Voleurs de passé…
… mais aussi voleurs de temps, car les 130 minutes signées de l’italienne Alice Rohrwacher m’ont fait me poser la question à la sortie de la salle, « qu’est-ce que je suis venu faire là ? » Chacun poursuit sa chimère sans jamais parvenir à la saisir. Pour certains, c'est un rêve d’argent facile, pour d'autres la quête d’un amour passé… De retour dans sa petite ville du bord de la mer Tyrrhénienne, Arthur retrouve sa bande de Tombaroli, des pilleurs de tombes étrusques et de merveilles archéologiques. Arthur a un don qu’il met au service de ses amis brigands : il ressent le vide. Le vide de la terre dans laquelle se trouvent les vestiges d’un monde passé. Le même vide qu’a laissé en lui le souvenir de son amour perdu, Beniamina. Moi aussi, j’ai ma chimère : voir de bons films, même si je sais pertinemment qu’il n’y a pas que des chefs d’œuvre programmés sur nos écrans, pas plus que je ne m’attends à chaque séance à découvrir le film de l’année, d’abord parce que, par définition, il n’y en a qu’un. Cela posé, vous avez sans doute deviné, je n’ai pas vraiment aimé ce drame fumeux et vain.
Les films de cette réalisatrice tournent toujours, peu ou prou, autour du thème « que faire du passé ? ». Le récit de se déroule dans les années 1980, mais ce pillage des ressources dont il est question fait écho à la crise sociale, économique et écologique actuelle… tout du moins il essaie, mais l’écho en question est passablement lointain. L’idée de suivre les exactions de ces fameux Tombaroli, était attrayante, mais hélas, les personnages n’ont pas de profondeur. Et le « héros », Arthur, a une attitude et un comportement que je n’ai jamais réussi à comprendre. Bien sûr, quand on les voit profaner des tombes au pied d’une usine au bord d’une mer elle-même « profanée » par la pollution, le message est fort, mais dilué dans une histoire trop floue, trop morcelée et parfois à la limite du compréhensible. Les lumières fades, le choix de décors systématiquement en ruine, servent de toile de fond à une sorte de déambulation dans le monde des marginaux. Malgré quelques idées de mise en scène, - entre autre une petite coquetterie dans la succession du 35mm, du Super 16mm et de 16mm - deux, heures dix, c’est beaucoup trop long pour un scénario languissant qui ne nous parle que d’absence de futur, qui pousse un peu le spectateur à quelques plages de farniente… après tout, on est au pays !
Côté casting, les choix sont aussi étranges que le film lui-même. Le britannique Josh O'Connor, vu récemment à son avantage dans Entre les lignes, nous livre un numéro forcé de déprimé, pas loin du mutisme. Peut-être son italien n’était-il pas assez à la hauteur pour donner la réplique à la brésilienne (???) Carol Duarte, la reine Isabella Rossellini, et la toujours impeccable Alba Rohrwacher. – italienne, qui elle pour sa part, parle ici surtout l’anglais… comprenne qui pourra -. Plus erratique que poétique, plus ennuyeux qu’envoûtant, cette balade désincarnée entre les vivants et les morts est loin de valoir, par exemple Les Merveilles le 1er film d’Alice Rohrwacher , Grand Prix de Cannes en 2014,