Tony Camonte, version italienne de Montana, très inspiré d’Al Capone (surnommé Scarface), est une petite frappe en pleine ascension, qui finira au sommet de l’échelle sociale du grand banditisme de Chicago dans les années 20, grâce à une ambition, une audace, une force de caractère et une violence inouïes qui n’épargneront ni la concurrence, ni la police, ni même la fidélité de ses amis ou de sa famille, mais qui l’achèveront pourtant.
On retrouve parfaitement le scenario de la suppléance progressive des différents caïds, de l’étalement de son territoire et de son pouvoir, de l’obsession de la maitresse blonde de son ancien boss, avec en plus la présence perverse d’une sœur, déterminante dans sa chute, qui diffère carrément ici, même après censure, de la version mondialement connue.
Premier film de ce nom, de 1932, ayant inspiré l’excellente version culte de Brian de Palma en 1983. Il fut si choquant pour l’époque par sa violence, son inceste, son immoralité et sa prétendue apologie du gangstérisme, que l’Etat, niant ses fautes dans la ruine américaine d’après 1929, l’interdit durant des années et le musela jusqu’en 1980.
Dénonciation d’une époque de laxisme gouvernemental et de contrebande d’alcool induit par la maladresse puritaine du pouvoir, qui autorisa les ascensions criminelles les plus spectaculaires. Tous les événements sont inspirés de faits réels, même si l’ensemble n’est qu’une fiction. C’est aussi l’époque où l’avènement de la mitraillette change le ton des violences, des guerres des gangs et des comportements policiers et populaires, et aussi des premiers tournages de cascades et poursuites en voitures, enfin en tacots…
Malgré le style vieux-genre du jeu, Paul Muni et sa tête de malade fait encore son effet, et on aura le plaisir de reconnaitre dans des rôles secondaires Boris Carloff, fréquent monstre de Frankenstein, et d’Osgood Perkins, le père d’Anthony.