"Je veux trouver ma place."
Quatre ans après leur collaboration sur le touchant et réussi «Julie (en 12 chapitres)», le duo norvégien Joachim Trier et Renate Reinsve refait équipe pour cette étude de mœurs, repartie cette année avec le Grand Prix cannois, tout en s'entourant pour l'occasion d'un casting international, dont le suédois Stellan Skarsgård, la danoise Inga Ibsdotter Lilleaas et l'américaine Elle Fanning.
Dressant le portrait d'une famille disloquée, ce drame intimiste explore et décortique avec une certaine finesse les fissures qui demeurent en chacun de ses membres, ces traumatismes dont ils n'arrivent pas à se défaire, ces vérités qui ne peuvent être confessées à haute voix.
Et au cœur de celui-ci, l'histoire d'un père metteur en scène cherchant à faire la paix avec sa fille actrice, qui ne lui pardonne pas sa longue absence au sein du foyer familial. Deux êtres solitaires et passionnés par leur art, se regardant mais ne se voyant pas.
Et c'est peut-être à travers la fiction que les deux vont pouvoir faire un pas en direction de l'autre.
Histoire de non-dits et de solitudes qui se ressemblent plus qu'elles ne le pensent, le film dresse un constant effet miroir entre la réalité et la fiction, qui découle et s'inspire de cette même réalité.
Une mise en abyme dans laquelle une actrice américaine est choisie par le père pour incarner le rôle qu'a refusée sa fille, pour laquelle il a écrit ce rôle. Un rôle inspiré de sa propre mère, qui a mis fin à ses jours au sein de la maison familiale quand il était encore enfant. Un moment marquant qui figure dans le scénario qu'il a écrit et qui se tournera dans la même maison familiale, qui a traversé les générations.
Ici, l'art et l'intime, l'illusion et le réel sont étroitement liés, se nourrissant l'un de l'autre pour tenter de se parler. Parce que faire de l'art, c'est toujours partir de soi pour pouvoir s'adresser aux autres.
Le cinéma, la fiction, devient un moyen de se reconnecter à l'autre, de se réconcilier avec son passé comme avec son présent, et de peut-être faire la paix avec tout ça.
Une œuvre sincère, portée par un casting habité et impeccable, mais traversée par quelques redondances au cours de ses 2h13, comme si le film créait une distance volontaire avec le spectateur, peut-être pour mieux illustrer ces sentiments distants et fragiles.
L'émotion se fait pourtant bien visible à certains moments, mais disons qu'il me manque un peu ce côté palpable pour être véritablement touché par ces personnages, leurs failles et leurs forces.
Mais malgré ces quelques défauts, un film très bien écrit et interprété sur ce qui n'est pas/plus, ce qui s'est fêlé avec le temps et ce qu'on peut tenter de reconstruire.
Un film sur l'art comme outil de résilience et comme vecteur de réconciliation entre les générations.
Un film sur les ombres qui nous habitent, et ces lumières inattendues qui peuvent nous guider et nous faire aller de l'avant, en direction de l'autre. 7-7,5/10.