J’ai voulu couper le film au bout de 15 min.
J’ai espéré y retrouver un écho de la réalité du terrain, une mise en lumière des inégalités scolaires et de la complexité de notre métier. Mais dès les premières minutes, j’ai ressenti beaucoup de colère. Le coup des jeux de société entre midi à été le coup de grâce. Aucun enseignants n’a le temps de jouer aux cartes entre midi et deux, c’est la course permanente.
Voir encore une fois des enseignants réduits à des clichés — ceux qui ne veulent pas « se bouger », ceux qui tuent le temps entre midi et deux en jouant à des jeux, ceux qui laissent tout filer par lassitude — est profondément injuste pour toutes celles et ceux qui, chaque jour, se battent avec énergie pour tenir la barque dans des conditions parfois très difficiles.
Nous n’avons pas besoin d’être culpabilisés à l’écran. Encore une fois, on a la sensation que c’est l’enseignant qui doit faire la différence et se bouger « un peu » pour que tout aille mieux. On ne met pas les projecteurs sur le vrai problème.
Nous avons besoin qu’on entende la réalité : la surcharge, la fatigue, le manque de moyens, le sentiment d’isolement, et aussi la créativité, la résilience, et l’engagement des équipes.
Le film a peut-être une bonne intention — montrer que l’on peut changer les choses en s’unissant — mais il manque cruellement de nuance et laisse croire que si l’école va mal, c’est parce que nous ne faisons pas assez.
On a la sensation que les producteurs n’ont jamais mis les pieds dans une école plus d’une journée.
Car NON, nous ne jouons pas aux petits chevaux pendant que les élèves sombrent. Nous travaillons, souvent au-delà de nos heures, pour donner le meilleur à nos élèves malgré des obstacles énormes.
Pourquoi ne voit-on pas lors des séances dehors des élèves en crise de colère, notifié ITEP sans AESH ? (oh zut, il y a 3 ans d’attente car on ferme peu à peu les ITEP… Tant pis on va les laisser à l’école publique même s’il n’y a pas d’AESH pour eux). Pourquoi le film n’aide t il pas à se poser les bonnes questions et à comprendre pourquoi tant d’enseignants intéressés par la classe dehors ont des bâtons dans la roue pour la mette en place ? Car non, il ne suffit pas d’être motivé et de se bouger un peu. Le film donnera de l’espoir pour les gens qui le connaissent pas la réalité du terrain et les jeunes enseignants. Pour les enseignants qui connaissent le terrain, ce film est méprisant.
Les histoires inspirantes sont utiles, mais elles ne devraient pas invisibiliser les luttes réelles ni mépriser celles et ceux qui sont déjà en première ligne