Le consentement.
le livre de Vanessa Spingora était pour moi un livre choc. Il révèle un milieu intellectuel gangréné par des moeurs dissolues, au nom de la création littéraire. Des adultes démissionnaires, une institution hypocrite et des victimes qui pensent être sinon coupables, du moins complices.
Qu'a donc rajouté le film éponyme à cette oeuvre? quelques critiques de cinéma se sont demandés si c'était une erreur d'adapter le livre de Spingora, parlant pour certains d'impossible translation.
Il est vrai que le grand écran a rarement été fidèle aux livres qu’il adapte. c'est souvent source de déception. les mots sont subtils m et les traduire en scène peut se révéler périlleux.
Ce n'est pas le cas avec le consentement. le film comme le livre a réussi le pari d'enfermer Matzneff sous les traits du pédophile qu'il est. Jean-Paul Rouve a interprété le personnage d'une manière magistrale. Oui, même s'il endosse le mauvais rôle, même s'il s'agit d'un monstre, on ne peut pas ne pas saluer l'excellente performance de l'acteur.
J'insiste sur ce point car j'ai entendu un "spécialiste" dire vouloir s'abstenir de commenter le jeu de Rouve car "c'est compliqué"!!
avait-il été compliqué de saluer Anthony Hopkins dans le silence des agneaux en lui descernant l'oscar du meilleur acteur pour son rôle de serial killer?
Avait il ete tant compliqué de reconnaitre la maestria de Joaquin Phoenix dans le joker le plus fou et le plus malade de toute l'histoire du cinéma?
Sincèrement, j'ai du mal à suivre l'hypocrisie de ces soit-disant spécialistes du cinéma qui trouvent que le spectateur n'a pas besoin d'être choqué par les images glaçantes du film. ( le débat de midi France Culture merc 11/10/23).
Oui le consentement est choquant. Le sujet est déjà délicat lorsqu'il s'agit de viol d'enfants. il l'est peut-être encore plus aujourd'hui, à l'heure de me too, lorsqu'il est question de jeune fille. Mais est-ce une raison de cacher la poussière sous le tapis?!!
oui le film est Choquant par ses scènes dont la réalisatrice, avec un jeu d'ombre et de lumière, a pourtant essayé d'atténuer la charge.
choquant aussi par la mise en image de séquences surréalistes comme celles des intellectuels complaisants ou enthousiastes, celle (et celle-ci est un extrait de la véritable émission Apostrophe) de Bernard Pivot s'amusant des "aventures" de cet écrivain adulé par les moins de 20 ans!
Choquant parce que tout simplement cela a bien existé! le filmer Messieurs et Mesdames les critiques donnera à toutes les Vanessa une nouvelle arme pour mettre à mort leur bourreau.
Rien que pour ça, le livre méritait d'être adapté.
Et même si l'on a eu recours à des clins d'oeil un peu lourds pour souligner le très jeune âge de Vanessa (l'actrice campant son rôle ayant 20 ans ), et même si certains cadrages manquaient de subtilité, il n'en demeure pas moins que la destruction physique et psychique de l'adolescente est parvenue au spectateur avec toute l'intensité qu'elle exigeait.
Un mot sur les rôles féminins:
Laetitia Casta, malgré sa maladresse lors de l'interview accordée à l'occasion de la sortie du film, a été parfaite dans le rôle de la mère dépassée par ses soucis, par son alcoolisme, par son rôle de génitrice.
Kim Higlain qui joue Vanessa: ses 20 ans l'ont desservie pour ce rôle. l'adolescence, ce n'est pas forcément ce sempiternel faciès de blanche colombe qu'elle nous a servi pendant tout le film. Du moins, ce n'est pas ainsi que j'ai imaginé la vraie Vanessa en lisant le livre. Ado oui, ahurie non.
Il est certes difficile d'incarner le rôle d'une fille se croyant amoureuse mais se trouvant sous emprise, désirée mais manipulée, enfant mais femme. Un rôle complexe pour lequel la jeune actrice n'était pas taillée.
Ce bémol à part, le film nécessite qu’on aille le voir.