Sorry We Missed You
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Cinememories

584 abonnés 1 664 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 8 octobre 2021
Dans la même lignée de « Moi, Daniel Blake » et de l’ensemble de sa filmographie depuis les années 60, Ken Loach continue de s’arracher pour rendre hommage aux familles qui souffrent de l’exigence d’un système. Le travail précaire, mêlé à l’ubérisation du travail, de la société de l’économie, met en lumière ce drame qui peut démanteler le plus solide des liens qui existent et pour lesquels nous nous battons chaque jour et à toute heure. Et avec Paul Laverty au scénario, il n’est donc pas étonnant de le voir recoller avec ces thèmes autodestructeurs et des personnages qui naviguent entre les inégalités, tout en encaissant, car il n’y a pas de voix, il n’y a pas d’écoute pour ces marginaux qui piétinent dans l’ombre.

Ricky Turner (Kris Hitchen), père de famille, définit cette détresse du moment, l’envie de cueillir le fruit mûr et généreux pour ses proches. C’est de cette note d’attention qu’il se heurte à ses propres principes, car sombre rapidement dans une forme de dépendance, nécessaire à sa survie et à ceux qu’il aime. Il s’endette et entre dans un jeu un tantinet mafieux, afin de livrer des commandes à travers un Newcastle gourmand et endormi sur les méandres de ce métier, entièrement à la charge du salarié. Ce contexte posé, le film ne recule plus et ne s’excuse jamais de ce qu’il entreprend. Il est bien évident que les décisions du père a un grand impact sur la vie de famille, à commencer par la polyvalence d’Abby (Debbie Honeywood), à l’instinct maternel et rationnel. Pourtant, elle se détache physiquement de ses enfants, car elle est toujours là à vagabonder de client en client, et la touche de générosité supplémentaire ou mal placée ne suffit pas à ramener un salaire confortable à domicile.

Nous avons donc à faire à des héros de l'ombre, mais qui se limitent au public familial, car il y a bien deux enfants qu’on laissant s’autogérer et on devine bien la suite. Seb (Rhys Stone) est bien l’adolescent rebelle qui prendra peu à peu conscience de son engagement dans la vie. À travers son regard, on lui donne une dimension métaphorique de son père, qui sacrifie tout au prix de ce qui ne peut se racheter. Quant à la cadette, Liza (Katie Proctor), elle est bienveillante et innocente. Présente pour renforcer les liens fragiles dans le récit, elle apporte également une légèreté dans l’absence des parents ou dans leur fatigue. Cependant, chacun manque ainsi un épisode dans la cellule familiale, qui pose des dilemmes et qui s’enchaîne sans pouvoir les arrêter. De plus, on l’extrapole subtilement à un monde ouvert, car ces voisins sur-engagés sont à l’image d’une société qui manque de communication et qui est rongée par la compétitivité. La vitesse à tout prix et la vitesse a tout pris.

Et en parlant de vitesse, on parle forcément du temps. Ce temps permet à la famille de se souder, mais permet aussi de la briser en un mouvement. « Sorry We Missed You » est un message fort qui s’adresse à ceux qui se sacrifient et qui s’arrachent pour satisfaire un client, qui n’a pas toujours le regard humaniste sur ces livreurs. On ressent ainsi une certaine colère dans la narration, car on ne cherche pas non plus à s’en extirper. On fonce dans la seule direction qui nous est proposée, sans aller-retour. On part et on ne reviendra jamais complètement. Une part de nous ne parvient pas à s’affranchir de cette tension et cette rage qui devrait encourager et non pas l’inverse. Loach comprend bien ces détails qui marquent sans doute notre époque, mais qui feront également écho, de nombreuses manières, à des situations plus hostiles qu’aura la vie sur notre façon de s’engager.
Evelyne M
Evelyne M

25 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 25 novembre 2019
J'ai adoré voir ce film en VOST avec une famille qui rame comme jamais dans notre monde 2.0 et qui essaie de tenir debout malgré tout. Mention spéciale au flegme et à l'humour anglais qui parviennent à nous faire sourire alors que la situation est désespérée.
Fredbernardeau
Fredbernardeau

1 abonné 38 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 25 novembre 2019
Du très grand Ken Loach ! A plus de 82 ans le réalisateur britannique est toujours aussi engagé, incisif. Alors, bien sûr, on peut ne pas aimer, ne pas être sensible à son "cinéma". Lui reprocher de faire du misérabilisme à 2 balles. On peut aussi le taxer de manichéisme.
On peut aussi, et c'est mon cas, le remercier de raconter avec son coeur. De toujours creuser le sillon, de ne pas faire de concessions en dénonçant sans relâche les incohérences, les injustices de la société britannique. Et, à travers elles, comment le "système" broie des millions de gens. Comment il déclasse peu à peu une grande part des ouvriers, des salariés. "Sorry..." est le nouveau Ken Loach, j'espère que ce ne sera pas le dernier...
Peter Franckson
Peter Franckson

79 abonnés 1 344 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 24 novembre 2019
Un film proche du documentaire en raison de son grand réalisme et qui dépeint la vie de la famille Turner vivant à Newcastle upon Tyne : elle risque d’imploser à cause du nouveau mode de travail du père, Ricky, originaire de Manchester. Après avoir perdu son emploi dans le bâtiment, il devient chauffeur-livreur franchisé où il a surtout des devoirs et beaucoup de contraintes vis-à-vis de la société pour laquelle il travaille, PDF (Parcel Delivered Fast). Espérant gagner 155 £ par jour, il a dû vendre la voiture de sa femme Abby, aide à domicile de personnes âgées ou handicapées, pour acheter son fourgon de livraison. Tous les deux font de longues journées de travail (7h30-21h pour Abby), négligeant leurs enfants, Lisa Jane, 11 ans et Sebastian, 16 ans, passionné de tags et de graffitis au détriment du lycée. Le scénario, écrit par le fidèle Paul LAVERTY, complice du réalisateur depuis 1995 (15 films ensemble), est très bien construit et décrit le cercle vicieux dans lequel le chauffeur livreur s’engage, artisan de son propre malheur, le conduisant dans une nasse, sans réel possibilité de retour. Un constat quasi clinique de « l’ubérisation » de certains métiers, renforcé par le talent des acteurs qui savent rendre attachants et émouvants leurs personnages, notamment, la mère (Debbie HONEYWOOD), pleine de compassion et d’empathie pour ses patients (qu’elle traite comme s’il s’agissait de sa propre mère) et qui révèle à la fois sa faiblesse et toute sa force lors de la scène particulièrement émouvante de l’hôpital. Le vrai talent de Ken LOACH est de mettre le doigt sur les points faibles de notre société, la privatisation des chemins de fer britanniques [« The navigators » (2001)], la mise à l’écart des chômeurs [« Moi, Daniel Blake » (2016)] ou ici, la création d’un lumpenprolétariat qui accepte d’être son propre bourreau.
Bashnark
Bashnark

1 abonné 11 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 13 avril 2020
Un vrai chef d'œuvre qui met en avant des situations économiques et familiales tragiques, réelles, avec un grand talent !
Les acteurs - absolument toute la famille - jouent à la perfection pour transmettre tous les sentiments : bravo !
gimliamideselfes

3 433 abonnés 4 013 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 24 novembre 2019
On dirait que ce film est fait dans le même moule que le précédent (I, Daniel Blake). Cependant le précédent avait été palme d'or à Cannes et gagne ainsi un peu de notoriété et de visibilité, là où celui-la ne sera vu que par les inconditionnels de Loach déjà acquis à sa cause. Parce qu'en fait là, plus que les personnages, c'est bel et bien la situation décrite qui est intéressante. Ici on suit une famille qui aurait pu être n'importe quelle famille, puisqu'elle n'est pas réellement le sujet du film, le sujet c'est bel et bien ces entreprises modernes qui poussent leurs salariés à être à leur compte, en leur faisant croire qu'ils sont indépendants... là où en réalité c'est juste une forme de précarité...
Tout comme dans Danier Blake ce qui était intéressant, plus que le destin tragique de ce petit vieux, c'était le système inhumain dépeint en toile de fond qui était intéressant.

Et c'est la force et la faiblesse du film, je veux dire que c'est assez violent, on voit bien toutes les dérives (comme dans un bel exposé) de telles méthodes managériales, de cette façon de procéder où l'on ne recrute plus, mais où l'on a des partenaires franchisés... Et clairement difficile de ressortir du film en ayant la moindre opinion positive de cette ubérisation de notre société.

Malheureusement, vu que le système qui est dépeint est plus intéressant que cette famille à la trajectoire prévisible, on perd en émotion ce que l'on a gagné en exhaustivité du côté "exposé". Je ne dis pas là qu'il n'y a pas une ou deux séquences poignantes et tristes qui fonctionnent, mais disons que je me sens pas forcément autant investi que j'aurais pu l'être.

Reste que j'aime le côté désespéré du film, l'impossibilité de s'en sortir, comment cette entreprise et ses méthodes finissent par détruire les liens familiaux, comment le retour en arrière devient de moins en moins possible.

Disons que socialement le message est fort et j'aime le film pour ça, parce que ça prend aux tripes, mais cinématographiquement ça aurait pu être mieux, notamment au niveau des personnages, de leur écriture... quelque chose de plus imprévisible aurait été bienvenu.
Edouard17
Edouard17

5 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 24 novembre 2019
Très bon film, joué à la perfection. D'une grande justesse, bluffé. On est au cœur de la middle classe britannique et de ses difficultés.
michel C
michel C

45 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 22 novembre 2019
Du Ken Loach pur jus, dans toute son humanité. Il n'a pas son pareil pour filmer les difficultés des gens ordinaires, leur courage pour se battre face à un monde économique qui les ecrase et essayer de preserver l'essentiel, leur dignité et le bonheur de leurs proches. Mais l'engrenage est parfois infernal et a la capcité de broyer les plus volontaires. Ce film est terriblement noir mais tellement nécessaire. Faire prendre conscience de la précarité des boulots de service et de la terrible pression qu'elle engendre : un tel paris ne pouvait être mené a bien que part un grand cinéaste.
bug bunny
bug bunny

53 abonnés 1 285 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 22 novembre 2019
Un film qui montre la vie difficile sur plusieurs domaines l éducation le savoir et le travail l argent bravo on reste un peu sur la fin dommage
Pauline R
Pauline R

2 abonnés 30 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 20 novembre 2019
Ce nouveau film de Ken Loach est une narration de la vie d'une famille pauvre à notre époque. Il n'y a pas d'histoire si ce n'est celle d'une famille sans histoire particulière qui se bat pour subvenir à ses besoins. Il ne se passe pas grand chose de tout le film mais pour autant tout est bien écrit, même si les acteurs (qui ne sont pas tous du métier à la base) ne jouent pas très bien, ce qui nous empêche d'y croire par moment. Plusieurs séquences sont en trop et rajoutent toutefois des longueurs dont on aurait pu se passer.
Nous pouvons cependant noter la remarquable dévotion de personnage du père pour sa famille tout au long du film.
St Montipel
St Montipel

8 abonnés 152 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 20 novembre 2019
Quel film de Ken Loach n'est pas dérangeant? Pas celui ci en tous cas , mais à trop vouloir dénoncer les méfaits de notre société, n'en fait il pas trop ? Ce film est terriblement éprouvant , cette descente aux enfers est elle la seule issue de tout un chacun . Le seul choix que nous ayons est il de sacrifier sa vie à la globalisation et l'ubérisation de la société? Ken loach ne nous laisse jamais le choix....pour lui nous sommes condamnés.
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 19 novembre 2019
Film poignant et bouleversant. Il retrace à merveille la difficulté existentielle à gérer sa vie professionnelle et familiale. Nul besoin de chercher à tout prix l'équilibre parfait. Il faut sans cesse jouer et jongler avec les déséquilibres. C'est là la nuance et la subtilité de l'existence humaine. Le film met très bien en exergue la cruauté, la froideur et le monolithisme vertigineux du système capitaliste. Du profit, encore du profit, toujours du profit... Peu d'humain, très peu d'humain et à terme plus jamais d'humain... Ce joyau de cinéma devrait être parachuté aux 4 coins du monde pour réveiller les consciences nourrissant le monde capitaliste et tuant à petit feu le genre humain. Sans verser dans le dualisme ou le manichéisme à outrance, ce film oppose et confond à la fois 2 paradigmes : le capitalisme et sa machinerie infernale d'une part (la société de livraison de colis) et l'humanisme dans sa pureté la plus subliminale (honorée à merveille par la famille britannique qui se bat pour des idéaux fondamentaux : le partage, le vivre ensemble, la solidarité et l'amour universel). La mère et la fille, le père et le fils, subliment cet humanisme en le teintant de leur générosité, leur honnêteté et leur sincérité sans bornes. La virilité masculine et la candeur féminine qu'ils incarnent respectivement ne sont pas un frein à la sublimation de l'idéal humaniste. La fin mène à une réflexion profonde et interroge autant qu'elle nous désarçonne par son caractère inachevé. Parce que le monde continue mais que le réveil des consciences est plus que jamais d'actualité.
mat niro

462 abonnés 2 158 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 18 novembre 2019
On peut reprocher à Ken Loach son obsession pour le cinéma social portant sur les "oubliés" de l'Angleterre mais il le fait si bien que c'est un régal et "Sorry we missed you" n'échappe pas à la règle. Ce couple de travailleurs acharnés émeut à tour de rôle, lui dans son métier de chauffeur-livreur, elle, toujours douce et bienveillante avec les personnes dont elle s'occupe. Le film dénonce à merveille les nouvelles règles du marché du travail et le personnage de Ricky est attachant, tant il subit de plein fouet les foudres de son patron et la crise d'adolescence de son fils. C'est remarquable et bouleversant! Bref, c'est du Ken Loach pur jus!
Josette Marie-Madeleine P
Josette Marie-Madeleine P

15 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 18 novembre 2019
Avec " Sorry we missed you" Ken Loach nous démontre qu'il demeure l'un des rares Activistes du cinéma européen d'aujourd'hui et il faut saluer son intarissable jeunesse quand les français, tel Bertrand Tavernier, se sont souvent perdus dans des considérations "esthétiques"... Chez Ken Loach, aucun bavardage, comme dans le théâtre classique et sa règle des 3 unités, tout est mis au service de la démonstration, sans concession d'aucune sorte. Ici vous avez le catalogue au plus concret de l'invraisemblable rapport de valeurs, les chiffrées autant que celles qui fondaient un modèle social, courage, honnêteté, dévouement, cohésion familiale, lesquelles se voient broyées, dérisoirement atomisées, à l'aune de cette nouvelle conquête de l'Ouest qu'est l'uberisation avec sa course à la croissance meurtrière. Dès lors , le cadrage ultra fermé des plans, ceux des dialogues autant que ceux extérieurs, résonne comme totale vacuité de sens et fonds de cette Passion selon Ken Loach, où Ricky et Abby semblent devoir se laisser crucifier jusqu'à l'absurde. Le réalisme de Zola n'eût pas écrit cet épisode anthropologique et social d'autre façon que Ken Loach !
anonyme
Un visiteur
2,0
Publiée le 18 novembre 2019
Le film tourne autour d'un unique message l'argent et cette société ! On voit concrètement tout ce que l'argent peut amener à détérioré , l'amour, la famille , les relations d'humains à humains , problème de communication malgré l'amour évident dans cette famille , une petite étoile supplémentaire pour l'actrice qui incarne cette mère de famille je pense que c'est le personnage qui m'a le plus touché car on sent en elle l'attachement à son mari sa famille et son désarroi le plus profond, ce film donne à méditer malheureusement je m'attendais à être prise par plus d'émotion pour ce film.
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