Toute l’intrigue du film est réduite et concentrée autour du second procès de Pierre Goldman. Avant le début, nous en connaissons la fin, c’est le déroulement du procès qui fait le cœur du film, et le poids que va faire peser la forte personnalité de l’accusé, sur la manière de rendre justice.
Avant que ne démarre ce 2nd procès, le film s’ouvre sur la lecture de 2 lettres écrites par Pierre Goldman à ses avocats. L’une à Georges Kiejman qu’il déteste ouvertement et à qui il demande de se désaisir de l'affaire, et l’autre dans laquelle il se justifie de sa détestation auprès de son ami lui aussi avocat. Par ce biais en utilisant les propres mots et la pensée de l’accusé, avant même de pénétrer dans la salle d’audience, le cinéaste donne le ton du film et nous fait plonger au cœur de la personnalité tourmentée et radicale de Pierre Goldman.
L’accusé affronte intimement son principal avocat avant même le début de son procès. Militant d’extrême-gauche, guérillero, braqueur, intellectuel, et écrivain, l’homme a mené plusieurs vies marquées par l’affrontement. Il n’aura de cesse de tenter de se hisser à la hauteur de ses parents aux origines juives polonaises, immigrés en France dans l'entre-deux-guerres, et engagés dans la résistance communiste. Le fils balloté entre une mère retournée rapidement en Pologne dont il admire les engagements et une autorité paternelle à laquelle il se soustrait, porte en lui la haine du nazisme et l’histoire d’un activisme d’une génération qui ne lui appartient pas.
Les décors sont minimalistes et réduits à l’essentiel, on ne verra quasiment que la salle d’audience.
Deux scènes se passent à l’extérieur mais un extérieur relatif, davantage un intérieur cerné de 4 murs ; ceux de la cellule carcérale de Pierre Goldman avant son entrée en salle d’audience et ceux du bureau du célèbre avocat que deviendra Georges Kiejman.
Cédric Khan a posé à la manière d’Albert Serra 3 caméras qui filmaient continuellement. Le réalisateur équipé d’un casque et micro, commandait ses opérateurs de loin, pour au montage pouvoir travailler sa matière filmique.
Beaucoup de gros plans au téléobjectif lui permettent de se tenir à distance des affrontements dans la salle d’audience, mais aussi de Pierre Goldman brillant orateur qui rayonne intellectuellement, tel un lion en cage. Le cinéaste peut par ce procédé aller chercher au plus près des visages le terreau de son film, sans gêner les acteurs dans l’interprétation de leurs personnages respectifs.
Une salle d’audience obéit à des codes et selon la personnalité du président un procès peut être calme ou chaotique. Ce second fût bruyant et violent, telle une pièce de théâtre transformée en ring de boxe, bien que chacun de ceux qui rendent justice obéissent à des rituels.
Les personnages de Georges Kiejman et de Pierre Goldman sont tendus, Arthur Harahi ne surprend pas dans ce rôle contenu qui lui va bien, Arieh Worthalter lui nous a moins habitué à ce type d'engagement d'acteur. Il incarne souvent la douceur avec son beau visage au regard clair. Dans « Sympathie pour le diable » il temporisait un Paul Marchand suractif sans limite aucune, il était le père sensible et aimant de « Girl », un homme altruiste dans le beau « Razzia » et récemment fantomatique au bord de la rupture amoureuse dans « Serre-moi fort ». Ce trentenaire polyglotte et voyageur, paraît avec ses rides précoces et son cuir chevelu dégarni, souvent plus âgé. Il alterne le cinéma avec les planches. Mais il a une constante dans ses rôles exception faite du procès Goldman, il est solaire.
Après le film chacun est renvoyé dos au mur face à ses propres convictions pour faire société quant à la manière de donner justice ; est-il préférable qu’un innocent puisse être injustement emprisonné ou qu’un coupable soit laissé en liberté ?
En France quand les doutes persistent la présomption d’innocence répond à cette question.