Une certaine idée de l’espace-temps
Ces 157 minutes de science-fiction poussive font parties des plus longues que j’ai connues du fait du duo de cinéastes Phil Lord et Christopher Miller. Depuis 2009, où ils avaient déboulé avec leur Tempête de boulettes géantes – déjà tout un poème -, un film d’animation, ils avaient enchaîné dès de 2012 puis 2014, avec deux comédies policières sans intérêt, 21 Jump street, suivi– admirez la suite dans les idées - de 22 Jump street. Retour en 2016 à l’animation avec La grande aventure Lego… bref que du passionnant. Mais avec un budget de 200 millions de dollars, ils passent ici dans une autre dimension… c’est le cas de le dire. Ryland Grace, professeur de sciences, se réveille seul à bord d’un vaisseau spatial, à des années-lumière de la Terre, sans aucun souvenir de son identité ni des raisons de sa présence à bord. Peu à peu, sa mémoire lui revient, et il comprend l’enjeu de sa mission : résoudre l'énigme de la mystérieuse substance qui cause l'extinction du Soleil. Pour tenter de sauver l’humanité, il va devoir faire appel à ses connaissances scientifiques et à des idées peu conventionnelles … Mais une amitié inattendue pourrait bien l’aider à ne pas affronter cette mission tout seul. Il y avait là de quoi faire un grand film : les moyens, une star qui ne quitte pas l’écran, quelques idées visuelles assez bien venues, un départ de scénario alléchant… alors pour quoi faire si long ? Pourquoi noyer toutes ces bonnes intentions dans une confusion de chaque instant ? Pourquoi un telle tissu d’invraisemblances – je sais, en SF on peut se lâcher et inventer à peu près tout et n’importe quoi, mais il y a des limites à ne pas franchir - ? Pourquoi rendre systématiquement tout incompréhensible voire ennuyeux ? Bel exercice, totalement vain.
Attention, tout ce que je dis ici, n’engage que moi. C’est un ressenti personnel après une séance de ciné qui m’a paru interminable… Et c’est le mot juste. Je n’ai pas compté, mais je ne sais combien il y a de fins à ce film… Bref, ça n’en finit pas. Ledit film dans un univers balisé et parfaitement maîtrisé de la SF - vaisseau, rotations, apesanteur, huis clos technologique) : une sorte de 2001 mâtiné de Alien ¬– gentil cette fois -, et de toutes sortes de productions qui ont fait l’histoire de la SF sur grand écran. Les retours en arrière n’apportent pas grand-chose qu’on ne sache déjà, mais permettent une alternance avec le monde quitté. De ce point de vue, Projet dernière chance construit son charme sur un classicisme à l’ancienne, et sa première partie sur un temps long de la confection bricolée, dans le même esprit que Seul sur Mars. D’autre part, le film offre des séquences spectaculaires qui convoquent la maestria visuelle, musicale et cinétique d’un Interstellar. Quand je vous dis qu’on a piqué un peu partout dans les films qui ont marqué le genre. Mais le gros souci c’est qu’il y a trop de tout et souvent – même le parti pris de la lenteur est une évidence -, trop longuement. Beaucoup trop longuement.
Heureusement il y a Ryan Gosling qui ne quitte pas l’écran et nous fait un grand numéro du héros malgré lui, cool, sympa, souriant, tout ça, tout ça. Bref, du Ryan Gosling dans le texte. Et puis, par intermittence Sandra Hülller, - dans son 1er film américain -, dont on découvre qu’elle a un joli brin de voix quand elle nous gratifie d’une interprétation parfaitement louable du standard Sign of the Times. Ce premier gros blockbuster de l’année, film de science-fiction autoproclamé cool est affublé par beaucoup de critiques du terme de chef-d’œuvre et adoubé par une bonne partie du public. Qu’on l’apprécie – ou pas -, est une chose, qu’on le positionne comme un sommet du septième art m’interpelle. Pour moi, c’est techniquement très convaincant, mais particulièrement interminable et peu palpitant. On sort de là content que ce soit fini et vraiment incrédule face à l’engouement général !