C'est donc ainsi que se clôture la trilogie Eastwoodienne du héros américain moderne, proche du monsieur tout le monde mais mû par une passion, un instinct, une bénédiction divine lui permettant d'accomplir de grandes choses. J'avais adoré American Sniper et beaucoup apprécié Sully, pour Le 15h17 pour Paris, c'est plus compliqué.
En effet, Eastwood s'est jeté à corps perdu et sans trop de recul dans cette histoire, nourri par une certaine fascination pour ce fait divers somme toute hors du commun. Ce qui a véritablement inspiré le cinéaste dans cette entreprise, c'est bel et bien le passif de ses trois protagonistes principaux. On a en effet beaucoup entendu dire qu'ils étaient militaires, mais ce que l'on sait moins, c'est qu'ils ne sont pas des héros de guerre. Bien au contraire, leur parcours dans l'armée s'est avéré plutôt chaotique et c'est précisément sur cette corde là qu'Eastwood semble puiser le sel même de son film.
Il ne s'agit pas d'un pamphlet en faveur de l'armée ou des États-Unis, il s'agit en fait de retracer le parcours d'hommes pour qui le destin semble avoir joué un rôle extrêmement important, pour qui chaque élément de leur vie et de leur carrière semble les avoir amené à ce moment précis.
Alors sur papier l'idée est louable, en pratique on a droit à un film plutôt bancal. Autant le dire tout de suite, sans mériter l'Oscar, les trois hommes interprétant leur propre rôle sont plutôt convaincants mais amènent tout de même un côté amateur au projet, ce sur quoi Clint Eastwood rebondit en adaptant sa mise en scène, nous proposant des plans en caméra épaule un peu brouillons, des zooms aléatoires, parfois même des plans en go-pro ou téléphone portable. Esthétiquement parlant, le film est donc très particulier et même si l'on reconnaît la patte Eastwood, on est forcé d'avouer qu'en terme de mise en scène il s'est quand même pas mal reposé sur ses lauriers.
En terme d'écriture également, le film est très bancal. Que ce soit dans les dialogues ou les situations (notamment lors de la jeunesse des protagonistes), le développement scénaristique est plus que basique. Néanmoins, le réalisateur sait gérer son rythme et les scènes ne s'étirent pas au delà du nécessaire, ce qui permet au spectateur de suivre le film sans pour autant voir pointer l'ennui. Ce qui est sûr, c'est que l'on se demande bien où le cinéaste veut en venir.
On en arrive donc finalement à la fameuse séquence de l'attaque du thalys qui, comme l'on pouvait s'en douter, est extrêmement bien gérée. En terme de réalisation, de gestion de la tension et de rythme, on retrouve le Clint Eastwood d'American Sniper et Sully. C'est spectaculaire tout en travaillant une notion de réalisme initiée depuis le début du film. C'est extrêmement court, mais de la même manière on pouvait s'en douter, la véritable attaque n'a pas été plus longue.
Concrètement quoi penser du film ? J'ai beaucoup de mal à me faire un avis tranché. Le concept de base est fort intéressant, retracer le parcours de trois hommes ordinaires amenés à effectuer un acte héroïque pour sauver des centaines de passagers. Le problème, c'est qu'on l'impression qu'il ne s'agissait pas forcément du bon format. Un moyen-métrage voir un court-métrage aurait été suffisant. De fait, on a parfois l'impression que certaines séquences sont présentes pour remplir le film plus que pour lui apporter quelque chose.
L'objectif est tout de même atteint, on s'attache aux personnages et l'on est avec eux lors de l'attaque, on vit l’événement « comme si on y était ». Mais je pense que c'est véritablement ça qui me pose problème. Je n'ai pas suffisamment senti de « sincérité » dans ce projet pour l'apprécier de la même façon que Sully ou American Sniper. Ce côté docu fiction a quelque chose d'un peu bâtard. Heureusement Eastwood arrive à garder une certaine distance avec son sujet et trouve le ton juste dans sa représentation des événements, en adoptant une mise en scène sobre, réaliste, sans musique, seulement des faits.
J'ai personnellement apprécié le film mais je regrette la rapidité (clairement visible) avec laquelle il a été conçu. L'impression de se retrouver devant un film prématuré, pas totalement développé, avec des germes de très bonnes idées mais une sensation amère après le visionnage. Comme si il avait voulu « surfer » sur l'événement sans prendre le temps de se poser les bonnes questions. Paradoxalement, c'est les 75 minutes précédant la séquence de l'attentat qui mettent en lumière l'objectif du réalisateur. Il ne s'agit pas d'un film sur un attentat, mais sur les hommes qui l'ont empêché. La morale est sauve.
Ça se laisse regarder, la dernière partie est très prenante car c'est la raison pour laquelle on est venu voir le film, mais c'est bien inférieur aux deux précédents opus de sa trilogie du héros ordinaire.
A voir.