Enfin du CINEMA! J'ai vu tellement de nanards ces derniers temps, pourtant dûment estampillés par la critique, que je commençais à me demander si le cinéma existait encore. Oui! Grâce à des cinéastes comme Kirill Serebrennikov, il existe encore... Il est vrai que Kirill est russe, et que les Russes, comme les Japonais et les Coréens ont encore une haute idée de l'art cinématographique....
Je ne dirai pas que c'est parfait dans la mesure où parfait implique une certaine idée de facilité; parce que, comme toute oeuvre exigeante, elle demande un peu d'effort de la part du spectateur. Il faut accepter les sauts d'une époque à l'autre, les profusions de personnages. L'oeuvre est malaisante, dérangeante, l'enfer ordinaire vue par un trou de serrure, le mal absolu dans la peau d'un pépère ronchon en tricot de peau. C'est filmé dans un noir et blanc magnifique, avec une focale qui s'attarde souvent sur le premier plan et laisse le reste dans un certain flou.
Et si on connait un peu la vie de ce sinistre individu, telle qu'exposée dans le livre d'Oliver Guez dont le film est inspiré, on constate qu'il retrace avec rigueur les pérégrinations en Amérique Latine du monstre qui cherche à tous prix à prolonger sa misérable existence...
Au début tout se passe bien. De 45 à 49 Mengele va vivre en Allemagne sans être inquiété. Il a été SS mais il est avant tout médecin. Et il faudra du temps pour qu'on découvre les "expériences" abominables qui étaient menées dans l"hopital" d'Auschwitz, sur les enfants, les jumeaux, les nains... .Dieu merci, on les épargne aux spectateurs, pour ne nous montrer que l'exploitation
d'un couple formé d'un père lourdement bossu, et de son fils, droit.... et de discussions aimablement scientifiques sur la meilleure façon de récupérer les os, faire bouillir les corps, etc
... Ah, les mystères de la génétique! Mengele a même une bourse pour mener ses recherches à bien... Puis, quand ça commence à sentir mauvais, c'est la fuite en Argentine, où il sera à nouveau retrouvé (par hasard après avoir effectué des avortements clandestins!!), puis au Paraguay, puis au Brésil, toujours guidé, aidé, protégé par la puissante nazi society d'Argentine, puis les nazis brésiliens.
Le Mossad a eu Eichmann. Le Mossad voudrait Mengele. Celui ci finit par atterrir dans une ferme sordide où son fils Rolf (Maximilian Meyer-Bretschneider) viendra le rejoindre
-sous un faux nom évidemment.
Rolf veut savoir. Il voudrait être sûr que ce que l'on raconte sur lui, sur ses expériences, c'est faux, ce sont des mensonges. Il rencontre un abominable vieillard -qu'il essaye d'aimer quand même- menteur, méchant, avare, colérique, paranoïaque, et qui ne renie rien, l'élimination des juifs, c'était une oeuvre de salubrité publique, comme de tuer les puces ou les moustiques... Pas de remords, pas de regrets -sauf ceux de ne pas avoir vu triompher le national socialisme. Terrifiant! On pense à Hannah Arendt. Ou le mal est banal puisqu'il peut s'incarner dans celui qui n'est, fondamentalement, qu'un minable prétentieux..
De façon cruellement ironique, les seuls passages en couleur -couleur lumineuse, gaie, et en fond sonore Siegmund chantant le printemps et l'éveil de l'amour, dans son magnifique duo avec Sieglinde- sont ceux d' Auschwitz. Mengele trie les arrivants qu'il pourra utiliser en sifflotant, heureux de vivre, le printemps est si beau! et son épouse -la première, Irene (Dana Herfurth) si charmante..
August Diehl, méconnaissable, porte trente ans d'histoire sur ses épaules. Il est incroyablement crédible.
C'est un film nécessaire. Ne le ratez pas, tant qu'il est encore sur les écrans!