Pendant les 2/3 du film on assiste à des confrontations ethniques (antillais et beurs contre blancs aux crânes rasés) sans comprendre clairement la direction scénaristique. La bonne idée est de dérouler ces affrontements de bandes rivales sous l'angle de vue de cette jeune fille, qui a été témoin de la bastonnade de son frère et qui se radicalise d'une manière primale sans en comprendre les rouages profonds. Peu d'émotions se dégagent du fait du manque de charisme de ces ados de bas plafond!
Vu en avant première, le réalisateur a su retransmettre l'atmosphère de ces années là. Sans compromis ni conformisme, le film nous plonge dans une histoire palpitante. Les rôles principaux sont magnifiques, mention spéciale à la mère, l'actrice Mylène Wagram. Les jeunes acteurs ne sont pas en reste. Il découle de la mise en scène une vraie poésie, la violence n'est jamais gratuite et sert le propos du film. À ne pas rater.
Ce film est une sorte de "prequel" du documentaire "Antifas, chasseurs de skins" (dispo sur youtube), présentant l'adolescence des protagonistes, qui seront ensuite parmi ceux qui nettoieront Paris des néo-nazis à la fin des 80's. Il mélange ce documentaire avec comme autre source un excellent docu ("Nos fiançailles" de Pinell et Mahieu) pour personnifier la bande de boneheads. Comme oeuvre cinématographique, j'ai trouvé le film très réussi : la reconstitution, les choix musicaux (Delgres), les acteurs, la mise en scène, la photo, les dialogues, l'émotion, tout !
Sur le message politique du film, mon avis est davantage mitigé parce que le film n'évite pas 2 écueils : 1. le film crée de l'empathie pour des personnages néo-nazis : tous les films qui traitent de criminels de masse sont casse-gueule (La vie des autres, Good-bye Bafana, la liste de Schindler, etc) et pour être inattaquable sur ces sujets sensibles, il faut établir une distance irréprochable avec les personnages (comme dans La Chute par exemple). Ici, le film fait exactement l'inverse. 2. le film établit un parallèle voire un amalgame entre les 2 bandes, qu'elle soit celle des antifas ou celle des néo-nazis. Ils ont les mêmes passions : la musique, les filles, sortir, la drogue et la baston. Les représailles répondent aux représailles. Presque comme s'ils étaient les 2 faces d'une même pièce. On n'est pas loin du "ni droite, ni gauche". Le réalisateur assume d'ailleurs ce parti pris (dans une interview), se vantant d'éviter le manichéisme. Gros malaise...
Film très bien mené avec une belle maitrise de la tension. On reste scotché à son siège jusqu'au bout. La musique de Delgrès n'est pas étrangère à ça. Pour un premier long métrage Jimmy Laporal-Trésor frappe très fort, c'est un réalisateur à suivre. Bravo !
La lecture de certains commentaires m'a poussé à faire cette critique. Certains n'ont vu le film qu'à travers le reflet de leurs angoisses et pas réellement le film en soi.
"Les Rascals" propose une plongée dans l'univers du phénomène de bandes connu de la région parisienne au début des années 1980, à travers celle du titre composé de membres de la cité multi ethnique des Ulysses.
A partir d'un évènement violent en deux temps, on va suivre le destin croisé dont vont être témoin et victime, Jonathan Feltre fils d'immigrés antillais pauvres dont l'environnement familial est déjà marqué par la criminalité et Angelina Woerth, mosellane débarquée à Paris pour étudier le droit à ASSAS dont le grand frère était un punk/skin de la première heure.
L'interrogation sur la capacité et la légitimité d'un individu à se faire justice soi-même va être un fil conducteur de leur parcours respectifs. Le film se démarque d'autres films de bande pour son ancrage dans le contexte français et historique : dans le milieu des années 1980 est opéré un basculement entre des bandes à l'identité essentiellement culturelle (rockeur, teddy, reggae, B-Boy, G-Funk) vers une identité politique ( à l'extrême droite, JND, GUD, UNI, Boulogne Boys Serge Ayoub etc... et à l'inverse les Black Dragon).
Le réalisateur s'est largement documenté sur ces questions et ceux qui douteraient de la représentation faite de cette époque et de cette thématique ont à leur disposition nombre d'archives vidéos (INA, documentaires).
La réalisation du film est bonne pour les moyens mis à disposition, la photographie est réussie et on sent que le film souhaite être un film de cinéma avant d'être un film militant. Le découpage et le montage reposent sur une dynamique plus émotionnelle que coup de poing même si dans le contenu, le film n'hésite pas à montrer la violence subie par les personnages.
La justice et la violence, sa spirale étant les points centraux, le film nuance la sympathie que le public peut avoir pour les Rascals. Ils sont belliqueux, harcèlent les filles qu'ils croisent dans la rue, traînent dans les rues et ce malgré les alertes de leur environnement familial. Il y a aussi une certaine tendresse pour la culture urbaine de cette époque et aux langages qui la compose : clins d'oeil au louchebem et surtout au créole antillais, employé par la famille du personnage principal.
Le récit est donc original, viscéral, anti fasciste pour une part mais ne repose pas essentiellement sur ce sujet, davantage promoteur du multi culturalisme et met en garde contre les conséquences sociales de la loi du Talion. Tour de force pour un premier long métrage, j'ai hâte de voir les prochaines réalisations de Jimmy Laporal-Trésor. J'ai eu la chance de pouvoir échanger avec lui, c'est quelqu'un de pleinement conscient des enjeux portés par son film et très réfléchi. Le film permet de renouveler le champ couvert par le cinéma français et cela doit être encouragé.
Début des années 80, l’insouciance pour les uns, la haine des étrangers pour les autres. Les Rascals sont une bande de jeunes de la banlieue parisienne. Quand l’un d’eux reconnait un skin qui l’avait agressé quelques années auparavant, il décide de se faire justice lui-même. Un coup de sang qui va les entraîner dans une spirale de violence…
Pour son premier long-métrage, Jimmy Laporal-Tresor s’inspire de faits réels, remettons-nous dans le contexte de l’époque, milieu des années 80, le FN (Front National, ex-Rassemblement National) gagnait du terrain aux élections à l’échelle nationale. Au même moment, les skinheads se faisaient de plus en plus présents dans les rues Paris et se retrouvaient face aux Black Dragons, un gang (influencé par les afro-américains du Black Panther Party) qui s’étaient donné pour mission de nettoyer les rues de la capitale de la vermine néo-nazis. Un thème que connait bien le réalisateur pour l’avoir précédemment abordé dans son court-métrage Soldat noir (2021).
C’est ainsi que Les Rascals (2023) nous replonge dans le Paris des années 80 en suivant une bande de jeunes de banlieue cosmopolite (composée de blancs, noirs & arabes) pris dans un engrenage de violence. Cheveux gominés, cigarette calée sur le coin de l’oreille, parlant l’argot et ayant pour principales occupations de draguer les filles et se battre dès que l’occasion leur en est donnée (plutôt que d’aller pointer à l’ANPE ou de répondre aux obligations du service militaire). L’immersion y est saisissante, du code vestimentaire en passant par les dialogues, la reconstitution est plus que parfaite avec ces jeunes issues de l’immigration, bien que né en France, ils n’en restent pas moins ostracisés par une certaine frange de la population face à des groupuscules, la montée du FN et de l’antisémitisme.
On retiendra aussi (et surtout), la superbe distribution où se côtoient d’excellents acteurs venus de divers horizons (Missoum Slimani, Marvin Dubart, Victor Meutelet, Jonathan Feltre ou encore Angelina Woreth). Si le film peut se voir comme une capsule temporelle des années 80, il n’en reste pas moins d’actualité avec la montée des extrêmes ces dernières années. Un film de bandes dans le même registre que bien d’autres films du même genre, tels que Les Guerriers de la nuit (1979), Les Seigneurs (1979) ou encore The Outsiders (1983).
Librement inspiré par le mouvement antifas Black Dragons en Californie, Les Rascals délocalise le sujet dans la France des années 80. La décennie eighties a considérablement essaimé dans les productions populaires, on était donc en droit de craindre les tropes habituels (le "c'était mieux avant"). Ce n'est pas l'intention de Jimmy Laporal-Tresor, dont c'est le premier long-métrage. Le réalisateur inscrit son film dans un pur imaginaire de cinoche mais sans se couper des réalités de son époque.
C'est la première belle surprise, retrouver un aspect film de bande et un style qui allie renvois au passé (photo granuleuse et pimpante) et mise en forme post-moderne mixant élans romanesques et caméra au poing. Cela touche également le fond de l'histoire où se croisent comédie, drame, film d'époque. On le ressent notamment dans l'écriture et le travail sur les dialogues. Le parler vrai d'alors n'est pas le parler vrai d'aujourd'hui, ce qui peut décontenancer à un temps où le langage quotidien donne parfois l'impression de se restreindre. Les Rascals est également un projet sous influences. De belles influences. On pense autant à Walter Hill (Les Guerriers de la Nuit) qu'à Spike Lee en passant par le West Side Story de Spielberg. Très plaisant à l'œil.
Sur le terrain social, le film jette un regard teinté d'amertume sur une période promise à de beaux lendemains mais qui ont vite fait de déchanter. Derrière le bagou, les torses bombés et les éclats de rire, la train-train de cette petite troupe se heurtent à une réalité qui fout le cafard. Précarité, perspectives d'avenir peu engageantes et bien sûr la montée de groupuscules d'extrême droite. Sur ce point, Jimmy Laporal-Tresor tisse un cycle infernal de la violence où chacun va prendre sa part. C'est par de petites touches que la mise en scène et le scénario extirpent le propos du manichéisme. Parfois avec un revirement inattendu (via le premier agresseur) ou simplement en s'attardant sur un visage bouffé par les remords.
Je regrette que certains maillons de cette chaîne soient abrégés dans les dernières minutes fortes mais insérées au forceps, diluant légèrement le propos. D'un coup, Les Rascals assume un lien encore plus fort avec notre temps mais c'est paradoxalement celui qui aurait dû demander plus de préparation à l'arrière-plan afin d'éviter la facilité. Le film avait largement les épaules pour tenter le coup, et pendant une grande partie il s'en sortait bien. Notamment grâce à un casting de toute beauté (Jonathan Feltre, Missoum Slimani, Angelina Woreth en tête) et une ambition de grand cinéma en ligne de mire.
Un sujet important, bien mis en scène, dans une ambiance 80's qui aurait mérité d'être un peu plus travaillée. Mais on se laisse prendre au jeu, les interprétations sont plutôt bonnes. Pas mal !
j'ai adoré, j'ai été captivé tout au long, c'est un sujet que je connaissais peu et j'ai appris beaucoup en voyant ce film malgré le fait que ce soit une fiction, je le recommande totalement malgré des scènes très violentes, le film vaut la peine.
Film poignant avec une très belle esthétique . Une reconstitution d'époque réussie, un scénario qui tient la route . La violence est suggéré. Félicitations au réalisateur Jimmy Laporal-Tresor qui signe un petit chef oeuvre qui en. fait une ovni cinématographique .
Les Rascals raconte l’histoire d’une bande d’amis qui dans les années 80 subit la violence de l’extrême droite. Un film fort qui montre la face sombre de la société et la montée de la haine. C’est prenant, bouleversant.
Le film Les Rascals fait revivre les années 80 autour d'une bande de cinq amis de banlieue fraîchement construite. On y voit la montée de l'extrême-droite, le combat contre les skinheads, la duplicité et la violence sélective des policiers, la complicité de quelques professeurs d'université... Le propos est très documenté et le jeu des acteur·trices très juste. La montée progressive du racisme et de l'endoctrinement est bien rendue, jusqu'à une séquence particulièrement dramatique et révoltante. Le réalisateur Jimmy Laporal-Trésor était accompagné ce soir de l'un de ses deux co-scénariste, Sébastien Birchier, pour présenter son film. Il a notamment expliqué qu'ils travaillaient à la réalisation d'une série télé sur la chasse aux skins.