Après un passage à Cannes assez confidentiel (séance unique à 15h au Grand Palais, et une timide séance de rattrapage en Agnès Varda à 14h... Autant dire qu'on n'était même pas au courant que ce film existait dans la Sélection, et c'est bien dommage), Carla Simon nous présente au Festival d'Alès (où l'on s'est occupé de la Dame) son film "semi-autobiographique" qui lui ressemble beaucoup : incroyablement solaire, et très délicat. Sans même poser la question, on comprend bien que l'héroïne du film qui cherche des réponses sur ses parents (disparus quand elle était petite), c'est elle. On voyage donc avec cette jeune femme dans les racontars et récits familiaux glanés autour d'une réunion estivale, aidés par le rosé piscine qui délie les langues, ou les cousins qui souhaitent arracher le pansement au plus vite. Les découvertes qu'elle fait sont tantôt tendres, tantôt cruelles, mensongères ou trop honnêtes, jusqu'au fin mot que la "Mama" (la grand-mère) taiseuse refuse de révéler. Alors Carla se met à inventer, à divaguer joliment, dans une troisième partie de film qui est très poétique. Dans la plus pure idée cathartique d'une fille qui veut serrer ses parents disparus dans ses bras, le fantasme vient à la rescousse du cœur en peine, et il est difficile de ne pas être ému par ces retrouvailles qui n'ont juste pas les pieds sur Terre (mais perchés dans un Ciel qui a des airs de toit d'immeuble très banal). On est parti en roue-libre sur l'interprétation du film quant au chat qui emmène l'héroïne jusqu'aux parents : "On est d'accord que c'est un chat-fantôme ? Car il a toujours le même âge dans le flashback avec les parents, et ça fait un lien assez fort avec la représentation du chat dans les tableaux de la Renaissance, qui est un symbole d'indépendance, de sexualité libre, d'émancipation, à l'inverse du chien qui est représenté dans les tableaux des épouses prudes, pour dire qu'elles sont fidèles à leur mari et à leur statut en société. Je pense donc que le chat est un guide parfait pour mener l'héroïne vers la révélation que ses parents étaient
deux camés follement amoureux, qui se sont enfuis car leur famille respective réprouvait leur lien puissant, mais qui signera leur perte plus tard.
" / Carla Simon, surprise : "Euh, c'est juste que j'avais un chat qui s'appelait Fernandez quand j'étais petite, et il m'a énormément marquée, il guide souvent mes souvenirs car je me rappelle d'abord de lui, puis des membres de ma famille qui gravitaient autour. Et pour le chat du film, il a le même âge car j'étais allergique à absolument tous les autres chats du casting. Mais, j'adore votre interprétation, vous dites que c'est quelle période picturale, déjà... ?". Encore une fois, on est parti en rando dans les Montagnes de la Sur-Interprétation, mais quelle belle balade, et on garde finalement cette piste de lecture. Car on en veut pour la couleur des robes mère-fille à la fin, elles sont rouges : la passion, la violence des sentiments, elle est bien là, et par pitié ne venez pas nous déniaiser en disant que la costumière n'avait plus que ces robes au pressing... Comme Carla, on veut croire à la force de nos fantasmes, à la réalité d'un rêve qui se joue dans les quelques indices qui s'échappent d'un barbecue trop arrosé en famille, dans l'incroyable tendresse qui se dégage de la troisième partie onirique de ce très (très) beau Romeria. Et Carla de conclure : "Eh ben, heureusement qu'on n'avait pas un chien."