A travers la fermeture annoncée de l’usine Perrin d’Agen (Lot-et-Garonne), propriété du groupe allemand Dimke, et la grève des salariés à la tête de laquelle se trouve Laurent Amadeo (Vincent Lindon, 59 ans, 4e collaboration avec le réalisateur), syndicaliste de la ., le cinéaste montre bien le dialogue de sourds entre les salariés, refusant la fermeture de leur usine (1 100 employés), voulant continuer à travailler et non pas toucher des indemnités de départ, d’autant qu’ils se sentent trahis par une direction qui n’a pas tenu ses promesses (heures supplémentaires non payées en échange de la continuation de l’activité pendant au moins 5 ans), et un industriel (représentatif du patronat) qui n’a que le mot marché à la bouche, justifiant la fermeture de l’usine, non pas car perdant de l’argent mais pas assez compétitive. Une caméra très mobile, comme dans un reportage ou un documentaire, accroit la véracité du film, d’autant qu’il est principalement interprété par des non comédiens jouant leurs propres rôles. Cela reste néanmoins du cinéma avec les scènes de manifestations, filmées sans le son mais avec une musique extradiégétique (du Suisse Bertrand Blessing) qui en renforce la puissance émotionnelle et de nombreux plans séquences. Est montré aussi le traitement médiatique, plus focalisé sur les violences, ainsi que le risque de division des salariés, entre ceux qui s’opposent radicalement à la fermeture de l’usine et ceux prêts à négocier à la hausse leurs indemnités de licenciement. A travers ce film, « La loi du marché » (2015), où un quinquagénaire au chômage (Vincent Lindon qui obtint le prix d’interprétation masculine au festival de Cannes 2015) accepte d’être agent de sécurité dans un supermarché, et « Un autre monde » (2021), où un directeur d’usine (Vincent Lindon) est pris en étau entre une multinationale qui lui demande de licencier et la résistance de ses proches collaborateurs, Stéphane Brizé creuse son sillon de films politiques et sociaux, à la façon de Ken Loach.