Un film brut, rugueux, presque expérimental. Le sujet de l’ultra- vieillesse, de la fin de vie a déjà été traité, mais ici on est dans un rythme ralenti parfois très long mais sauvé par l’astuce technologique du « split screen », partage de l’image en deux. La majeure partie du film se passe dans l‘appartement biscornu, comme un labyrinthe, de ce vieux couple. Elle est une ancienne psychiatre de renom et lui un ancien cinéaste. Malheureusement elle est sérieusement atteinte d’Alzheimer, et lui a déjà eu plusieurs infarctus. Ils déambulent comme des zombies dans cet appartement : lever, lecture, cachets, toilettes, prise de médicaments, Il ne se passe pas grand-chose, mais la fragmentation des écrans permet de créer une sorte de dynamique, on passe de gauche à droite en attendant un peu d’action. Le fils, un ancien drogué, vient les visiter parfois, il essaye de les aider, d’organiser cette fin de vie, mais c’est bien trop compliqué, on est au bout de la vie, la situation est très dégradée.
Les acteurs sont formidables : Alex Lutz, la plus grosse révélation, qui est exceptionnel dans ce registre dramatique, où l’on retrouve vraiment la profondeur de son propre film en tant que réalisateur « Une nuit » , une merveille déjà, et bien sûr Françoise Lebrun ,icône du cultissime de la « Maman et la putain », grande actrice qui donne tout dans ce rôle extrêmement dur, et Dario Argento qui nous surprend par sa belle performance, très bon. Quelques scènes d’une violence psychologique terrible, comme l’écran partagé qui met en parallèle le fils replongeant dans le crack et la mère plongeant tous ses médicaments dans les toilettes déjà très sales, plein d’excréments. La déchéance, la mort est regardée bien en face, la tête haute. Très dur.
Très belles scènes de fondus au blanc, pour les transits vers l’au-delà. Le final est aussi très prenant, avec la projection des vies passées, des moments de joie et de bonheur d’il y a longtemps, un raccourci de la vie qui nous concerne tous. . Malgré de vraies longueurs, parfois un peu dures, voir soporifiques, le film possède une force exceptionnelle.