Adaptation fastueuse du classique de Boulgakov, ce métrage convainc de suite par ses qualités visuelles. Doté d’une reconstitution opulente et parfaitement documentée et soignée du Moscou des années 1930, tout est précis, étudié, et authentiques. Quelques effets numériques pourront paraître un peu visibles, mais ils ajoutent au côté steampunk du récit. En tout cas les costumes, les décors, le soin apporté à la photographie, aux couleurs, l’imagerie reprise du livre et la mise en scène majestueuse font de cette adaptation un spectacle assurément réussi et très au-dessus de la moyenne.
Coté interprétation, les acteurs sont globalement bons et bien castés. August Diehl joue le Diable, et il est très convaincant dans son rôle, à la fois inquiétant et séduisant, grave et dilettante. Il est entouré par une fine équipe qui paraîtra sans doute un peu trop loufoque à certains, mais c’est dans le livre donc… Tsiganov tient lui aussi fort bien son rôle et il a vraiment le physique attendu pour ce genre de personnages. En revanche, et ça a été pour moi une déception, quoique convaincant, j’ai eu du mal à lui trouver une alchimie véritable avec Youlia Snigir qui joue Marguerite. L’actrice n’est pas en cause, mais les scènes qu’ils partagent ne donnent rien, pas d’émotion, pas de vie, d’amour, alors que c’est un peu le noyau du film. Pour le coup c’est assez rare que ça me fasse ça, mais l’alchimie ne prend pas et pourtant séparément les acteurs sont bons dans leurs scènes.
Cela est peut-être a rapproché des critiques que j’adresserai à l’histoire. Paradoxalement le film dure 2 heures 30 et on a pas l’impression d’avoir vu grand-chose à la fin, ou plutôt, on a vu beaucoup de choses mais comme des récits épars, décousus dans un ensemble qui papillonne mais ne s’arrête sur rien. Si bien que le film donne une impression de superficialité, de farce une fois passé la première demi-heure qui se tient vraiment et nous livre une approche réaliste réussie de la vie d’un artiste dans l’URSS des années 1930. Alors oui, c’est adapté du livre qui ressemble au film par ce côté foutraque et prolifique, mais le cinéma est un médium qui se prête sans doute moins au coq à l’âne. Heureusement, le film dispose quand même d’un solide montage et malgré l’imbrication des histoires, il ne nous perd pas trop.
En somme, si vous voulez un superbe spectacle visuel, Le Maître et Marguerite est pour vous. C’est beau, dépaysant, inquiétant, sexy et parfois même farcesque. Maintenant, si vous recherchez un film vraiment passionnant de bout en bout sur 2 heures 30, pas sûr que ce soit le bon métrage, car de mon point de vue il est long pour ce qu’il a réélement à dire. Il se perd dans sa symbolique luxuriante, ses allégories, ses récits imbriqués, sa débauche de personnages et de contextes… Fidèle au livre, peut-être, mais le changement de médium ne s’y prête pas. 3