La 1ère minute du film est légère, subtile, une bulle de grâce, un ange évolue dans les airs. C'est Camille, ado de 12 ans qui fait une représentation artistique dans le cadre joyeux de son école de cirque. Un des très (trop) rares instants d'abandon de soi et de joie de vivre. Elle se retrouve alors vite rattraper par la froideur cartésienne de sa mère qui essaie d'équilibrer tous les éléments de la cellule familiale. Face à cette rigidité apparente, la douceur de la communauté religieuse associée à l'église du village semble être l'espoir de renaissance globale pour la mère qui s'y investit de plus en plus surtout pour le salut de son âme et la protection de sa famille. Le père est conciliant sans trop y croire au début mais suit sa femme dans cet écrin de bien-être. Le Prêtre de la Communauté étant humble et fraternel accordant son Pardon aux pêcheurs involontaires, a un ascendant moral et une perniciosité psychologique alors que bon fond, il veut guider les moutons vers la voie de la rédemption et sauver les âmes. Mais Camille, en période de questionnements ado et confrontée à ses doutes malgré son Amour filial, se retrouve en rejet de certaines décisions et ne trouve pas sa juste place entre sa famille, la Communauté, le collège, le cirque. Un sentiment de danger pour ses frères et soeurs embarqués dans l'histoire la fait hésiter sur le comportement adéquat à avoir. À part quelques jolies scènes lumineuses (les séances de jeux, ses premiers émois, les balades, le mariage) le film évolue dans une ambiance assez lourde voire malaisante dans notre rapport à l'autre, à la Religion (ici Catholique mais le film aurait le même effet si Religion Juive, Musulmane, Bouddhiste) car sans toujours le montrer ou l'expliciter, il y a des ambiguïtés de rapports, des relations familiales qui se délitent au lieu de se renforcer sous le feu de l'Amour de Dieu. Le thème n'est pas facile à traiter, on sent la sincérité de la réalisatrice de retranscrire son vécu mais malheureusement un sentiment de confusion (le sien durant sa période au sein d'une communauté religieuse) donne une impression brouillonne. On se débrouille pour comprendre les comportements versatiles de Camille alors qu'à certains moments on la sent sûre d'elle. Elle est en vrai partagée entre tout ce qui lui arrive, ses envies et les peurs d'éclatement de la cellule familiale si elle agit.
Mais à vouloir trop bien faire, sans être trop didactique, démonstrative ou montrer le côté pernicieux de la communauté qui n'est pas une secte mais une frange traditionaliste forte, la réalisatrice de perd dans tout ce qu'elle veut exposer, dénoncer, sans juger l'Église Catholique et les Croyants dans leur ensemble car elle concède que ce n'est qu'une infime part mais qui est destructrice plus que salvatrice.
Et on retombe sur les travers classiques de chaque religion exposés au ciné (le catholique pédophile, le musulman djihadiste, le juif manipulateur) Elle sait que les messages 1ers sont sagesse partage rédemption pénitence fraternité pardon.
Mais, si la réalisation du film lui a été salutaire pour exorciser les derniers démons de cette période, elle n'a pas tous les codes filmiques pour accoucher sereinement d'une oeuvre ample et singulière. C'est donc une débutante qui veut dire beaucoup mais qui bredouille son cinéma et son message. Aurait-elle mieux fait d'attendre un peu plus, faire quelques films pour apprendre le métier et alors poser un regard neuf sur son histoire perso ? La jeune comédienne (quelle âge a t'elle réellement ?) qui propose une grande palette de jeu et d'émotions, est parfois très en phase et des fois confuse ou perdue dans les demandes de la réalisatrice. Son 1er frère a des moments de présence forts. JP Daroussin met en confiance. Camille Cottin est en contre-emploi mais parfois surjoue. Il manque quelques rapports avec les autres membres de la famille (à part les grands-parents) et le traitement global est trop rapide pour bien montrer l'évolution psychologique des protagonistes. Bon début mais . . .