Caractérisé par le style aussi brillant qu'audacieux et inimitable du maître Von Trier, DOGVILLE se présente sous une forme très épurée et un aspect fortement théâtral. Là-dessous, il bénéficie d'un scénario très écrit mais sans lourdeur car c'est de poésie et d'humanité qu'il se nourrit, en plus d'une tension tragique sous-jacente et progressive, et assurément vertigineuse lorsqu'il s'agit d'évoluer jusqu'à un final au dénouement impressionnant et troublant, limite dérangeant. Le seul détail qui fait de DOGVILLE un film de Von Trier différent des autres c'est son casting : parmi quelques habitués - Jean-Marc Barr, Stellan Skarsgard, Siobhan Fallon, Udo Kier – on trouve une palette d'acteurs diversifiée et d'une richesse extraordinaire, comptant la magistrale Nicole Kidman, Lauren Bacall, Paul Bettany, Patricia Clarkson, James Caan, Chloë Sevigny, et John Hurt, dans le rôle du narrateur de cette fascinante histoire. Mis à part cela, comme pour chaque film de Lars Von Trier, DOGVILLE est une authentique expérience, à laquelle il faut s'accrocher suffisamment, de manière à lui accorder toutes ses chances de séduire de par la démarche expérimentale de son réalisateur, mais surtout pour comprendre le parti pris d'un exercice si atypique, littéralement un exercice de style sans effet de style. Simple et beau, DOGVILLE est une oeuvre virtuose pour son réalisateur et une oeuvre majeure pour l'histoire du cinéma ; mais aussi pour l'histoire du Festival De Cannes, dont l'absence dans le palmarès de la 56ème édition, dotée d'une sélection réputée comme la pire de toute l'histoire du Festival, tient du scandale. N'en déplaise au jury qui aurait largement dû lui attribuer son Grand Prix, car encore une fois, c'est une balle en plein coeur que nous tire Von Trier.