On a l'impression en sortant de s'être enfilé tous les épisodes d'une mini-série, sans voir le temps passer. "On ne peut pardonner qu'à ceux qui demandent pardon", entendra-t-on. Mais comme tous les traîtres se cachent, cette histoire de vengeance est évidemment compliquée et longue. Film passionnant donc, qui nous en met plein la vue (les images), plein les oreilles (les dialogues), plein le cerveau, le cœur, l'estomac, selon où chacun prête un sens à ces organes (sentiment, réflexion, violence). Il y a tout ça dans ce film.
On n'attaquera pas l'invraisemblance du film. C'est à la fois extraordinaire et invraisemblable. Mais c'est Alexandre Dumas le maître d'ouvrage, romancier inattaquable. Les idées viennent du temps où l'on n'avait pas besoin de dragons ou d'extraterrestres ; le caractère des hommes remplissait les histoires et les légendes, et l'imagination des Dumas et autres Victor Hugo faisait le reste.
Le reste dont l'écriture. Écriture donnant naissance à des dialogues qu'on n'entend plus de nos jours. Même si ce qui les amène vient du fond des âges (amour, trahison, vengeance, justice) et que ce n'est pas différent aujourd'hui (mais on ne les emballe pas pareil). Du coup les messages s'impriment facilement et durablement. C'est quand même pas banal (pour un psy d'aujourd'hui) de déclarer que les cauchemars ont du bon car ils "aident à se souvenir de ses blessures". C'est l'effet de la forme sur le fond. Il y a aussi l'effet du rappel de la source (chose qui passe souvent à la trappe aujourd'hui), comme par exemple "les fils paieront pour les crimes de leurs pères" (la bible, étonnamment).
Ce n'est quand même pas un film d'Alexandre Dumas. Il y a bien des auteurs, et des acteurs. Quand notre héros dit "à partir de maintenant, c'est moi qui récompense et c'est moi qui punit", l'image filmée rappelle "V pour Vendetta" (film 2005), et encore plus Batman sur le point de s'envoler, un Batman en haut de forme... Les auteurs l'ont voulu. Et c'est bien Pierre Niney qui l'a joué (et qui restera sur ce registre de l'excellence pour exprimer les choses).
Le message final dit que "toute la sagesse humaine est dans ces deux mots : attendre et espérer". On ne sait pas trop d'où ça vient (Dumas ?), ni si c'est vrai. Le film donne en tout cas une forte envie de (re)lire le livre, voir si les rebondissements sont d'origine, si l'invraisemblance écrite est vraiment invraisemblable. C'est un autre atout. Bref, nous, nous ne voyons aucun défaut.
A.G.