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    Être vivant et le savoir
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    8 critiques spectateurs

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    Yves G.
    Yves G.

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    3,0
    Publiée le 8 juin 2019
    Alain Cavalier, le réalisateur, et Emmanuèle Bernheim, l'écrivaine, sont amis depuis trente ans. Une profonde complicité les unit ; mais ils ont conservé entre eux un vouvoiement respectueux. Le réalisateur propose à l'écrivaine d'adapter à l'écran son dernier livre, "Tout s'est bien passé", la chronique des dernières semaines de son père qui, après un AVC, a décidé d'aller en Suisse se faire euthanasier. Emmanuèle Bernheim y interpréterait son propre rôle et Alain Cavalier jouerait celui de son père.
    Alors que les préparatifs du tournage vont bon train, Emmanuèle Bernheim apprend qu'elle est atteinte d'un cancer.

    Alain Cavalier a quatre-vingt-sept ans. Il est l'auteur d'une œuvre cinématographique à nulle autre pareille. Assistant de Louis Malle dans les années cinquante ("Ascenseur pour l'échafaud", "Les Amants"), il réalise dans les années soixante des films avec Romy Schneider ("Le Combat dans l'île") Alain Delon ("L'Insoumis") ou Catherine Deneuve ("La Chamade") avant d'embrasser un parti pris minimaliste et de s'éloigner progressivement de la fiction. "Thérèse" en 1986 lui vaut la Palme d'or et le César du meilleur film. Mais Alain Cavalier ne renonce pas à sa radicalité, filmant des œuvres de plus en plus épurées. Il tourne seul avec une petite caméra numérique "Le Filmeur", "Irène", "Pater", "Le Paradis"...

    "Être vivant et le savoir" s'inscrit dans cette généalogie. Comme ses documentaires antérieurs, il s'agit d'une œuvre ultra-courte (quatre-vingt-deux minutes à peine) où le "filmeur" capte la réalité qui l'environne en essayant d'en saisir l'essence. Avec sa petite caméra - dont le fonctionnement lui cause bien du souci - il multiplie les gros plans sur des objets, des fruits, des légumes qui composent autant de métaphores de l'animé et de l'inanimé, du vivant et du mort.

    Sans l'avoir fait exprès au départ, car il s'agissait de tourner avec elle un film sur le même modèle que "Pater" où Alain Cavalier s'était mis en scène avec Vincent Lindon, Être vivant et le savoir est devenu un mausolée à la mémoire d'Emmanuèle Bernheim. L'écrivaine apparaît dans un plan, un élégant turban turquoise mettant en valeur ses yeux bleus et cachant son crâne qu'on imagine dénudé par la chimiothérapie. Elle a le regard plein de vie, le sourire aux lèvres. Parallèlement, Alain Cavalier lit les pages de son livre déchirant où elle raconte le suicide assisté de son père.

    On l'aura compris : "Être vivant et le savoir" n'est pas un feel good movie. Quand les lumières se rallument, les spectateurs, plus proches de la soixantaine que de la vingtaine, sont silencieux et tardent à quitter leur siège. Soit que leur arthrite ralentisse leur mobilité, soit que ce film d'une profonde sincérité et d'une noble élégance laisse une trace qui ne s'oublie pas de sitôt.
    Christian Wacrenier
    Christian Wacrenier

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    4,5
    Publiée le 16 juin 2019
    C'est après l'avoir vu que le film de Cavalier résonne en vous, étrange, obsédant, angoissé, léger parfois. Il s'agit moins des films prévus par le cinéaste et son amie Emmanuèle Bernheim sur la mort choisie par le père de cette dernière puis sur celle survenue pendant la préparation du film d'Emmanuèle elle-même, atteinte d'un cancer du sein, que d'une réflexion sur la mort présente dans nos vies. Et à travers cette réflexion de cinéma et d'images de la mort d'Alain Cavalier lui-même qui est le centre du film et dont la voix un peu sourde accompagne la caméra comme un chant grégorien. On peut-être un peu lassé de voir et revoir en gros plan les objets, les courges omniprésentes… mais peu à peu on comprend que ce regard sur les simples choses qui nous environnent c'est notre présence au monde, c'est notre présent vivant alors que la mort guette à la fenêtre ou est déjà à l'œuvre dans notre corps. Témoin ce pigeon blessé, ramené dans l'appartement et qui "dans la rue ne pourrait survivre. Il est là, maladroit, filmé avec attention. Il y a cette scène que l'on n'oubliera pas où l'oiseau se regarde sur l'écran, suit son vol blessé et un moment s'envole comme s'il quittait l'écran qui l'emprisonnait. L'écran qui a pris un moment de sa vie mais dont il se libère. Comme Emmanuèle dont les yeux bleus sont aussi un envol. D'ailleurs c'est le mot qu'à la fin Cavalier emploie, parlant de son amie devant une fleur de jasmin dont les pétales lui évoquent des ailes et l'esprit envolé. Quelques scène disent mieux que d'autres la poésie et la profondeur du film. Un chat noir qui fait ses griffes et s'arrête, contemplatif devant une feuille morte dans un cadre. Une souris morte rapprochée d'un christ mutilé… Ce christ qui appartenait au père de Cavalier est souvent filmé, christ blessé, sans bras. Il est associé à d'autres objets comme une statuette africaine de bois noir. Il "parle" quand est lu un passage de l'évangile sur la cène, le dernier repas et l'angoisse. Il ne s'agit pas du Christ d'une religion mais de la présence du sacré, cette grandeur qui saisit l'homme au moment de la dépossession. Cavalier parle de la mort de son père, de celle du père d'Emmanuèle dont il "vit" le dernier souffle dans une longue scène en plan fixe, éclairée comme un Caravage, de la mort de sa tante qui lui a inspiré son film "Thérèse", de la mort des coptes dans un attentat. Cette dernière mort lui permet de rappeler la solidarité autour des Coptes des Musulmans venus donner leur sang. C'est la solidarité de tous les hommes, consciente ou non, dans ce destin commun et inéluctable. Il y a parfois un aspect un peu narcissique dans le film mais Cavalier répond lui-même à la question. Il se rappelle une séance publique dans un cinéma et un spectateur agressif lui disant que tout a été dit tout a été fait au cinéma. Il lui répond que les cinéastes sont des "primitifs" comme des petites églises perdues dans la campagne. C'est une des belles images du film et une belle définition de ce qu'il est. On peut y entrer après l'avoir cherché, s'asseoir, regarder, contempler. Les grands films que nous aimons sont autant de lieux préservés dans nos mémoire, complétement dans la vie et en même temps préservés de la mort, les images étant comme des fresques vivantes qui résistent au temps.
    gimliamideselfes
    gimliamideselfes

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    5,0
    Publiée le 6 novembre 2019
    Rares sont les réalisateurs qui arrivent à me toucher autant qu'Alain Cavalier et d'autant plus qu'il filme ses journaux intimes avec sa petite caméra. D'ailleurs pour se film il est passé à la 4k, comme quoi il a beau approcher doucement des 90 ans il suit les nouvelles avancées en la matière.

    Vraiment, s'il y a un seul cinéaste qui a compris l'utilité de ces petites caméras, c'est bien Cavalier. Il filme son quotidien, ses réflexions, tente des petites mises en scène avec ses objets, ses courges, ses christ en croix... Et là, on pourrait se dire qu'il a quasiment inventé le vlog en 1996 avec La Rencontre, même si c'est surtout avec le Filmeur en 2005 que son cinéma s'approchera véritablement de la forme qu'il prend aujourd'hui. Sauf qu'à la différence des millions de vlogs qui pullulent sur internet, Cavalier ne fait pas semblant d'avoir une journée remplie, il ne fait pas semblant qu'elle est palpitante pour faire jalouser les copines ou pour tout simplement donner une bonne image de lui-même. Il filme sa vie, il documente sa vie et je me dis qu'après sa mort, s'il a conservé toutes les rush ça fera un travail merveilleux que de regarder tout ça. Et ce film là devient un peu son Lost in la Mancha.

    Il voulait faire un film avec Emmanuèle Bernheim et cette dernière est soudainement frappée d'un cancer... Et c'est l'autre grande différence avec les vlogs, c'est que Cavalier est d'une immense pudeur. Un pudeur plus que bienvenue étant donné le sujet assez moribond. Il n'est pas inquisiteur, il parle juste de son projet de film, de ses entretiens avec Emmanuèle qui va de plus en plus mal... Il filme parfois ce qu'il écrit (et clairement il est quasiment illisible) et je dois avouer que ça m'a profondément touché. Il filme les petites choses, il montre les petites choses, les choses invisibles qu'on ne voit jamais au cinéma...

    Il se pose la question, à la fin du film, sur l'originalité au cinéma, si tout n'a pas déjà été fait et clairement ce film là, n'avait pas été fait et je pense qu'il a raison en disant qu'ils sont tous des primitifs. Son cinéma montre qu'il y a encore plein de façons de faire du cinéma à expérimenter. Bien que ça ressemble assez à Irène ou à Le paradis, ce film là est limite encore plus déchirant et encore plus troublant. Alors bien sûr, dans Irène, le voir évoquer son amour pour cette femme disparue c'est terrible... mais là, avoir des nouvelles de cette femme qui se meure pendant que Cavalier espère faire son film, c'est juste bouleversant.

    Certains pourraient dire que c'est un film de vieux, où l'on voit un vieil homme qui voit ses amis mourir les uns à la suite des autres emportés par la maladie... mais moi, je le trouve avant tout universel, car les émotions Cavalier les transmets magnifiquement bien, et il faut dire que les thématiques sont extrêmement fortes.

    Et le film est vraiment riche, que ça soit dans ce que ça dit de la vieillesse, de la mort, de l'acceptation de sa propre mort (Cavalier qui parle de faire une répétition générale pour sa mort me fend le cœur), mais aussi formellement, clairement ses expérimentations avec ses Christ et ses courges ça rend magnifiquement bien, il y a un beau certaine... Mais le plus étrange reste sans doute le fait de filmer le livre d'Emmanuèle où elle raconte le suicide assisté de son père paralysé, avec cette phrase absolument déchirante : « tout s'est bien passé », titre du livre d'Emmanuèle.

    Alors évidemment, le film en déconcertera plus d'un, c'est lent, on filme littéralement du texte et des courges pendant une bonne partie du film... Mais clairement j'ai été transcendé. Un film terrible puisque le spectateur sait qu'il sera un jour du côté de Cavalier à voir des amis mourir et qu'il sera lui aussi un jour du côté d'Emmanuèle à mourir...

    J'ai quand même l'impression que c'est un film, s'il devait être (ce que je n'espère pas) le dernier film de Cavalier, sent le film testamentaire. Un peu comme Resnais qui avait de mourir enchaînait les films sur la mort. Mais les mots que met Cavalier sur sa propre mortalité, difficile de ne pas être touché, de ne pas se sentir concerné.

    Qu'est-ce-que j'aime ce genre de proposition de cinéma qui montre qu'avec trois fois rien on peut faire de grandes choses d'une grande puissance. Clairement un des meilleurs films de l'année et dans le haut du panier de ce qu'a pu faire Cavalier.
    stanley
    stanley

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    2,5
    Publiée le 15 juin 2019
    Cinéaste de 85 ans, Alain Cavalier est obsédè par sa mort. Celle-ci est omniprésente dans Etre vivant et le savoir à travers ces divers légumes pourrissants ou comme momifiés à jamais. Mais, il reste optimiste et la vie se débat (les racines des pommes de terre, les animaux copulant ou les acrobaties d'un pigeon ou d'un chat). Créatif (voir la scène du pigeon et de l'écran de son PC), le cinéaste, dont la voix est difficilement audible, peut aussi par l'extrême aridité de son propos et ses longs plans séquences de légumes ennuyer voire agacer. Le sujet, pourtant très beau et émouvant, est dilué et subit les reproches précédentes. Restent quelques passages réussis avec ses animaux domestiques, l'hilarité de la scène de panique du pigeon en face de son double est incroyable. Ce sont les les scènes où la vie ne se laisse pas compter qui sont les moments forts. Le rapport à l'art est parfois lancinant même si le tableau de la morte est fort. Il reste un film qui laisse un sentiment mitigé.
    Guillaume
    Guillaume

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    3,5
    Publiée le 3 mai 2020
    La différence d'appréciation de ce film documentaire entre presse et public trouve son origine, selon moi, dans le fondement même de la réalisation.
    Si le spectateur arrive à dépasser ce cadre faussement narratif en ne décrivant que des instants de vie et des émotions qui la compose, c'est une véritable interrogation sur le sens de l'existence qui nous est portée à connaissance.
    Trop intimiste ? Ou somme toute trop peu au final ?
    Bref, à chacun et chacune d'entre nous de se laisser guider par sa propre pensée.
     Kurosawa
    Kurosawa

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    3,0
    Publiée le 17 mai 2020
    On peut comprendre le titre du film d'Alain Cavalier de deux manières. Il y a d'abord l'idée d'une conscience forte d'être (encore) en vie au moment de tourner un film où la mort est omniprésente. Que l'on prenne le sujet initial du film ou bien celui de sa seconde partie, c'est une tension entre disparition et incarnation qui est mise en scène : le père d'Emmanuèle Berheim est décédé mais il est décidé qu'il revive à travers le corps d'Alain Cavalier ; et quand le virage s'amorce suite à l'annonce du cancer de l'auteure, cette dernière disparaît de l'écran et c'est la voix du cinéaste qui prend le relais en continuant d'évoquer cette amitié entre les deux personnes. Mourir mais continuer de vivre, et le savoir, avoir en tête que la vie reste et, elle aussi, se trouve partout. On en vient alors à la seconde lecture du titre : la vie d'un côté et le savoir (la connaissance) de l'autre. Habité par une philosophie animiste, le film (et Cavalier) fait une description très concrète de la vie qui gagne à la fois les animaux et aussi les aliments et les objets – en particulier ces figurines sur lesquelles le cinéaste revient régulièrement en commentant le rapport de proximité qu'il entretient avec elles. Mais il est parfois délicat de suivre Cavalier – de comprendre son discours du fait de sa voix enrayée – et le lien entre cette affirmation qu'il y a de la vie en chaque chose et la mort prochaine d'Emmanuèle Berheim. Le dispositif mis en place est original et ambitieux mais le film n'est pas toujours intelligible, il ne fait en tout cas pas tout pour rendre sa démarche claire et partager une émotion qui reste comme étouffée sous des idées opaques. C'est un film à voir parce qu'il traite un sujet – une relation – sous un angle dont l'impudeur est parfois source de moments bouleversants, à l'instar de la lecture des dernières pages du livre "Tout s'est bien passé", mais qui demeure inégal à cause d'une mécanique qui peine, malgré le changement scénaristique, à se dérégler.
    Bruno François-Boucher
    Bruno François-Boucher

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    5,0
    Publiée le 29 juin 2019
    Un film comme un collage, un film de famille, un film de souvenirs. Un homme et une caméra, l'un et l'autre faisant corps pour un grand film ''d'amateur'' dans ce qu'il y a de plus pur et qui nous rappelle les paroles de Jean Cocteau filmant en 16 mm la Villa Santo Sospir :"Étant un professionnel j'ai voulu faire un film d'amateur sans m'encombrer d'aucune règle''. Alain Cavalier qui lui aussi est un poète nous ouvre des fragments de son journal à une date précise de sa vie : celle où il doit tourner un film avec sa meilleure amie la romancière Emmanuelle Bernheim (disparue en 2017 et qui fut notamment scénariste de François Ozon) tournage qui s'interrompt lorsque celle-ci apprend qu'elle est atteinte d'un cancer du sein.
    Regarder ''Être vivant et le savoir'' c''est entrer dans l'intimité d'un homme qui écrit et filme des morceaux de vie, entre deux portes, deux pages, deux objets. Avec une tendresse inouïe l'auteur de ''Thérèse'' va accompagner son amie durant le traitement de sa maladie jusqu'au départ d'Emmanuelle, décidé par elle-même. Le film est bouleversant parce que l'empathie du cinéaste accompagne chaque plan du film, fait de murmures, de vie végétale, de présences d'oiseaux, de chats, habitants les lieux intimes et mystérieux filmés par Alain Cavalier lui-même. La beauté du film émane de sa délicatesse, de sa simplicité, de son épure. La petite caméra qui est un véritable personnage accompagne avec douceur l'oeil du cinéaste qui aime filmer les mots, les photos, les fruits, les natures mortes. Dans son ''atelier de peinture'', si j'ose dire, l'oeil observe avec une acuité remarquable les petites choses de la vie, si familières et si aimées qu'elles en deviennent immenses.
    Voir ''Rester vivant et le savoir'' c'est partager ces moments faits de silences où la notion du temps retrouve son essence et où durant 80 mn de projection nous sommes touchés par la grâce. Ce magnifique poème d'amour pour la vie et peut-être son ailleurs nous a, au Festival de Cannes, traversés.
    war m
    war m

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    3,5
    Publiée le 28 juin 2019
    De la plus ténue circulation de motifs à la reprise de plans la plus directe et éclatante , brille une constellation d’incarnations clignotantes, émouvantes.
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