La vraie passion de Vin Diesel, ce n’est pas le bitume des Fast & Furious, c’est cette saga de science-fiction qu’il refuse de voir mourir
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Depuis la sortie de Pitch Black, la communauté de fans de l'anti-héros Riddick n'a jamais cessé de se développer. Si cette saga de SF est devenue un succès, c'est parce que Vin Diesel a refusé de laisser tomber ce projet qui lui tient tant à cœur.

Depuis 2000 et la sortie de Pitch Black, la communauté de fans de l'anti-héros Riddick n'a jamais cessé de se développer, pour la plus grande joie de son interprète principal, Vin Diesel. Vu son investissement sur la saga, on peut largement en conclure que sa grande passion n'est finalement pas tant la franchise milliardaire des Fast & Furious qui n'en finit pas de brûler l'asphalte, mais cette saga de science fiction qu'il a su transformer en vrai succès malgré les embûches.

2013, la fin de neuf ans d'attente

Los Angeles, 28 août 2013. Vin Diesel arbore une mine ravie. Il vient présenter au public et surtout à ses fans, en avant-première, les nouvelles aventures de Riddick. Neuf ans que les fans attendaient ça. Pour tout dire, ils n'y croyaient presque plus, tant les embûches se sont multipliées ces dernières années pour tenter de mettre à flot ce 3e volet basé sur l'univers de l'anti-héros nyctalope Richard B. Riddick. Il faut le dire : si Riddick a pu finalement voir le jour, c'est en très grande partie grâce à la ténacité de son acteur - producteur.

Avec un mélange de narcissisme assumé teinté de sincérité jusqu'au boutiste, Vin Diesel est sans doute un de ceux à Hollywood qui utilisent le mieux les réseaux sociaux. Fort d'une impressionnante communauté de fans (102 millions de "Like" sur sa page Facebook et autant d'abonnés sur Instagram), ils sont régulièrement sollicités par l'acteur, qui leur demande ce qu'ils pensent par exemple de tel ou tel projet, et discute très volontiers avec eux. Un outil et un levier de communication puissant que Diesel manipule avec dextérité, surtout dans le cas de la mise sur pied de Riddick. Mais avant cela, il faut remonter le fil de la saga, sortie il y a 26 ans.

Pitch Black, la révélation

Pitch Black est vraiment le film qui a révélé Vin Diesel. Avant, il fallait se contenter d'une première réalisation devant et derrière la caméra, Strays, et un second rôle dans Il faut sauver le soldat Ryan, où il était victime d'un Sniper allemand. Posant un univers original, en tout cas stylé, un anti-héros nyctalope charismatique et plutôt économe en mots, le film de SF signé David Twohy, qui sort en 2000, fait mouche.

Réalisé avec un très modeste budget de 23 millions de dollars, Pitch Black en rapporte sur le seul territoire américain près de 40 millions, pour des recettes globales de plus de 53 millions. Universal, qui produisait le film, se frotte d'autant plus volontiers les mains de ce petit succès que la Major n'avait pas franchement vu le coup arriver.

Le tandem Diesel / Twohy nourrit alors de grosses ambitions. En 2002, ce dernier déclare d'ailleurs au Hollywood Reporter : "Vin voulait qu'une suite à Pitch black soit développée. Lorsqu'il s'est désisté du tournage de 2 Fast 2 Furious, nous avons proposé l'idée de cette suite aux studios Universal Pictures. Les producteurs ont alors surenchéri en me demandant de réaliser non pas un mais trois nouveaux épisodes qui donneront davantage de profondeur au personnage de Riddick."

Universal

"Nous nous sommes juré de ne plus jamais travailler comme cela"

Encouragé par les ventes DVD de Pitch Black par wagons entiers, Universal accepte de signer un chèque de 105 millions (sans compter le budget marketing) pour mettre en chantier une suite, Les Chroniques de Riddick. Vin Diesel expliquera sa démarche en 2006, deux ans après la sortie du film, au micro du site comingsoon, que cet opus constitue le point de départ d'une trilogie :

"Lorsque j’étais en train de créer cette mythologie pour Les Chroniques de Riddick, l’idée était de concevoir une histoire, une trilogie, qui débuterait à la fin de Pitch Black, à l’instar du Seigneur des Anneaux, qui est une trilogie commençant, en substance, à la fin du Hobbit. Je voulais que Pitch Black soit aux Chroniques de Riddick ce que Le Hobbit est au Seigneur des Anneaux. J’ai écrit un scénario qui couvrait, en substance, trois films ; ainsi, le parcours de Riddick dans les deux films suivants est déjà tracé".

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Si le film est classé second lors de son premier week end d'exploitation en juillet 2004 aux Etats-Unis, le film ne ramasse "que" 24 millions. Un score pas déshonorant en soi, si ce n'est que dès la 2e semaine, les chiffres s'écroulent. Le film est déjà relégué à la 6e place du classement, en récoltant à peine plus de 9,4 millions. Une gifle. Une seconde arrive avec les résultats d'exploitation au box-office mondial : à peine 115 millions.

Un des arguments avancés à postériori par David Twohy pour expliquer en partie l'échec du film est la classification visée et imposée par Universal : un PG -13, là où il visait une classification "R", soit interdit au mineur de moins de 17 ans non accompagné. "Quand on fait un film PG-13, il faut faire d'énormes concessions, et nous l'avons appris à nos dépens sur Les Chroniques de Riddick. Nous avons dû adoucir de nombreuses scènes d'action, éviter de faire couler le sang... Nous avions les mains liées, et nous nous sommes juré de ne plus jamais travailler comme cela", se souvient le metteur en scène.

On en arrive à une situation paradoxale. Alors que Les Chroniques de Riddick sont un échec en salle, jamais l'univers du personnage n'a été aussi présent qu'en 2004-2005, élargissant très nettement la base des fans. En novembre 2004, la version Director's Cut du film se vend à plus d'1,5 millions d'exemplaires rien qu'aux Etats-Unis, sans compter les locations qui dépassent confortablement le million.

La même année sort l'animé Chroniques de Riddick : Dark fury, qui fait le pont entre Pitch Black et Les Chroniques de Riddick. Sans oublier un jeu vidéo, le sensationnel Escape From Butcher Bay, qui propose un univers hyper accrocheur et met largement en valeur le personnage, tout en étant une vraie vitrine technologique du moment. Une prouesse d'autant plus appréciée et surprenante que les déclinaisons de licences cinématographiques en jeux vidéo sont souvent synonymes de catastrophes.

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Le chemin de croix du financement

Si le tandem Twohy / Diesel ne perd pas espoir de réaliser malgré tout une suite aux Chroniques de Riddick, ils sont obligé de sérieusement réduire la voilure de leurs ambitions. "Au départ, nous voulions explorer l'Underverse, un univers parallèle auquel on accède à travers un portail. Un endroit où la guerre est la norme, les batailles constantes. Ensuite nous voulions centrer le 3e chapitre sur Furya. Les fans ont réclamé que le film ne soit pas tout public. Or, la restriction d'âge fait diminuer le budget du film. Du coup, cette volonté des fans d'avoir un film au public restreint a rendu le financement compliqué" explique Vin Diesel.

En fait, dès 2007, l'acteur et le réalisateur ont bien compris qu'ils ne pourraient compter que sur eux-mêmes ou presque. En tout cas chercher les financements ailleurs qu'à Hollywood :

"Les chiffres des ventes de DVD [pour « Les Chroniques de Riddick »] étaient vraiment bons – nous le savons, et certains investisseurs potentiels le savent aussi. Mais si un autre film voit le jour, ce ne sera probablement pas un film Universal, mais plutôt un film indépendant" écrivait David Twohy sur son blog. "Ce qui signifie que nous devrons le réaliser pour un budget nettement inférieur à celui du dernier volet. Mais ce n’est pas grave. Pitch Black avait coûté 22 millions de dollars au total. Il est peut-être temps de revenir à nos racines, tout en se rapprochant encore un peu plus de l'Underverse".

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"Au final, j'ai carrément dû hypothéquer ma maison"

En 2009, Diesel part en Europe faire la tournée auprès des investisseurs étrangers, histoire de tenter de boucler le financement du film. "Quand je suis revenu, Universal se demandait toujours si ils pouvaient financer un film avec une restriction d'âge [comprendre : un film classé "R"]. Au final, j'ai carrément dû hypothéquer ma maison pour réunir les fonds manquants. J'avais les droits du film, mais plus pour très longtemps. Si j'avais attendu un mois de plus pour tourner, j'aurais perdu les droits".

Début février 2012, après neuf mois de préproduction, Riddick commence enfin son tournage pour 47 jours, à Montréal. Un tournage au timing serré, pour un film qui ne correspond pas tout à fait aux ambitions de départ, puisqu'il est davantage conçu dans la veine d'un Pitch Black. Mais qu'importe au fond : le film existe, c'est le plus important.

Sans compter que les fans ont eu droit à une version Director's Cut, sur laquelle Vin Diesel est revenu lors de notre interview à l'époque :

"Jai tenu parole" écrivait Vin Diesel sur son site, en évoquant la mise sur pied de Riddick. Effectivement. Et c'est tout à son honneur : de la SF pour adulte estampillée "label indépendant", dans un paysage hollywoodien plus ravagé que jamais par les productions formatées.

Réalisé pour 38 millions de dollars, le film a rapporté 98,3 millions de dollars au box office. Cela peut sembler peu élevé, mais il faut garder à l’esprit que c’était à une époque où le streaming n’avait pas encore totalement ravagé le marché du Blu-ray et du DVD, ni entamé les sources de revenus issues des droits internationaux et autres.

En conséquence de quoi le film a généré plus de 26 millions de dollars de ventes de supports physiques rien qu’aux États-Unis, sans compter les droits de diffusion sur le câble, les locations numériques, les ventes de DVD à l’étranger et, bien sûr, les droits de streaming. Compte tenu de ce budget de 38 millions de dollars, les investisseurs, dont Universal, ont clairement réalisé des bénéfices. De quoi aussi conforter Vin Diesel dans sa stratégie de jusqu'au-boutisme.

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En 2015, il a d'ailleurs annoncé un 4e volet, baptisé Riddick : Furya, qui n'est pourtant entré en tournage que fin août 2024. C'est dire si le temps file... et qu'il est toujours aussi difficile de mettre sur pied le bouclage financier de la saga, quand bien même Vin Diesel a enchaîné entre-temps les opus de la franchise Fast & Furious. Toujours aucune date de sortie annoncée, mais on reste optimiste pour 2027...

Riddick, une saga qui n'existe que grâce à une passion pure et sans concession de son acteur interprète - producteur. Du pur cinéma popcorn comme on aime, porté à bout de bras, fait avec passion et amour. Rien que pour cela, on peut lui dire merci.

Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.
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