sonnent très juste, mais ce film souffre tout de même de graves défauts. Sur la forme, son caractère répétitif qui finit par le rendre ennuyeux et sa chute grotesque. Sur le fond, le réalisateur a totalement intégré le discours syndical. On ne voit d'ailleurs que les syndicalistes, les salariés "ordinaires" n'apparaissent que comme des silhouettes. Jamais les syndicalistes ne leur demandent leur avis : pas de comité de grève démocratique, pas d'assemblée générale souveraine. Pas l'ombre d'une distance face au discours syndical classique selon lequel l'entreprise serait rentable, mais le patron voudrait la fermer pour gagner encore davantage. Autrement dit, aucune remise en cause du système capitaliste, il suffirait sans doute qu'un bon patron reprenne l'usine, tel le candidat français rejeté par la direction allemande - ce qui donne un caractère un peu chauvin à ce tract. Jamais nos syndicalistes, même les plus combatifs, ne se posent la question de savoir ce qui pourrait modifier le rapport de forces, par exemple étendre la lutte à d'autres entreprises qui licencient. Ils demandent seulement des négociations, comme si celles-ci pouvaient leur apporter quelque chose, et le réalisateur n'y voir rien à redire. Enfin le film manque de subtilité quand il oppose les syndicalistes radicaux qui veulent sauver à tout prix l'emploi et les réalistes qui demandent des primes de départ plus importantes. La réalité est autrement plus complexe. D'autant que, quand il n'y a plus d'espoir, n'est-il pas légitime de vouloir obtenir l'indemnité la plus importante possible ? Enfin, si le réalisateur se sent probablement du côté des ouvriers licenciés, le moins qu'on puisse dire est que son film n'incite guère à la lutte. Cet aspect démoralisateur a peut-être contribué au succès du film. Dans certains milieux, on s'attendrit volontiers sur les perdants de la lutte sociale mais on n'aimerait pas trop les voir gagner et remettre en cause une société où ils se sentent finalement très bien.
Nous avons sous les yeux une œuvre de colère, un coup de poing balancé à la figure de tout un système qui nie l’humain au détriment du chiffre. Nous avons sous les yeux cette triste réalité qui, depuis des années maintenant, pullule sur nos écrans, marque les journaux de son terrible sceau. La question, maintenant, se formule ainsi : comment changer le dialogue social – et la lutte qui en découle – en énergie cinématographique ? et surtout : qu’est-ce que le cinéma va apporter à la réalité ainsi captée ? La réponse n’est pas claire. Tout se passe comme si l’urgence sociale actuelle conférait une légitimité aux fictions qui s’efforcent de coller au plus près de la réalité, dans une approche de reportage pourtant exagérée, disons redoublée, par une musique amplificatrice et assourdissante, par une esthétisation de l’image qui pourtant la rejette en bloc. Les scènes intimistes brisent le huis clos réaliste et donnent l’impression de servir une démonstration politique assez forcée, sur un sujet qui se suffisait à lui-même. Car c’est justement dans son refus de la fiction qu’En guerre fonctionne, lorsque vibrent des corps devenus entre-temps décors dans le paysage français. Immergée au cœur de l’action, la caméra rapporte les tensions inhérentes aux camps en présence avec un réel talent. Ici, c’est le choix du registre fictionnel qui dissone puisque tout ici hurle le vrai, jusqu’à ce cri de désespoir final totalement déchirant. Faire naître l’épique au sein du genre documentaire aurait, en revanche, décuplé l’impact émotionnel et l’immersion d’un spectateur ici pris entre deux eaux et qui soupçonne davantage un opportunisme social qu’une véritable vision artistique.
Pas trop aimé, y compris le final qui n'est pas bien justifié. On voit tout de même comme Vincent Lindon se prend à fond au jeu. Mais les discussions et beaucoup de scènes sans dialogues alourdissent l'oeuvre et la rendent facilement indigeste. J'ai apprécié les quelques échanges à la française entre syndicats et patron. Toujours dans un dialogue de sourds, malheureusement. Idem pour l'ouverture du courrier qui pour le coup est très bien vu ! Surtout l'enveloppe bullée avec de la...
Stéphane Brizé nous a habitué à la dénonciation sociale et il fait toujours avec justesse. C'est incroyable de voir à quel point le dialogue est impossible entre direction et ouvriers, et cela malgré la médiation de l'état. C'est un peu comme si nous assistions à un dialogue entre un athée et un croyant, les deux ne peuvent pas se comprendre. Ici la dénonciation du système capitaliste est totale, la lien entre actionnaires qui veulent plus, les grands groupes usines qui font des profits, et de l'autre côté des ouvriers qui perdent leur travail pour assurer de beaux revenus juteux aux gros bonnets. C'est écœurant et la réalisation entrecoupée de séquences à la façon d'un reportage télévisé sonne juste. La fin signe même rappel aux événements survenus à de nombreuses reprises ces dernières années. Le monde va mal, le capitalisme ronge tout, tout le monde et Stéphane Brizé le dénonce efficacement. Seul petit bémol, la bande originale est affreuse, agressive et mal choisie, je ne comprends pas trop pourquoi, d'où une demi-étoile de moins.
Très bon film, très bien servi par les acteurs, tous crédibles. Très actuel à voir et revoir pour comprendre, expliquer les comportements inadmissibles de ces chefs d'entreprises choyés et subventionnés à coups de millions (CIR,CICE,etc) qui, fortune faite ou en cessation de paiement, quittent les lieux laissant sur le carreau des centaines voire des milliers de personnes avec parfois, en prime, une destruction totale (pollution grave) de l'environnement du site d'implantation. Tout cela pour le plus grand bien des actionnnaires invisibles et intouchables. Parfaitement rendu dans une mise en scène extrêmement réaliste, Bravo ! Seuls bémols: quelques longueurs vraiment interminables et une musique insupportable, péniblissime
Percutant ! sans filtre, façon docu, reprenant une multitude de faits, une immersion dans les négociations et bien sûr les intérêts divergents à l'ensemble des intéressés et strates. Un focus social violent, sans garde fou, hypocrite et impitoyable. Un triste miroir de notre société avec ses égarements et ses extrêmes ... 4/5 !!! (à voir).
Un film qui vous prend au tripe et qui ose présenter les arcades des décisions des grandes sociétés pour qui les travailleurs sont une variable d'ajustement dans l'échiquier des profits, des intérêts, des actionnaires. Face à ça, l'humain, magistralement interprété par Vincent Lindon, qui se bat pour vivre, simplement!
Ouf, on ne sait pas si c'est un film ou un documentaire .. Entre fiction et réalité Stéphane Brizé nous rend acteur de ce drame. On voit le travail de recherche qui a été réalisé, les mots, les arguments, les reniements, ... sont exactement ce qu'on peut vivre dans la réalité. Et à ceux qui critiquent, comme certains journaux dit "libres", on voit bien qu'ils sont dans une profession, somme toute, bien protégée . Bien sûr, Vincent Lindon est remarquable, mais tous les amateurs s'en tirent haut la main. Bref un film coup de poing qui n'est pas de tout repos c'est vrai.
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3,5
Publiée le 5 février 2019
Trois ans après "La loi du marché", Stéphane Brizé est de retour avec un nouveau drame social qui cette fois-ci s'intéresse à des salariés qui se battent pour sauver leur entreprise et non plus à un simple individu. Comme pour son précédent film, le réalisateur traite le sujet de façon très sobre avec une réalisation toujours plus proche du documentaire. Il filme avec parfois beaucoup de discrétion la lutte de ses salariés et leurs différentes actions pour se faire entendre. On assiste à toutes les étapes de l'intérieur puisque le réalisateur propose une immersion totale qui rend l'expérience très réaliste. Tellement d'ailleurs que tous les rouages de cette lutte sont finalement plus importants que la décision finale. C'est une guerre contre la direction, mais aussi parfois contre les autres salariés qui représentent d'autres syndicats. Le film est très complet, vraiment bien écrit et superbement interprété. Dès les premières minutes Vincent Lindon disparaît derrière les traits de Laurent Amédéo et l'on ne voit plus l'acteur, mais cet homme qui se bat pour défendre sa cause. Pendant près de deux heures, on a vraiment l'impression de voir une véritable histoire, ce qui n'est pas étonnant, car c'est déjà arrivé plusieurs fois. J'avais aimé "La loi du marché" qui m'avait touché par sa sobriété et sa pudeur, mais j'ai trouvé ce film un peu au-dessus et surtout plus fort. Au final, un nouveau bon drame social pour Stéphane Brizé qui maîtrise le genre.
Un film majeur, bouleversant, essentiel, poignant et nécessaire, d'une actualité très brûlante. Avec un Vincent Lindon saisissant et très puissant. Et cette magnifique citation de Bertolt Brecht en ouverture : "Celui qui combat peut perdre, celui qui ne combat pas a déjà perdu." Merci Monsieur Brizé pour ce film inoubliable !
Un Drame social parfaitement réalisé par Stéphane Brizé. Il filme avec efficacité et justesse les différents intervenants de l'exécution du plan social d'une entreprise déclarée en "difficulté" par ses dirigeants. Les dialogues et actions sont si réalistes que l'on pourrait prendre ce film pour un documentaire. Dans une lutte contre une délocalisation pour satisfaire les actionnaires d'une multinationale, Stéphane Brizé démontre l'inefficacité ou l'inutilité des soutiens demandés au Maire, à la justice et au Pouvoirs publics. Magnifique d'engagement, Vincent Lindon porte véritablement ce film à la fois utile, politique, dur et humain.
Sous forme de vidéos et de sons montés depuis les portables ou les caméras journalistiques, ou de sécurité dans les bureaux patronaux, du Medef ou de l’Elysée, assurant par là le réalisme revendiqué des réunions, engueulades, négociations ou actions sur le terrain, cette docu-fiction nous plonge dans les derniers mois du funeste combat acharné de 1100 ouvriers et de leurs leaders syndicaux, refusant la décision brutale et illégitime de la fermeture de leur usine française. Balade en bateau, escroquerie et condamnation légalisées de familles entières, guerre de pressions sociales, psychologiques et financières, abois de pauvres gens dont se foutent indécemment toutes autorités confondues, sont parfaitement rendus par cette cascade glaçante de pouvoirs déshumanisés et corrompus, évidement par l’escalade des grèves et blocages d’usines, les stratégies politico-patronales classiques de délitement syndical par la division et la lâcheté de chacun, les humiliations et désespoirs de plus en plus inexorables ne pouvant aboutir qu’aux extrémités violentes de ceux qui n’ont plus rien à perdre. En syndicaliste puriste et enragé, un poignant et extraordinaire Vincent Lindon incarne le fer de lance perdu de la cause de nos nouveaux misérables, dans les marécages tricheurs et mortifères d’une économie mondialisée, ou les rares autorités de bonne volonté ne peuvent que reconnaitre leur impuissante noyade. Au-delà d’une aventure très inspirée de la paupérisation organisée des gens au quotidien, de la logique comptable, des délocalisations, des licenciements des peuples réduits à des instruments de réajustement, ce film est surtout un pamphlet sur le suicide d’un monde cadenassé par les lois de la concurrence, des bénéfices illusoires des nantis et de la dictature des marchés virtuels. Au-delà des sensibilités et des chroniques particulières de notre décadence, ce film force à converger vers la question d’un système souverain et ouvertement corrompu qui n’est plus au service de l’humain mais bien aux lois pathogènes du marché.
Film émouvant ,et une vue aiguë sur la Mondialisation et le Fonctionnement des grands groupes Européens ,qui valident plus leurs Marges ,leurs bénéfices ,et l'actionnaire roi, au détriment de leurs employés ,les obligeant à donner gratuitement des heures de travail pour engraisser toute cette machine infernale !! très angoissant pour le futur de nos enfants ,ce film relate la réalité de ce monde business sans pitié ,des ouvriers que l'on considère comme un produit jetable , qui une fois consommé est jeté ,triste réalité de ce monde en pleine décadence !!!
Un film bouleversant qui emporte tout sur son passage, et qu'on revoit avec une intense attention à la lumière de la fronde sociale et citoyenne des gilets jaunes. Rien de caricatural, malgré la radicalité du sujet ; des acteurs extraordinaires de vérité et de nuance ; un film qui ne donne pas de leçon mais permet d'ouvrir les yeux et de se faire une idée plus juste du monde "tel qu'il va". Urgent. Essentiel.
Film quasi documentaire tourné avec des acteurs non-professionnels (en dehors de Vincent Lindon bien entendu), ce qui accentue l'impression de réalisme et d'authenticité des scènes. Avec V.Lindon en fer de lance, on aborde les différentes étapes de la lutte par les employés de l'usine pour conserver leurs emplois, les moments de combat, de discussions internes entre ouvriers, de négociations avec la direction ou avec le pouvoir politique, la vision des médias, les déchirements entre combattants aux objectifs différents...Bref une guerre moderne filmée au plus près, sous un ton didactique et pas du tout romancé, de l'humain contre une société capitaliste.