La belle idée de ce film est d’inscrire son récit dans les pas de celui d’un autre : Les Nuits de la pleine lune (Eric Rohmer, 1984). C’est intelligent car le film de Rohmer, pour évoquer les années 80, a sans doute bien plus de force que n’importe quelle chanson de l’époque, n’importe quel style vestimentaire ou élément de décoration. Une force qui doit beaucoup à feu son actrice principale, Pascale Ogier, incarnation d’une jeunesse se livrant aux excès de la fête (qui battait alors son plein) et sans doute aussi aux produits qui vont avec - on ne sait si la crise d’angor qui a entraîné sa mort, à 25 ans seulement, deux mois après la sortie du film, est due à une consommation de drogue plus qu’à un souffle au cœur. Un décès brutal qui a laissé un grand vide pour toute une génération se reconnaissant en elle ; sa grâce particulière, sa voix au timbre fluet, son mode de vie effréné.
Pour "travailler" le sentiment mélancolique qui parcourt son film, Mikhaël Hers se sert de ce vide, de cette figure absente mais connue - et regrettée ! - de tous, icône figée dans sa jeunesse qui prendra, le temps d’un film, les jolis traits de Noée Abita, autre jeune comédienne... de notre époque cette fois. Cette dernière incarnera cette "image absente", en apparaissant notamment tel un spectre dès la scène d’ouverture. Un spectre qui charrie ses propres fantômes, qui sont aussi ceux de son époque : la drogue, les nuits parisiennes, le mouvement punk, les désillusions politiques... La mélancolie du film se situe peut-être dans l’empreinte que cette image, créée par un autre artiste, a laissée dans la mémoire de Mikhaël Hers, nourrissant son propre désir de création.