Adieu les cons d’Albert Dupontel (Au revoir la haut) est sans doute mon film préféré de 2020. Un cynisme total qui vient habiller une histoire touchante qui surfe sur la bêtise de la société.
C’est l’histoire d’une jeune femme condamnée par la maladie et d’un suicidaire ayant raté son coup qui recherchent un enfant abandonné sous X. Rien que ça.
Le film n’est certes pas exempt de défauts, comme le scénario qui tourne un peu en, ralenti par certaines blagues, ainsi que le personnage de l’aveugle, qui n’est franchement pas indispensable. Sans oublier les coups de pouces du destin qui poussent certaines situations improbables à se réaliser pour aider les personnages dans un mauvais pétrin.
Mais le reste nous fait oublier ces quelques imperfections qui apparaissent alors comme bien anecdotiques. L’humour est d’un cynisme profond et il fonctionne d’autant plus dans cette période où les violences policières sont sous le feu des projecteurs médiatiques. La connerie de la société, c’est des personnes qui se contentent d’une société banalisante face à certaines injustices. Plusieurs corps y passent, le corps médical, le gouvernement, la police, la société d’époque, les gens « normaux », et les cellules psychologiques de lutte contre le terrorisme (oui, c’est extrêmement précis). Adieu les cons nous montre de quelle manière nous sommes prêts à fermer les yeux sur des cas à la fois particuliers et tristement banals, à tirer des conclusions basées sur des raccourcis et des généralités.
Et plus encore. Adieu les cons, c’est un film qui vient nous secouer nous aussi. C’est un film qui vient nous confronter directement à nos propres représentations du bien et du mal.
Prenons les trois premières scènes, les spoilers ne seront pas importants. Le film commence sur un médecin qui regarde des écrans sur lesquels sont affichés des images et des inscriptions que nous sommes incapables de comprendre. Puis l’image se concentre sur Suze Trappet (Virginie Efira) qui regarde le médecin avec la même incompréhension que nous. C’est classique en France, depuis Molière le médecin est le con. Celui-ci n’y coupe pas. Il déblatère son jargon de manière incompréhensible avant de lâcher une lourde vérité sans aucune finesse. Ce n’est pas la compassion qui retarde le verdict, c’est le désintérêt. Ensuite vient JB (Albert Dupontel) présenté comme un requin d’entreprise, pas de lumière autour de lui, seul ses yeux sont illuminés. Un rictus mauvais sur le visage, il regarde son ordinateur et « tapote » pour installer des caméras. Non seulement l’éclairage nous le présente comme un méchant, mais ses propos aussi, car ils nous font associer le personnage à la sécurité abusive. Et pourtant, lorsqu’il est appelé par son patron, on le voit resserrer sa cravate en signe d’angoisse, il attend avec impatience une reconnaissance ou craint un blâme. Le vilain a un patron encore plus vilain que lui. Et là, surprise ! Le patron est un éternel optimiste niais et bienheureux qui annonce avec un sourire bêta que JB est retiré du projet important dont il s’occupait au profit de plus jeunes. Son licenciement n’est même pas dût à son incompétence ou à une erreur. Il est juste viré parce que c’est comme cela. Les deux personnages, d’abord construits en opposition se retrouvent dans une situation parallèle. Devoir accepter une situation injuste et contre laquelle ils ne peuvent rien faire.
C’est l’ensemble du film. Secouer les conventions sociales à grand coup de cynisme, et cela marche. On rit, on s’attache, on s’émeut.
Et là on arrive à la scène de l’immeuble que je ne détaillerai pas plus pour éviter les spoilers. Si certains viendront se plaindre que cette scène brise la suspension consentie de l’incrédulité, ils n’auront pas tort, mais c’est qu’ils se sont arrêtés sans comprendre l’objectif. Adieu les cons joue avec nos conceptions de bien et de mal. Adieu les cons joue avec nos conceptions tirées sans tenir compte des cas particuliers, basées sur des généralités. C’est en nous confrontant à nos propres représentations de ce qui est normal et anormal que le film vient nous dire que même si nous avons apprécié, encouragé les personnages « anormaux » à l’écran, nous faisons partie nous aussi de cette société, nous qui jugeons aussi la normalité et l’anormalité. Adieu les cons, c’est un film qui vient nous traiter de cons.
Pour être plus précis, c’est un film qui vient nous faire réaliser que nous sommes cons.
Il a ses défauts, mais il a surtout ses qualités.
Si je notais sur 20, je dirai que je mettrai bien 20/20, mais que je n'apprécie pas d'être traité de con, et qu'il faudrait bien reconnaître que je le suis un peu. Donc 19/20.
La notation sur 5 me pousse avec plaisir à mettre 5/5