Avec L’Art du mensonge, Bill Condon signe un thriller élégant dominé par un duo d’acteurs de haut vol : Helen Mirren et Ian McKellen. Leur affrontement feutré, tout en regards, en sous-entendus et en manipulations, constitue la véritable richesse du film. Leur jeu, d’une précision remarquable, insuffle au récit une tension constante et un plaisir de comédie de dupes.
Le début du film intrigue : la rencontre entre deux personnages âgés qui se séduisent sur fond de secrets inavoués pose un cadre raffiné et mystérieux. La mise en scène soignée de Condon — lumière tamisée, décors élégants, rythme posé — installe une ambiance britannique pleine de classe, où l’on sent le parfum d’un Hitchcock assagi.
Mais si l’emballage est séduisant, le contenu finit par décevoir. Le scénario s’égare peu à peu dans des rebondissements de plus en plus improbables, jusqu’à un final qui tient davantage du feuilleton que du thriller subtil. Le changement de ton en cours de route — d’un film d’arnaque feutré vers un drame vengeur — crée une rupture maladroite qui affaiblit la cohérence du récit.
La tension retombe après un démarrage prometteur, et les scènes explicatives qui s’enchaînent cassent le rythme. Le film perd alors le charme de sa première heure. De plus, les personnages secondaires, réduits à des fonctions narratives, manquent de consistance, tandis que la morale finale, trop appuyée, laisse une impression de lourdeur.
Reste la classe du duo Mirren–McKellen et la maîtrise formelle de Condon, qui sauvent le film de la fadeur. L’Art du mensonge se regarde avec plaisir, mais sans grande surprise : un thriller élégant mais inégal, plus séduisant en surface qu’en profondeur.