C’est le dernier Polanski né aux Etats-Unis. Ensuite viendra l’heur(e) du procès pour pédophilie, que le cinéaste fuira un peu piteusement, allant se réfugier dans une Europe qu’il ne quittera plus. J’en entends déjà hurler « Houuu ! La te-hon sur lui ! ». Certes, l’homme au quotidien n’a pas l’air très net. Mais devant Chinatown, à ce rappel puissant des films noirs d’après-guerre, ceux d’Hitchcock en tête, on ne peut que penser aux bobines qu’on ne verra jamais, à l’élan brisé d’une carrière alors au sommet de son art. L’intrigue, ici, se trame au cœur de la Grande Dépression, sur la fin de la Prohibition, dans un monde mu par une économie mafieuse omniprésente, omnisciente, omnipotente. Que vient donc faire le privé Gittes dans cette sombre galère ? Borsalino en tête, le costume à rayures tressé, l’étui à cigarettes à portée de la main, il promène son flegme et ses lunettes noires dans les recoins de l’affaire, celle d’un banal adultère qui vire à l’escroquerie tentaculaire. Le réalisateur se régale dans cet univers corrompu, profitant à fond du Cinémascope, filmant son héros de dos, de haut, d’en bas, nous forçant à suivre son regard quel que soit ce qu’il y a en face. Ce n’est pas toujours d’un abord facile, du titre en trompe-l’œil au montage tout en ellipses, en passant par ce script qui mêle les déductions contradictoires d’apprentis enquêteurs. Mais on s’accroche, et on se laisse porter, car on sent bien au fond qu’on est devant du lourd. Diantre. Si seulement il s’était retenu.