Le Procès Goldman
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Jipéhel
Jipéhel

37 abonnés 195 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 10 octobre 2023
Bénéfice du doute

J’avoue humblement être passé totalement à côté de ce fait divers qui a pourtant remué les foules dans les années 70 et qui constitue le sujet même du nouveau film de Cédric Kahn. J’apprécie beaucoup le cinéma engagé et intelligent de ce cinéaste comme dans Une vie meilleure, Vie sauvage, La prière, ou Fête de famille. Une fois de plus ces presque deux heures non seulement ne m’ont pas déçu mais plutôt passionné. En avril 1976, débute le deuxième procès de Pierre Goldman, militant d’extrême gauche, condamné en première instance à la réclusion criminelle à perpétuité pour quatre braquages à main armée, dont un ayant entraîné la mort de deux pharmaciennes. Il clame son innocence dans cette dernière affaire et devient en quelques semaines l’icône de la gauche intellectuelle. Georges Kiejman, jeune avocat, assure sa défense. Mais très vite, leurs rapports se tendent. Goldman, insaisissable et provocateur, risque la peine capitale et rend l’issue du procès incertaine. 116 minutes d’une force et d’une âpreté rares.
Après l’admirable Anatomie d’une chute d’aucun pensait qu’il serait difficile de refaire ce qu’on appelle un film de prétoire. Cédric Kahn nous prouve le contraire. Un huis clos complet, on est enfermé durant 116 minutes dans le tribunal avec l’accusé, les avocats, le président, les jurés et une flopée de témoins. Une tension permanente, des joutes oratoires parfaitement maîtrisées et ce doute qui s’insinue en permanence dans nos esprits – comme c’était le cas dans ceux qui devaient juger définitivement -. L’autre performance réside évidemment dans le fait que l’accusé est tout sauf sympathique. Visage du militantisme d'extrême gauche soutenu par Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre, Simone Signoret, Régis Debré et d'autres grands noms de la culture, Pierre Goldman était un intellectuel qui a évolué vers le banditisme. L’homme est cultivé, brillant orateur, passionné, mais aussi violent, colérique, provocateur et prétentieux. Une des phrases qui le décrit le mieux est celle qu’il prononce dès l’ouverture du procès : Je suis innocent parce que je suis innocent. C’est à travers son livre, Souvenirs obscurs d’un Juif polonais né en France, que Cédric Kahn a découvert ce personnage hors du commun, une quinzaine d'années avant de lui consacrer ce film. Un film sans flash-back, sans musique, sans effet de caméra, sans fioriture, la forme est la plus sèche possible. Rien ne peut détourner notre attention de ce qui se passe dans ce prétoire et on est captivé de bout en bout. Un modèle du genre.
Bien sûr, on ne peut réaliser ce genre de film sans une distribution en béton. Au centre, l’incroyable Arieh Worthalter qui incarne à merveille toutes les facettes de Goldamn. Il est superbement entouré par Arthur Harari, Nicolas Briançon, Stéphane Guérin-Tillié, Aurélien Chaussade, et beaucoup d’autres. En évoquant avec force et acuité un moment important de l’histoire juridique française, Cédric Kahn signe à la fois un très grand film de procès et le passionnant portrait d’une époque, dont les problématiques ne sont pas si éloignées – hélas – de la nôtre, comme le racisme, l’antisémitisme ou la xénophobie -. Il s’agit du portrait sans concession d’un écorché vif d’une absolue maîtrise. Un film à voir sans tarder qui nous place dans la position – inconfortable - des jurés et qui laisse toute sa place à la seule chose qui vaut : la parole.
Patrick PIERROT
Patrick PIERROT

13 abonnés 106 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 5 novembre 2023
Ce film aurait pu être un chef-d’œuvre.
Tout, en effet, concourait à ce qu’il en soit ainsi : un demi-frère célèbre, un comportement extravagant, un contexte historique passionnant, une histoire rocambolesque, et pourtant.
Pourtant j’ai vu des acteurs qui récitent leur texte comme des élèves très moyens et une mise en scène caricaturale, le comportement du public dans la salle d’audience, par exemple, me semblant totalement grotesque. Si l’intrigue est captivante, on ne le doit qu’à la personnalité du héros qui a eu la bonne idée d’écrire son histoire alors qu’il était emprisonné. Les auteurs du film peuvent l’en remercier mais je pense qu’un homme comme Pierre Goldman aurait mérité beaucoup mieux.
Nine
Nine

15 abonnés 166 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 15 octobre 2023
Du très lourd au niveau interprétation, que ce soit l'accusé, les avocats ou le président du Tribunal, et les principaux témoins. Tous sont habités et rendent ce ce huis-clos dense, extrêmement nerveux, passionnant, grave et parfois drôle. Le talent de l'éloquence en est la vedette.
On replonge aussi dans la société française des années 60 et 70, et de sujets toujours d'actualité. Un excellent film de procès et un accusé charismatique (dont on oublie les fautes reconnues).
Francis Garret
Francis Garret

25 abonnés 48 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 4 octobre 2023
Comment apprécier un tel film, que j'ai noté "très bien"? Comment le comprendre quand on n'a pas connu l'époque, les passions profondes qui l'animaient et qui paraissent bien dérisoire aujourd'hui ? Le paradoxe, c'est que le véritable héros du film, Jean Jacques Goldman, un véritable héros français, n'est joué que par un figurant qui ne dit pas un mot dans le film, tandis que le rôle de son demi-frère, Pierre, apparaît totalement dérisoire aujourd'hui, dans un monde totalement changé où on se demande qu'est-ce qui avait bien pu lui passer par la tête pour en arriver à ce procès.
Theo
Theo

39 abonnés 1 084 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 9 novembre 2023
Cédric Kahn, avec "Le Procès Goldman", livre une exploration délicate et intelligente d'une affaire qui a captivé la France des années 70. Le film, qui s'ouvre à la Quinzaine des cinéastes du festival de Cannes 2023, est une reconstitution minutieuse du second procès de Pierre Goldman, avec un mélange de vérité historique et d'éléments de fiction.

Arieh Worthalter incarne avec brio Pierre Goldman, apportant une profondeur remarquable à son personnage complexe. La tension du procès est palpable à travers sa performance, qui capture l'essence d'un homme en lutte contre une société qu'il juge injuste. Le casting, comprenant Arthur Harari en Georges Kiejman et Nicolas Briançon en Henri-René Garaud, contribue à cette atmosphère avec des prestations tout aussi convaincantes.

La direction de Kahn est précise et sans fioritures, optant pour un éclairage naturel et un cadre qui favorise l'authenticité. Le choix d'un tournage chronologique et l'utilisation de la technique de la triple caméra permettent d'offrir une vision dynamique et multicouche du procès. La décision audacieuse de Kahn d'éviter toute musique d'accompagnement confère au film un réalisme cru et met en valeur les performances, en particulier lors de moments de silence profondément éloquents.

Cependant, le film n'est pas exempt de critiques. La veuve de Pierre Goldman, Christiane Succab-Goldman, a exprimé son désaccord avec la représentation de certains événements et personnages, questionnant l'ajout de certaines scènes fictives. Ces éléments, bien que créatifs, peuvent troubler la frontière entre le fait historique et la liberté artistique, et laissent certains spectateurs en quête de véracité sur leur faim.

La mise en scène, tout en étant admirable, peut parfois sembler un peu trop sobre, et les choix narratifs de Kahn peuvent laisser les spectateurs désireux d'un peu plus de passion et de dramatisation dans un film de procès. Malgré ces petites réserves, "Le Procès Goldman" reste un film juridique captivant, qui traite avec respect d'un cas juridique complexe et polarisant.

"Le Procès Goldman" réussit à équilibrer adroitement le documentaire et la fiction, offrant une fenêtre sur le passé tout en posant des questions pertinentes sur le pouvoir, la justice et la vérité. Le film s'affirme comme une œuvre solide et réfléchie, faisant honneur à son sujet tout en restant fidèle à la vision artistique de Kahn.
Cannes
Cannes

12 abonnés 64 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 19 octobre 2023
Du cinéma témoignage exigeant mais essentiel au cinéma.
Huis clos avec des acteurs habités par leur personnage, bravo.
Valerie Camy
Valerie Camy

3 abonnés 119 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 23 janvier 2024
Un film dense, intéressant de bout en bout ... où le militantisme de l'époque peut paraître à la fois daté ... et si contemporain dans son manichéisme...
très bonne distribution
Xavier d
Xavier d

12 abonnés 266 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 8 octobre 2023
Film étonnant par son format. Presque tous les seconds rôles sont hallucinants de crédibilité. Caméra immersive, on dirait un documentaire. Sauf l'acteur principal qui surjoue un peu trop parfois (à moins que ce soit le rôle qui ait imposé ça...). Avec six étoiles pour le Président de la cour, qui semble avoir fait ça toute sa vie !
tuppence
tuppence

12 abonnés 117 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 1 octobre 2023
je ne connaissais pas du tout cette histoire sur Pierre Goldman braqueur, militant d'extrême gauche et demi-frère du bien connu jean-Jacques.
A la lecture du résumé, j'étais un peu mitigée mais quelque chose m'a quand même décidée à ouvrir les portes du ciné et prendre un billet. Le film est bien fait, bien interprété par tous les acteurs connus ou inconnus, même par les figurants du tribunal.
Le procès Goldman montre l'interrogatoire de Goldman, de divers témoins dont son ancienne maîtresse antillaise, ses amis, les interventions intempestifs de Goldman au cours du procès, des réactions du public, des plaidoiries des différents avocats.
On ne connait pas la vérité mais à l'issu du procès et du film, on se fait tous un avis.
Sylvain Lamotte
Sylvain Lamotte

10 abonnés 15 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 19 février 2024
Si vous êtes avocat, Goldman doit être un des pires clients à prendre en charger et canaliser. Un vrai pitbull dans la salle d'audience.

Un huit-clos qui ne paraît absolument pas pour un huit-clos.
Lora C
Lora C

1 critique Suivre son activité

1,5
Publiée le 9 octobre 2023
Nul... Désolée j'adore les films juridiques mais la... Le jeu d'acteur est vraiment pas qualitatif, on se sent comme dans une pièce de théâtre ratée. C'est à huis clos donc le jeu d'acteur est important et là on sent que c'est récité... C'est très dommage.
pasdenom inconnito
pasdenom inconnito

9 abonnés 90 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 9 novembre 2023
Le procès Goldman...quoi en dire...après avoir été juré 2 fois en C.B. Dans des affaires d'accusations de tentatives de meurtre ... Ce qui saute aux yeux ...sont les différences entre le système français et dit britannique que ce soit ici, aux USA etc...la présomption d'innocence bien qu'invoquer en France ..n'est pas le même poids que chez nous, aussi le fait que ce soit 2 contre un ...le procureur général pour l'état, la partie civile pour la victime et la défense pour l'accusée, aussi on le sait les français aiment les joutes verbales...et leurs avocats ajoutent souvent des parties de textes classiques ou y font référence ...dans notre système ...il n'aurait jamais été condamné en première instance avec que de mauvaise preuves circonstancielles ...C'est un film pour un publique ciblé, car on y suit le procès en 2e instance, intéressant oui , tordu oui, long non.
Babou
Babou

9 abonnés 121 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 3 octobre 2023
Il n'est pas rare de faire le parallèle entre justice et théâtre. Ce film en est l'illustration. Révélateur des tensions qui traversent la société (racisme...), qui s'expriment au travers du public, le procès rappelle ces activistes d'extrême gauche tentés par la violence et la délinquance. Époque oubliée. Le spectateur-juré assiste à ce procès, constatant les limites d'une enquête et vibrant aux moments clés. On prend conscience de la fragilité de la vérité et de la difficulté de juger.
François Huzar
François Huzar

11 abonnés 83 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 4 octobre 2023
Armé d’un dispositif aussi rigoureux qu’ambitieux, Cédric Kahn restitue de manière passionnante le procès de Pierre Goldman et par là le contexte politique inflammable des années 1970.
(...) La scène la plus émouvante du film est d’ailleurs celle où Goldman pousse un cri d’amour pour ses parents, juifs polonais émigrés en France, qui furent résistants pendant la guerre. Derrière cette tirade – « vous êtes qui pour parler de mes parents de cette façon ? Vous avez fait quoi dans votre vie, vous ? Mes parents sont des gens exemplaires et courageux ; ce sont des héros ! » –, se cache le complexe terrible d’un homme qui a toujours voulu se hisser au niveau de l’héroïsme de ses parents, courant après un idéal inatteignable. La force du Procès Goldman est aussi là, dans cette capacité à cerner la personnalité ambigüe et bourrée de contradictions d’un accusé hors norme. Dans le rôle de cet homme tour à tour fascinant et irritant, Arieh Worthalter crève littéralement l’écran par sa présence éruptive.

La critique complète du Huzar sur le toit : https://lehuzarsurletoit.substack.com/p/le-proces-goldman-objectif-immersion
Tanguy Adisson
Tanguy Adisson

3 abonnés 199 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 8 février 2024
Tenu en haleine du début à la fin. La justesse de l'écriture est complètement folle avec chaque phrase parfaitement calibrée, et des monologues de fin vraiment prenant.
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