Il y a parfois des films dont on se demande longtemps où ils comptent nous mener et quels messages ils entendent passer, si tant est qu'il y en ait un ou plusieurs. Gavagai fait partie de ces œuvres un peu énigmatiques, quant à leur signification, au-delà d'une mise en abyme assez classique, avec un tournage de cinéma et une histoire d'amour qui naît entre ses deux interprètes principaux. Mais, ce n'est pas anodin, il y est question de l'adaptation d'un mythe célèbre (tu peux, Médée), réalisée en Afrique par une cinéaste européenne qui dirige au Sénégal un casting presque exclusivement africain. Le metteur en scène, Ulrich Köhler, a-t-il dans l'idée de se livrer à une forme d'autocritique ? C'est très possible et le sentiment de supériorité blanche adossé à un racisme plus ou moins sournois domine toute la deuxième partie du film, cette fois situé en plein Festival de Berlin. Gavagai surfe sur les ambigüités de notre époque et la remise en question de valeurs trop facilement édictées dans la vie sociale, depuis des lustres, mais sans pour autant énoncer franchement ses opinions sur le sujet. Cela crée un trouble, pas forcément désagréable, dans l'impression générale ressentie à la vue de ce long métrage que l'on aura certainement tort d'analyser au premier degré.
Au Sénégal, le tournage d'une adaptation de « Médée » est plutôt tendu. La réalisatrice est française. Les vexations des figurants sénégalais ressurgissent beaucoup plus tard lors d’une altercation raciste au festival de Berlin. Entre les deux , Ulrich Köhler dévide à l’envie , subtilement, le mécanisme relationnel qui mène de la fiction à la réalité, et pose les ressorts du racisme et de la suprématie blanche Une passerelle intelligemment jetée entre deux continents sur un art médium comme le cinéma et sa lecture des drames antiques. A noter que l’adaptation est largement commentée dans le véritable film. On se l’approprie avec grand plaisir, autant que le support qui le diffuse. Avec un trio d'acteurs épatants , Nathalie Richard, Maren Eggert, et Jean-Christophe Folly,
Scénario un peu confus qui tourne autour du mythe de Jason et de Medee aménagé à la modernité de notre temps et de l'histoire des acteurs avec une notion de lutte contre le racisme
Au coeur d’un tournage chaotique au Sénégal, une relation entre l’actrice Maja et l’acteur Nourou se noue. Alors que le film est présenté à Berlin, un incident raciste vient jeter le trouble sur un film qui traine une lourde valise de malaises. Le film est gênant par moment pour plusieurs motifs : il mélange tout. En cherchant à multiplier les péripéties, il ne parvient pas à traiter les sujets en profondeur. Le film n’est au final qu’un moyen pour le cinéma de se regarder le nombril. Une fois de plus.
Maja, une actrice allemande (Maren Eggert), et Nourou, un acteur français d'origine sénégalaise (Jean-Christophe Folly), tournent à Dakar une adaptation contemporaine de "Médée" sous la direction d'une réalisatrice française hystérique (Nathalie Richard, double à peine déguisée de Claire Denis). Quelques mois plus tard, le trio se reforme à Berlin où le film est présenté en avant-première.
Il faut faire quelques recherches pour comprendre le sens du titre. Il est emprunté au philosophe du langage Orman Quine et désigne l'impossibilité de comprendre avec certitude une langue étrangère [Dans cette expérience de pensée, un linguiste observe un autochtone qui crie « gavagai » en voyant un lapin fuir. Le mot semble signifier « lapin », mais il pourrait tout aussi bien signifier « c'est un repas », « animal rapide » ou « partie blanche »].
Cette recherche faite, on comprend que "Gavagai" est un film sur le fossé interculturel et l'incommunicabilité. Sujet passionnant s'il en est. L'Allemand Ulrich Köhler, qui avait réalisé en 2018 le post-apocalyptique "In My Room", raconte l'histoire d'un couple mixte en train de se former qui est confronté à deux situations bien particulières. La première est le tournage au Sénégal d'un film inspiré de la fameuse figure mythologique de Médée, interprétée par une femme blanche au milieu d'acteurs noirs, professionnels ou amateurs. La seconde est l'incident trivial qui marque l'arrivée de Nourou dans l'hôtel berlinois où la production le loge le temps de l'avant-première et qui l'oppose à un vigile polonais.
Ainsi présenté, le sujet semble stimulant. Mais, la juxtaposition des deux histoires est dissonante : les enjeux que pose l'adaptation contemporaine de "Médée" sont d'une autre ampleur que ceux d'une vulgaire altercation. Et le scénario n'arrive pas à se dépêtrer de ses contradictions. Certes, on ne voit pas le temps passer face à cette histoire bien écrite et bien jouée ; mais on ne peut s'empêcher d'être vaguement déçu par un film qui, à force de refuser de s'engager, finit par s'effondrer sur lui-même.
Gavagai dépasse rapidement le cadre d'une romance pour proposer une réflexion sur les limites de la communication humaine. Les personnages parlent la même langue, partagent parfois les mêmes valeurs et les mêmes sentiments, pourtant leurs échanges révèlent une distance qui ne cesse de grandir. Cette fracture ne provient pas d'un manque de volonté mais de l'impossibilité d'accéder pleinement au vécu de l'autre. L'expérience personnelle, la mémoire, les habitudes sociales et les rapports de domination produisent des interprétations différentes d'une même situation.
Même si on parle le même langage, la barrière de l'esprit et les différents biais cognitivo-émotionnels font qu'on ne comprendra jamais l'autre. Ce souci de communication et de fusionnalité est au cœur de la Nouvelle Vague ou encore de Huis-Clos de Sartre où l'Enfer devient rapidement les autres, car ils nous jugent ou ne nous comprennent pas. Un duo est difficile à maintenir, une triade devient rapidement l'enfer. Godard parlait également de l'enfer de la compréhension et de la communication entre les Hommes et les Femmes dans Une femme est une femme ou encore Sauve qui peut, la vie. Décalage des genres, biais culturel, biais émotionnel, la liste est longue, car bien souvent nous voyons le monde depuis notre point de vue. Et dans ce film, on retrouve la même problématique : quand on veut aider une personne de couleur, on ne le peut pas, car on ne peut pas se mettre dans sa peau, dans son quotidien. Les personnes de couleur finissent par lassitude à composer avec leur quotidien, ça les révolte fréquemment, mais ils savent qu'ils ne pourront jamais changer le monde à eux-seuls.
Cette réflexion prend une dimension supplémentaire grâce à la présence du mythe de Médée. Loin de réduire cette figure antique à une criminelle, le film invite à considérer la possibilité qu'elle puisse aussi être une mère persuadée d'agir pour protéger ce qui lui reste. Cette ambiguïté se retrouve dans le comportement de Maja lorsqu'elle tente de défendre Nourou après un acte raciste. Son geste est sincère, mais il révèle progressivement une contradiction fondamentale. En voulant protéger celui qu'elle aime, elle risque de parler à sa place et d'interpréter une réalité qu'elle ne peut connaître entièrement.
Le film ne distribue jamais les rôles entre innocents et coupables. Chaque personnage agit selon ses convictions tout en demeurant prisonnier de son propre point de vue. Cette approche transforme progressivement le récit sentimental en réflexion philosophique sur l'altérité, l'identité et les limites de l'empathie. Gavagai laisse finalement une interrogation ouverte, sans chercher à la résoudre : jusqu'où peut-on défendre quelqu'un sans lui retirer la maîtrise de sa propre histoire ? Cette frontière, rarement visible au premier regard, continue d'accompagner le spectateur bien après la dernière séquence.
Après avoir vécu une histoire d’amour sur un tournage au Sénégal deux acteurs se retrouvent â la Berlinale pour la projection du film. Mais un événement raciste va compliquer leurs retrouvailles. Gavagai est un film confus dont les intentions ne sont pas franches et peu ou prou aussi pompeux que le film dont il parle.
Il y a parfois des films dont on se demande longtemps où ils comptent nous mener et quels messages ils entendent passer, si tant est qu'il y en ait un ou plusieurs « Gavagai et autres malentendus » fait partie de ces œuvres un peu énigmatiques, quant à leur signification, au-delà d'une mise en abyme assez classique, avec un tournage de cinéma et une histoire d'amour qui naît entre ses deux interprètes principaux. Au Sénégal, une cinéaste française (Nathalie Richard) met en scène une version vraiment très revisitée de « Médée ». Mais, ce n'est pas anodin, il y est question de l'adaptation d'un mythe célèbre, réalisée en Afrique par une cinéaste européenne qui dirige au Sénégal un casting presque exclusivement africain…L'atmosphère est plutôt tendue , à l’écart de ces tensions, les deux interprètes principaux nouent une relation ... Quelques mois plus tard, le film est en compétition à Berlin. Mais l’acteur principal, noir, est victime de discrimination de la part de la sécurité de l’hôtel où loge l’équipe… l’ensemble de l’équipe se retrouve pour présenter l’œuvre, et de nouveau éclatent sur la sphère publique et intime les vieux relents racistes et discriminatoires. Tandis que la tragédie antique se joue à l’écran, un drame moderne se déploie dans la vie réelle …Ulrich Köhler, réalisateur remarqué d’une mouvance baptisée naguère « l’école de Berlin », interroge avec une fine ironie les privilèges et l’exclusion à l’aune d’un certain néocolonialisme. Les situations imaginées soulèvent une forme d’ambiguïté assez déroutante. La fable est un peu décousue … et j’ai eu du mal à y entrer !!
Titre mystérieux s’il en est. Après quelques recherches, il semblerait qu’il fait allusion à une théorie de l'indétermination de la traduction développée par le philosophe américain Willard Van Orman Quine. Tellement abscons, que les distributeurs français ont prudemment complété par un et autres malentendus aux allures de comédie… ce que le visionnage du film ne permet toujours pas de comprendre. Bref, l’allemand Ulrich Köhler s’est embarqué dans une entreprise délicate dont, il me semble ne pas s’être sorti à son avantage. Au cours du tournage chaotique d'une adaptation de Médée au Sénégal, l’actrice allemande Maja trouve refuge dans une liaison avec son partenaire Nourou. Quelques mois plus tard, ils se retrouvent à la première du film à Berlin. Les sentiments refont surface, mais un incident raciste vient troubler leurs retrouvailles. Tandis que la tragédie antique se joue à l’écran, un drame moderne se déploie dans la vie réelle. Il est parfois des films dont on se demande longtemps où ils veulent nous emmener. Hélas pour celui-ci, certes bourré de bonne intentions, au bout de 91 longues minutes, on n’a toujours pas réponse à notre question. Frustrant et passablement ennuyeux. Bon, au-delà de la mise en abyme classique du film dans le film, tout est fumeux dans ce drame. D’abord l’adaptation moderniste pour le moins ridicule du mythe de Médée, puis les velléités de dénonciation du racisme ordinaire, mais encore ces passages constants du français, vers l’anglais puis l’allemand parfois dans la même scène, - sans doute une manifestation de l’incompréhension régnant dans cette Tour de Babel miniature qu’est le monde du Cinéma -, ou encore des flash-backs qui ne s’imposent vraiment pas et surtout le jeu (?) des acteurs et actrices… j’y reviendrai. Certains avanceront sans doute que la complexité et les ambigüités stimulent les cellules grises du spectateur lambda… mais au risque de les endormir ou pire encore… Enfin, la remise en question de valeurs trop facilement édictées dans la vie sociale, depuis des lustres, mais sans pour autant énoncer franchement ses opinions sur le sujet, ça crée un trouble, pas forcément agréable. Côté casting, donc, il y a beaucoup à dire. Et une question me brûle les touches du clavier, pourquoi les Jean-Christophe Folly, Maren Eggert, Nathalie Richard, Anna Thiandoum… parlent-ils aussi faux quand ils jouent dans le tournage du film, et juste quand ça se situe dans la vraie vie ??? C’est un mystère pour moi, mais grands dieux, que c’est agaçant. Ensuite, j’aimerais qu’on m’expliquât – merci beaucoup -, pourquoi la question centrale du racisme est ainsi reléguée dans un lointain second plan. Car, en vérité, la multiplicité des niveaux de lecture ne s’additionnent pas, ils se phagocytent, ils s’annulent. Mais surtout, ce qui aurait pu être un grand film vient ici buter à une limite : l’exposition à l’écran de l’adaptation du mythe de Médée. Notre cinéaste du jour, naguère participant à une mouvance baptisée l’école de Berlin, tente d’interroger les privilèges et l’exclusion à l’aune d’un certain néocolonialisme, mais pour moi, passe complètement à côté de sa cible.
Ce film ambitieux raconte - film dans le film - la fabrication en Afrique, par une réalisatrice qui fait furieusement penser à Claire Denis, d’un film encore plus ambitieux et un peu alambiqué , qui nous narre une inattendue Médée germanique dont le destin se jouera sur les plages de Thiaroye Sénégal
Je ne suis pas rentrée dans ce film, que j'ai trouvé inintéressant. Où le réalisateur veut nous mener ? Entre une histoire d'amour compliquée et le tournage chaotique d'un film ... à lire les autres critiques, un film à ne pas prendre qu'au premier degré ...
Comme son nom l’indique, Gavagai, et autres malentendus expose les situations malaisantes vécues par les personnes racisées dans l’Allemagne d’aujourd’hui. C’est l’histoire d’un film (sur Médée) dans le film et, comme celui d’Ulrich Köhler, ce film est beau aussi. L’acteur Jean-Christophe Foly joue avec brio l’acteur Nourrou Cissoko, un personnage oscillant en permanence entre le désir de raser les murs et celui de les faire tomber.