Possession est un film qui se ressent plus qu'il ne se comprend. Le film est tellement chaotique, il a un tel trop d'idées, que je me demande si Zulawski n'a pas tourné la première version de son scénario, celle que l'on écrit avec le coeur, la passion (dans son cas motivé par la douleur de son divorce), plutôt qu'une version polie, cohérente, et simplifiée. Entre l'allégorie du mur de Berlin, avec les deux Allemagnes représentant le couple en divorce, le monstre aux tentacules, le doppelgänger de Isabelle Adjani, l'homme aux chaussettes roses, et les personnages agissant sous le coup de l'impulsion pure, le film perd (peut-être intentionnellement) le spectateur. Mais je n'ai pas trouvé qu'il le faisait avec autant de force qu'un film de David Lynch, comme Mulholland Drive, qui malgré son chaos, semble étrangement cohérent tant au niveau émotionnel que thématique. Le jeu des acteurs dans Possession est empreint du même niveau d'impulsivité, de passion, tombant souvent dans l’exagération, au dépend de la subtilité et de la crédibilité. Là encore, on peut défendre cette approche, qui souligne la folie absurde d'une séparation douloureuse, où les couples se déchirent verbalement et physiquement pour un rien. La direction photo vient pousser la folie encore plus loin, avec les grands angles exagérant les mouvements des personnages. Le choix de l'architecture brute, grise et délabrée est également parfait pour externaliser le tourment intérieur des personnages, dévastés et perdant leur humanité.