La Chambre de Mariana
Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "La Chambre de Mariana" et de son tournage !

Des pages à la toile

La Chambre de Mariana est adapté du roman d’Aharon Appelfeld publié en 2006 et plus ou moins inspiré de la vie de l’auteur.

Jamais deux sans trois

C’est la troisième fois que Mélanie Thierry collabore avec Emmanuel Finkiel, après Je ne suis pas un salaud (2015) et La Douleur (2018).

Sur des traces personnelles

Après La Douleur, Emmanuel Finkiel s’était juré de ne plus faire de "film sur la Shoah". Pourtant, à la lecture du roman d’Appelfeld, il y a vu des liens avec son histoire personnelle et a décidé de le réaliser. En effet, chaque personnage du film convoque de près ou de loin des membres de sa famille. Mariana, la prostituée non-juive, évoque sa nourrice. Anna, la cousine de Hugo, lui rappelle le petit frère de son père, arrêté durant la rafle du Vel d’hiv et mort à Auschwitz. Enfin, Hugo lui rappelle son propre père, orphelin au lendemain de la guerre.

La conclusion d’un triptyque

La Chambre de Mariana pourrait être l’ultime volet d’un triptyque amorcé avec Voyages, comme Emmanuel Finkiel l’explique : "Dans Voyages, je filmais des gens d’aujourd’hui hantés par le passé dont il n’existait plus que des traces, et un profond tourment. Pour La Douleur, j’ai plongé dans le passé, mais je me suis placé du côté de celle qui attend, qui est extérieure au cercle concentrationnaire et au processus de destruction. Jusqu’à présent, je ne filmais que les échos du big bang, là, je m’en suis approché. Avec La Chambre de Mariana, je suis non seulement retourné vers cette époque, mais je suis allé au front, au cœur de ce processus".

En outre, Voyages s’inscrit dans une forme documentaire, La Douleur dans un format hybride, et La Chambre de Mariana dans une pure fiction.

Le choix de montrer

Si le réalisateur a longtemps été opposé à l’idée de montrer au cinéma les horreurs commises pendant la Shoah, il a décidé de filmer des charniers pour La Chambre de Mariana, sans pudeur, pour montrer combien le petit garçon du film est le témoin direct de l’indicible.

Chercher l’actrice

Dans un premier temps, Emmanuel Finkiel a fait passer des auditions à des actrices ukrainiennes pour le rôle de Mariana. Mais rapidement, il a davantage privilégié "l’authenticité des sentiments" au naturalisme pur. Il s’est alors tourné vers Mélanie Thierry, qui a appris pendant deux ans la langue ukrainienne pour le rôle et a suivi des stages chez Tomatis, spécialiste de l’oreille et de l’écoute pour "éduquer son oreille" à la langue ukrainienne.

Question de point de vue

Dans le roman d’Appelfeld, le petit garçon est enfermé dans un placard et, même s’il entend tout ce qui se passe à l’extérieur, il est privé de la vue. Une chose difficile à rendre compte au cinéma, quintessence de l’art visuel. Finkiel a donc usé de stratagèmes, notamment de figurer les images générées par l’imaginaire de Hugo, qui ne peut que songer à ce qui se déroule dehors. En outre, il voit l’extérieur à travers des interstices. Le cinéaste a donc filmé en 1/37 et a multiplié les amorces et les champs barrés.

Trouver la pépite

Pour chercher l’acteur campant Hugo, Emmanuel Finkiel et son équipe ont fait six mois de casting, commencé avant la guerre en Ukraine. Quand le conflit a démarré, le casting s’est malgré tout poursuivi sur place et, même s’il a retenu trois candidats, le réalisateur n’était pas pleinement convaincu. Par ailleurs, il fallait faire vieillir le garçon de deux ans sur un tournage de sept semaines. C’est alors que la sœur d’Artem Kyryk, entendant parler de l’annonce du fin fond de sa province ukrainienne, a postulé pour son frère. Après un échange par Zoom, ils l’ont fait venir à Paris pour des essais avec Mélanie Thierry et ils se sont montrés concluants.

À l’écoute du cinéaste

Chaque matin et après le déjeuner, Emmanuel Finkiel briefait Artem Kyryk sur les plans de tournage. Celui-ci n’écoutait alors que d’une oreille, plongé dans son portable. Mais lorsque le tournage commençait, il faisait exactement comme le réalisateur lui avait dit ! En outre, il le dirigeait en vue directe donc dans les rushes, on peut apparemment entendre toutes les indications de Finkiel pour son acteur.

Une phrase clé

Alors qu’ils enseignaient tous les deux à la Femis, Emmanuel Finkiel a entendu Claire Simon donner un conseil à une jeune étudiante : "Vous devriez cultiver le trop tôt trop tard". Une phrase qui l’a marquée, au point que, sur le tournage, le réalisateur soufflait parfois à son chef opérateur, Alexis Kavyrchine : "trop tôt, trop tard !".

Technique de tournage

Pour se rapprocher au plus près des techniques du documentaire, Emmanuel Finkiel utilise des focales moyennes et longues et n’indique jamais aux acteurs s’ils sont dans le champ ou pas. Par ailleurs, il ne fait plus de répétitions, mais filme les mises en place, pour laisser le réel surgir à la caméra.

Quand le réel déborde sur la fiction

Le tournage a duré sept semaines et devait à l’origine se dérouler en Ukraine. Entre temps, la Russie a envahi le pays et ils se sont résolus à tourner en Hongrie, non sans évoquer indirectement le conflit actuel. Ainsi, les prostituées sont davantage effrayées par les Russes qui vont arriver dans le pays que par les Allemands, leurs clients, qui viennent de partir. En effet, les Russes ont mené de grandes exactions contre les femmes qui avaient couché avec les Allemands au lendemain de la guerre, de même qu’en France.

Problèmes contemporains

Dans le roman d’Appelfeld, le garçon découvre la sensualité grâce à Mariana. Il était compliqué de mettre cela en scène en 2023, au moment du tournage du film. Emmanuel Finkiel a alors beaucoup travaillé sur le hors champ et a longuement discuté avec Mélanie Thierry sur le bon ton à adopter. C’est la raison pour laquelle la scène finale de la grange est filmée à contre-champs.

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