employé : c’est un peu comme un film d’Emmanuel Mouret mais en moins précieux et moins maniéré. Donc, ‘Ciel rouge’ est un film “Rohmerien” qui, après son entame un peu bizarre, presque fantastique, explore les hésitations, les volte-faces et replis stratégiques, les sentiments réfrénés ou exprimés de manière plus ou moins voilée, les interminables introspections et les blessures refoulées qui empêchent d’aller de l’avant,...enfin, bref, tout ce qui explique que les sentiments, chez les humains, passent par davantage d’étapes et de blocages que chez les singes. ‘Ciel rouge’, ce sont trois jours dans une maison au bord de la mer Baltique, alors que des feux de forêts menacent, et un récit qui se concentre sur la figure de Léon, hautain et renfermé, tellement autocentré sur son angoisse d’être reconnu et publié qu’il n’a ni le temps ni l’énergie de s’ouvrir aux autres ou de prendre en compte leurs sentiments, y compris quand certain(e)s, comme Nadja, lui tendent des perches. Ce déplacement du centre de gravité du quatuor, alors que le comportement de Léon va peu à peu reléguer ce dernier aux marges, se fait de façon très limpide et très naturelle, sans que les personnages aient besoin de discourir sans fin. Pour le coup, c’est tout de suite moins rohmérien mais si l’ensemble reste d’un esprit très français (mais qui parlerait en allemand), l’ angle de vue reste essentiel : même si c’est Paula Beer qui attire tous les regards, c’est le côté pesant, indécis et brutalement maladroit de Léon qui rend cette étude de moeurs sentimentales plus intéressante que la moyenne.