Le problème avec Tavernier est que la pesanteur de son propos vient toujours faire un croc en jambe à ses exigences de mise en scène. Esthétiquement c'est sublime, audacieux sans être prétentieux, économique tout en étant très riche, ceci grâce à une très bonne utilisation de la steadicam qui permet des plans séquences d'une grande efficacité. Dans le dernier tiers du film il a probablement pensé au Joseph Losey de Deux hommes en fuite, en lâchant Romy Schneider et Harvey Keitel dans une nature aussi hostile que protectrice, pourchassés par deux hélicoptères. Mais avec un sujet tel que celui-ci, au lieu de jouer la carte du thriller haletant, il choisit la réflexion, la digression autour de sujets annexes au thème principal. Ce grand connaisseur du cinéma de genre américain sait pourtant avec quel brio nombres les cinéastes qu'il admirait restaient collés à leur sujet sans pour autant appauvrir leur personnage. L'action, la mise en scène, les dialogues et les personnages faisaient corps chez eux. Avec Tavernier, tout est cloisonné. Le dialogue (trop abondant, trop souvent en marge) nous fait perdre le fil de l'histoire. Les personnages restent loin de nous parce que Tavernier s'intéresse à une dramaturgie dans la dramaturgie qui finit par nous éloigner complètement du sujet. Sujet vers lequel on revient, tout à coup, pour s'en éloigner de nouveau durant de longue minutes. A tel point que les personnages eux-mêmes sont déracinés de ce qui, au départ, les implique. Cette mourante qui doit se cacher pour échapper à une équipe de télé qui veut la filmer, Tavernier est trop cérébral pour qu'on puisse un seul instant vibrer pour elle. Alors l'ennui s'installe, et on reste jusqu'au bout uniquement pour la beauté du geste. Celui des comédiens, tous très inspirés, et de Pierre William Glenn, un des plus inventifs chefs opérateurs du cinéma français. Tavernier a eu beaucoup de talent à bien savoir s'entourer.