On pense à une version italienne moins "stricte" du chef d'oeuvre "Le Ruban Blanc" (2009) et on pense aussi beaucoup à "La Dernière Nuit de Lise Broholm" (2022). Le film est en mode docu-fiction, l'immersion est d'une authenticité remarquable, naturaliste et réaliste on est plongé dans un petit village de montagne plus vraie que nature, au sein d'une petite communauté forcément patriarcale où l'instituteur reste la référence intellectuelle et le notable qui fait autorité. On peut s'étonner par contre que dans l'Italie profonde des années 40 la religion et le prêtre soient si discrets. La famille nombreuse de l'instituteur est en soi un panel représentatif de la société italienne d'alors, les âges s'étalant sur plusieurs décennies, où chacun et chacune s'attend à rester au village, une seule aura la possibilité de quitter la région pour la ville, tandis que la guerre reste en filigrane une plaie qui va se rouvrir de façon inattendue. La réalisatrice-scénariste signe un drame maîtrisé et d'un réalisme qui émeut forcément. Un film aussi beau que tragique à conseiller. Site : Selenie.fr
Vermiglio est le nom d’un petit village du Trentin italien, perdu dans un vallon alpin. L’histoire racontée s’y déroule à l’hiver 1944 et pendant les quelques années qui suivent. Elle se focalise sur la famille de Cesare Graziadei, le maître d’école, père de dix enfants. Elle commence avec l’arrivée dans le village de Pietro, un Sicilien qui fuit la conscription. Lucia, l’aînée des Graziadei, a tôt fait d’en tomber amoureuse.
"Vermiglio" est un film taiseux habité par la grâce. Mauria Delpero, la réalisatrice de "Maternal", est allée le tourner dans le village natal de son père, après son décès. Chacun de ses plans constitue un tableau muet qui raconte une histoire. On y voit les saisons qui passent, les enfants qui naissent et qui meurent, les amours qui s’esquissent… La guerre, au loin, gronde, mais ne vient jamais troubler la vie routinière des paysans.
Les enfants de Cesare et d’Adele sont les personnages principaux de ce film. Ils représentent un échantillon représentatif de cette population paysanne à l’avenir bouché et sont les yeux à travers lesquels l’histoire est racontée : Dino, l’aîné paresseux et buté, qui fait le désespoir de son père, Ada, dont le mysticisme la destine à entrer dans les ordres, Flavia, la plus intelligente et la plus espiègle, en qui le père a placé tous ses espoirs, Pietrin dans lequel la réalisatrice a voulu filmer le double autobiographique de son propre père…
"Vermiglio" était menacé par le double risque de l’immobilisme et de l’esthétisme. La réalisatrice l’évite grâce à un scénario suffisamment rebondissant pour ménager quelques surprises. On pense aux "Quatre filles du docteur March" ou aux grands films italiens des frères Taviani ("Padre Padrone") ou d’Ermanno Olmi ("L’Arbre aux sabots", Palme d’or 1978).
Un village montagnard enneigé, au fin fond du Trentin-Haut-Adige, dans le dernier hiver avant la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Pietro, un déserteur sicilien, parvient à trouver refuge au village. Il ne laisse pas indifférente Lucia, l'une des nombreuses enfants de l'instituteur local, aussi éduqué qu'austère. Il se dégage très rapidement de "Vermiglio" un aspect très naturaliste. Evoquant avec beaucoup de détails la vie des montagnards italiens de l'époque. Et en particulier de cette grande fratrie issue de l'instituteur. Le tout filmé dans un cadre sublime : le long-métrage a été tourné dans plusieurs villages du Trentin-Haut-Adige, dont celui de Vermiglio, qui existe bien. Et outre les décors naturels, "Vermiglio" baigne dans une très jolie lumière. Notamment tout la première partie hivernale et blanchâtre. Côté récit, Maura Delpero, scénariste et réalisatrice, distille une forme de lenteur calculée. La narration chemine posément... pour subir de temps à autre une avancée brutale. Via une ligne de dialogue, un non-dit, une ellipse... Un rythme un peu étrange, à l'image de la vie de montagnard reculée, où pas grand chose ne bouge jusqu'à des rebondissements majeurs ? En tout cas "Vermiglio" demeure un beau film, qui semble être le témoignage d'une autre époque.
Habituellement le cinéma italien me procure beaucoup de plaisir. Mon blog recense d’ailleurs quelques pépites , en dehors des grands classiques à jamais consacrés. Mais cette fois, sur une trame dramatico-familiale, j’ai peiné à suivre les allées et venues du professeur et de sa grande famille, confinés à la fin de la seconde guerre mondiale, dans un petit village du Trentin, où le monde s’est arrêté. Son isolement permet à un soldat sicilien de s’y réfugier, de faire de l’œil à la fille de l’instituteur et de l’épouser. De ce survol très rapide , et presque désintéressé, il faut retenir l’insistance quasi obsessionnelle de la réalisatrice pour la fratrie professorale et son quotidien Complaisante , elle s’épanche sur ses propres émotions, ses sentiments premiers pour donner à voir ( on est proche de la contemplation virginale ) une image douce et sereine d’un monde qui cherche à cacher ses malheurs et sa misère. Quand la faille apparait, il est bien tard Pour en savoir plus : lheuredelasortie.com
Contemplative, la mise en scène exprime à la fois la lenteur de journées scandées par les saisons, le travail ou les prières, l'austérité du patriarche pragmatique, intellectualisant même son rapport pourtant passionné à la musique ainsi que l'âpreté d'une vie paysanne dans de froides montagnes avec des ressources minimales et des perspectives réduites. Aussi l'internat pour l'une et le mariage avec un déserteur pour l'autre apparaissent comme de petits miracles illuminant une existence aux plaisirs, aux joies, aux découvertes fort limités. Ancrée dans une réalité historique marquée par la guerre, l'intrigue s'intéresse aussi aux relations familiales, individualisant des personnages caractérisés par leurs émotions, leurs contraintes, leurs émois et interprétés avec sensibilité. Tragédie sentimentale autant que sociale, sans violon ni mièvrerie, l'histoire se pare d'un voile mélancolique qui étreint plus cruellement encore les femmes. Amer, touchant, venteux.
Lion d’Argent à Venise Jane Campion était la présidente du Festival à la Mostra 2024 , et on comprend mieux que ce film ne pouvait repartir sans prix tant ce film naturaliste et romanesque parle de la condition des femmes et donc renvoie à « La leçon de piano ». Dans cette histoire au cœur de l’Italie reculée des Alpes à la frontière autrichienne, la fin de la guerre (1945) semble loin ; mais elle va s’inviter dans l’intimité d’une famille, bouleversant son rythme et son organisation. Au centre de l’histoire, il y a le mariage d’une des filles de la famille avec un jeune sicilien en fuite ; mais nous suivrons aussi tous les autres jeunes membres de la famille. Le paternalisme est bien présent, même si le père de famille oscille entre conservatisme et modernisme (le monde est en train de changer), et la place des femmes se limite soit à enfanter, soit si elle est choisie à faire des études, soit à se marier soit à canaliser ses désirs. Dans cette famille de neuf enfants, le sort des garçons ne parait guère plus envieux au vu de la dureté du père à l’égard de l’ainé. Ce film apaisé parle donc aussi d’un mode de vie disparu sans aucun manichéisme et avec beaucoup de douceur. Maura Delpero, inspiré par le cinéma de patrimoine, flirte entre le documentaire et la fiction. Sa chronique reste malgré tout majestueuse de bout en bout avec une photographie à couper le souffle ; peut-être la plus belle de 2025. Elle parvient en étirant le temps à faire des histoires et intrigues quotidiennes et banales d’un couple et des neufs enfants un film choral embrassant une tranche de vie d’une époque dans la ruralité montagnarde des années 40. Le tout reste austère, peu original et âpre, c’est un film qui se mérite ; heureusement que nos yeux remandent sans cesse de nouveaux tableaux pour évacuer l’ennui. Si ce film fait écho à l’histoire familiale de la réalisatrice, il fait aussi écho à mon histoire familiale maternelle globale et aussi plus précisément à une grande tante au passé proche de celui de Lucia dans une vallée toute proche de celle dans laquelle se déroule le film. Un beau film pastorale, témoin d’une époque, aux histoires touchantes et la beauté picturale remarquable.
VERMIGLIO OU LA MARIÉE DES MONTAGNES - Maura Delporo | ⭐️ 8/10
Lion d'Argent à la dernière Mostra de Venise, Vermiglio ou la Mariée des Montagnes est très certainement ce qui s'est fait de plus beau au cinéma depuis le début de l'année. Une photographie sublime et un sens du cadre qui offrent au spectateur la possibilité d'admirer et de s'imprégner de cette campagne italienne que l'on voit évoluer au fil des quatre saisons à cheval sur les années 1944 et 1945.
L'on pourrait néanmoins reprocher au film son côté un peu "poseur", en mode "Je suis très beau et je le sais", qui transparait dans une mise en scène composée de longs plans fixes, avec très peu de dialogues et les gestes très lents des différents personnages. Cette forme de maniérisme peut finir par agacer pendant la première moitié du film, qui prend un peu trop son temps et joue avec la patience du spectateur pour poser ses enjeux narratifs.
Mais ne nous y trompons pas. Sous ses airs contemplatifs et naturalistes, le film est complexe et finit par aborder une multitude de sujets comme le patriarcat, la condition des femmes, les effets de la guerre, la maternité, le deuil, le rapport à la foi, le poids de la religion et ses interdits...
Le film est donc assez exigeant. Il pourrait presque devenir problématique lorsqu'il tend à fantasmer, voire idéaliser, un temps où tous les élèves écoutaient le Maître d'école dans un silence religieux, où les enfants se chuchotaient des secrets sous de gros édredons en se chatouillant les bras avec des plumes et où l'on organisait de grands repas de famille en extérieur sur des tables recouvertes de belles nappes blanches... Fort heureusement, le risque pour ce penchant nostalgique est balayé par l'extrême austérité qui régit les vies de tous ces personnages dont il faut saluer la complexité, et l'on comprend rapidement que ce calme apparent n'est qu'un voile sur un monde froid, isolé et qui n'offre aucune perspective.
Un film parfaitement maîtrisé qui vient conclure un très beau mois de cinéma.
Un film austère sans concessions sur la dureté des conditions de la vie rurale au début du 20ème siècle. Tout y est:: la vie, la mort, l'amour et la religion non seulement impuissante mais plutôt néfaste. Il devient alors évident que seule l'instruction est salvatrice.
Avec "Vermiglio ou La Mariée des Montagnes", Maura Delpero signe un film de guerre sans champ de bataille, où l’attente, le silence et les gestes du quotidien racontent plus que les armes. Tout se joue à l’arrière, dans un village suspendu, filmé avec une précision presque picturale. Le rythme, étiré jusqu’à l’immobilité, devient langage à part entière. Une œuvre exigeante mais habitée, où chaque plan semble peser le poids de l’Histoire et de la condition des femmes.
Dans les montagnes au nord du lac de Garde, le temps s'écoule lentement il y a 80 ans. Au rythme des saisons, et des trois disques que possède l'instituteur du village, père de nombreux enfants, et prêts à en accueillir d'autres, un neveu et son copain, de retour de la guerre. Delpero s'attache eux protagonistes féminins de cette saga familiale, mais ne délaisse pas la figure tutélaire du père, en hommage au sien. Un homme pétri de certitudes, le gardien de la tradition, l'homme cultivé du village. Au milieu de paysages abrupts, parfois à la limite du noir et blanc en hiver, on vit rudement et pieusement. Les mariages succèdent aux grossesses, les disparations aux naissances. Les sœurs complotent, complices et concurrentes tout à la fois, il n'y aura qu'une place pour continuer à recevoir un enseignement au-delà de l'école communale du village. On ne s'épanche pas, les discussions sont rares. La caméra respecte et met en valeur les moments rares de bonheur et de complicité. Un portrait historique ancré dans le terroir italien, comme au bon vieux temps, aussi éloigné de l'Allemagne que de la Sicile, pays d'origine du marié de passage. Vermiglio est un film d'ambiance, les acteurs sont formidablement ordinaires, des anti-héros, et on peut s'identifier à ce que furent nos propres grands-parents. Servi par une photographie de montagne superbe. cinéma - mars 2025
Un beau film, tant par les paysages, les personnages que par leur histoire. S’il est vrai qu’il faille un peu s’accrocher au début car le film est très lent, on en sort quand même séduit par la finesse et l’élégance des images et de l'histoire.
Vermiglio ou les quatre saisons accompagnées par Vivaldi. Dans le Trentin, au nord de l'Italie, vit une famille nombreuse dont le père est instituteur. Sa pédagogie consiste à initier les jeunes bambins à la vie. Sur fond de guerre, deux déserteurs arrivent dans ce village où l'une des filles tombe amoureuse de l'un deux jusqu'au mariage. Des paysages enneigés somptueux. Une justesse dans le jeu de tous les protagonistes. Une lenteur bouillonnante qui accroche le spectateur dans des interrogations quant à l'issue de cette saga.
Beau film. Très lent. Les choses sont rarement dites et c'est au spectateur d'imaginer ou de comprendre. Belle photo. Paysages de montagne magnifiques.
Belle "chronique" Alpestre sur fin de conflit & déconfiture.... Lent, certainement comme la vie loin du brouhaha de la Guerre & des métropoles ~ loin du Monde Moderne en reconstruction, mais aussi plus proche de la vie pastorale & campagnarde qui n'a malheureusement pas que des avantages, surtout lorsque l'on aspire à une autre destinée, que d'aller traire la vache ou allaiter une fournée de marmots . . . Les illusions & les espoirs se fendillent inéluctablement aussi tout là-haut. La Nature, elle, s'en contrefout totalement & nous emmène rêver.