Conformément à la marche de l’Histoire telle que Shakespeare l’envisage dans ses pièces politiques, The King pense le pouvoir comme une torche ardente détruisant les hommes et sa passation comme la douloureuse entrée dans l’ère du mensonge : d’abord jeune ingénu qui a choisi de vivre en retrait du monde, dans l’ombre de son père et de la fonction royale qui l’attend, Henry délaisse rapidement le libertinage pour rentrer dans le rang, abandonne les grasses matinées pour, en lieu et place, se soumettre à une succession de poses lourdes en tradition, lourdes en responsabilité, lourdes tout court. La paranoïa qui s’installe peu à peu retranscrit à la fois la vie de cour dans ce qu’elle a de plus hypocrite, où les alliés d’un soir deviennent les ennemis de demain, et l’incapacité d’un roi à régner sur ses sujets sans, en contrepartie, leur imposer l’effort de guerre, seule activité susceptible de rassembler le peuple, le clergé et les grands du royaume autour d’une cause commune. L’obsession qui étouffe le long-métrage de David Michôd est celle d’un charisme à construire puis à affirmer, et sa contrepartie réside justement dans l’aveuglement progressif du souverain face à des enjeux qui le dépassent, déformés par les intérêts individuels de ses conseillers. La clausule, véritable morceau de bravoure, confond le menteur tout en entretenant ce cycle de violence – le sang appelle le sang – qui marquait l’ouverture du règne : faire exécuter les possibles traîtres en place publique, les fixer du regard jusqu’au coup de hache fatal. Au cœur de sa tente, le roi a peur de s’interroger : pourquoi avoir réuni autant de troupes en France ? Il préfère le corps-à-corps, le duel qu’il essaie d’imposer au roi de France, fou rieur interprété par un Robert Pattinson à contre-emploi, plutôt intéressant. Car il serait erroné de considérer The King à la lumière de sa véracité historique : il s’agit plutôt d’une relecture artistique et idéologique, de la même manière que Shakespeare se servait des faits pour penser l’Histoire. Dès lors, l’entièreté du propos de Michôd semble se résumer dans la balle, objet de la discorde qui conduit à l’affrontement militaire et à la boucherie d’Azincourt. Cette balle dit tout, elle incarne la profonde vacuité de ce qu’elle occasionne, des milliers de vie qu’elle ravit. Elle trahit aussi l’animalité d’un souverain qui mord son ennemi comme un chien mordille son jouet : voir à ce titre la fameuse bataille, mélasse d’hommes et de cuirasses qui ressemble à une mêlée de Baseball. En dépit de quelques longueurs, The King frappe fort et a l’audace ô combien rafraîchissante de penser la guerre qu’il met en scène : ses plans tantôt glacés tantôt embarqués dans le chaos donnent à voir un monde pétrifié dans ses angoisses et ses cérémonials, en cela peut-être reflet d’une Angleterre contemporaine en proie aux divisions.