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3,0
Publiée le 13 juin 2025
Oubliez l’épopée héroïque à la Troy ou les discours enflammés des péplums hollywoodiens : The Return d’Uberto Pasolini choisit le murmure au fracas, le doute à la gloire, le poids du silence à celui de l’épée. Ici, Ulysse ne rentre pas en conquérant. Il revient en homme brisé, en père absent, en mythe fatigué.
Ralph Fiennes est magistral dans cette incarnation d’un héros qui n’a plus rien à prouver — ni à offrir, si ce n’est sa présence fantomatique. Son jeu, tout en tension contenue, impose le respect. Il est là, et c’est déjà trop. Juliette Binoche, elle, est bouleversante dans une Pénélope sans artifices, qui n’attend plus grand-chose, sinon la fin de l’attente. Ses silences sont des cris étouffés. Et quand elle parle, chaque mot pèse une tonne.
Mais la vraie surprise, c’est Marwan Kenzari, saisissant dans le rôle d’Antinous. Il joue le pouvoir comme on serre une plaie : avec fureur, mais sans illusion. Derrière le masque du traître, un homme nu, sincère dans sa brutalité. Le plus honnête, peut-être, dans ce théâtre d’ombres.
La mise en scène, sobre et sensorielle, alterne entre huis clos suffocants et paysages déchirés. Pasolini filme le mythe à hauteur d’homme. Pas de dieux tonitruants, pas de miracles. Juste des corps fatigués, des visages marqués, des gestes simples. Le royaume n’a pas besoin d’un héros, mais d’un souffle nouveau. Et c’est là que le film frappe fort : The Return ne glorifie pas le passé, il en démonte les illusions.
Une odyssée intérieure, sans armure ni fanfare. Un film qui tranche dans la chair du mythe pour en extraire une vérité plus humaine, plus nue, plus dérangeante.
Pour découvrir ma critique vidéo complète, copier/coller "cinéma sans fard + The Return + Uberto Pasolini" sur YouTube !
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Ulysse revient. Mais il n’est plus. Ou presque. Ce n’est pas l’homme aux mille ruses que Pasolini filme, mais un écho. Une fatigue. Une silhouette échouée entre deux temps, trop pleine d’hier pour épouser l’aujourd’hui. Il y a dans The Return ce tremblement rare des récits que l’Histoire a saignés, puis oubliés. Comme si l’épopée s’était dissoute dans la brume, ne laissant que des regards en ruine.
Pasolini ne filme pas Troie. Il filme l’après. Les restes. Les silences. Le sel figé dans la barbe, les pas qui n’osent plus toucher la terre natale. Il désarme l’Odyssée, la dépouille, lui ôte ses monstres, ses chants, ses gloires — ne garde que le vertige. La guerre ? Passée. Le voyage ? Révolu. Ce qu’il reste, c’est un homme qui rentre chez lui et trouve sa maison occupée, sa femme usée par l’attente, son fils devenu presque étranger. Ce n’est pas Homère, c’est Beckett au bord de la mer.
Le style est nu. Dépouillé. Presque biblique. Chaque mot, chaque souffle semble avoir traversé les siècles. Edward Bond, en co-scénariste, y injecte sa sécheresse tragique, son art de l’humanité dévastée. Les dialogues claquent comme des lames. L’émotion ? Elle coule, lente, souterraine, sans jamais chercher l’effet. Tout ici est retenue. Chute. Effondrement.
Le visage d’Ulysse — immense Ralph Fiennes — n’est plus un masque d’héroïsme, mais un cratère. Il incarne le retour comme on incarne une perte. Et Pénélope, sublime Juliette Binoche, n’est pas une icône fidèle : elle est fissurée, debout par nécessité. Ensemble, ils rejouent une reconnaissance sans éclat, sans lumière divine, presque maladroite. Ce n’est plus le triomphe du héros, c’est la gêne du survivant.
The Return ne cherche pas à réinventer l’Antiquité. Il l’use. Il la racle. Il en extrait une vérité nue : rentrer, c’est parfois ne plus être attendu. Ne plus savoir parler la langue de ceux qu’on aime. Ne plus s’y reconnaître. Alors le film devient murmure. Mémoire. Oraison. On y marche comme dans un tombeau ouvert, à la recherche d’un passé trop grand pour tenir dans le présent.
C’est lent, oui. C’est austère. Mais c’est magnifique. Parce que ça ose l’épaisseur du silence, l’inconfort du mythe qui s’éteint doucement. Pasolini signe ici une tragédie sans théâtre, une Odyssée sans mer, une fin sans apothéose. Un retour, oui — mais à quoi ?
Biblique. pas étonnant venant du neveu de Visconti. le sang remplace le sang. et le mythe ne glorifie rien. Les acteurs non plus. il y a la Grâce. Dans les yeux et dans les corps. Fiennes en maître absolu des fibres du corps et du poids du regard. Binoche reine de l’abandon. Acteurs titans. Frissons
spoiler: Contrairement à ce que pourrait laisser penser son patronyme, c'est de Luchino Visconti dont Uberto Pasolini est le neveu mais sa courte carrière de cinéaste, 4 films seulement, dont le sublime Une belle fin, n'a strictement rien à voir avec celle du réalisateur du Guépard. Le voir à la tête de The Return, une nouvelle version de L'Odyssée, tout du moins de son dénouement, peut paraître étonnant mais pas tant que cela si l'on considère le résultat final. Point d'épopée ici mais une tragédie humaine, celle d'un homme brisé par les horreurs de la guerre, dont le retour auprès de sa fidèle épouse, qui n'a sans doute plus envie de tisser, n'a rien de glorieux. C'est donc l'humaniste et l'anti-belliciste qui s'exprime, dans une version à l'os de l’œuvre d'Homère, comme une véritable tragédie grecque mais débarrassée de sa pompe et de sa théâtralité trop marquée. Un récit sobre et limpide, où les notions de pouvoir et surtout d'héroïsme sont relégués à leurs aspects dérisoires et vaniteux. Ralph Fiennes et Juliette Binoche, de nouveau réunis et très justes, soulignent à leur façon la fuite de la jeunesse et des idéaux et un harassement de l'attente alors qu'ils devront essayer de se souvenir ensemble pour mieux oublier et se résoudre à vivre, enfin. On est loin du mythe et tout proche des vicissitudes terre à terre de l'existence.
Ce film est une sorte d'opéra qui chante l'horreur de la guerre. Cette horreur imprègne le cœur du soldat, et va même jusqu'à contrôler sa vie, quand il est de retour. C'est plutôt éloigné de ce que du Bellay écrivait au 16ème siècle (et que tout le monde connaît) : "Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, et puis est retourné, plein d’usage et raison, vivre entre ses parents le reste de son âge".
Le récit homèrique est la partie théâtrale de cet opéra, et les acteurs, la partie musicale. L'action et les dialogues sont presque caricaturés, ralentis, ce qui assure la force dramatique, la tension, l'angoisse. Excellente actuation de Ralph Fiennes. Il ne manque qu'un chœur façon tragédie grecque ancienne. Ce n'est pas un film au sens ordinaire du mot. C'est un drôle de film. On se demande si c'était une bonne idée. Il n'aura sûrement aucun succès...
Ou un petit succès auprès de ceux qui ont lu l'Iliade et l'Odyssée. Ou de ceux qui ont aimé la série de Arte Les Grands Mythes, le film étant un zoom (filtré) des deux derniers épisodes (la Cicatrice du Roi et le Crépuscule des Dieux). "Filtré " au sens où les Dieux, omniprésents dans L'Odyssée, sont totalement absents dans ce film.
Après la guerre de Troie et une longue odyssée, Ulysse (Ralph Fiennes) est enfin de retour à Ithaque, tiraillé par la culpabilité de sa si longue absence. Une foule de prétendants s’y pressent, attirés par la beauté et la richesse de Pénélope (Juliette Binoche) qui repousse la date de son nouveau mariage jusqu’à l’achèvement d’une tapisserie qu’elle coud le jour et découd la nuit tombée. Ils menacent de s’en prendre à Télémaque (Charlie Plummer), le fils de Pénélope et d’Ulysse. Avec la complicité du porcher Eumée (Claudio Santamaria), Ulysse se rend au palais déguisé en mendiant. Son chien le reconnaît, puis sa nourrice, la vieille Euryclée (Angela Molina). Pénélope invente une compétition pour départager ses prétendants.
La rumeur qui entourait ce film était si exécrable que j’ai bien failli ne pas aller le voir. Je l’ai trouvé beaucoup moins mauvais que je ne l’avais craint. Si je n’en avais rien entendu, l’aurais-je pour autant trouvé bon ?
Comme les mauvais vins produits de l’assemblage de cépages de la CEE, The Return est un film cosmopolite. Son réalisateur est italien (il n’a aucun lien de parenté avec Pier Paolo Pasolini mais est le neveu de Luchino Visconti et s’est fait connaître en 2013 avec "Une belle fin"). Ses deux têtes d’affiche sont anglaise et française. Le reste de la distribution est italienne, espagnole ou néerlandaise. Le film a été tourné en décors naturels en Grèce et en Italie.
Le résultat est très classique. Il n’est pas kitsch pour autant. Le budget de "The Return" est douze fois moindre que celui du prochain film de Christopher Nolan dont l’adaptation de l’Odyssée est attendue en salles à l’été 2026. Ici, pas d’effets spéciaux renversants mais une mise en scène théâtrale et appliquée, aussi fidèle au texte que possible. Le couple mythique du Patient anglais est reformé près de trente ans plus tard. Il est moins glamour que jadis mais toujours aussi talentueux – même si Juliette Binoche me sort par les yeux.
Mettons les choses au clair dès à présent, ce n'est pas le film le plus dynamique qui soit. Cela est compensé largement par une écriture au cordeau. Tant chaque plan, chaque scène, chaque expression des comédiens suggère plus qu'on ne voit. Cette terre sujette à toute les convoitises à travers sa reine, ce roi perdu qui revient plein de culpabilité et qui ne vit que par la honte et les regrets
Malgré qu'il y ait l'acteur Ralph Fiennes, ça ne sauve pas le film.
L'histoire était très différente de ce qu'il y a eu dans d'autres films sur Ulysse. C'était plus sombre, plus dramatique. Peut-être plus fidèle à son histoire. Beaucoup de longueurs pendant le film.
En adaptant Homère, Uberto Passolini ne prend pas tellement de risques, tant l’écriture de l’Odyssée est parfaite d’un point de vue dramaturgique. On y retrouve ces grands sentiments : la vengeance, le poids de l’attente et de la guerre, l’amour.
Et en ce sens, le film respecte cela plutôt bien.
Cependant, la mise en scène aurait gagné à chercher un peu plus d’identité, à ajouter au fond une forme un peu moins attendue, pour gagner en complexité et en tension
Magnifique film merci au néoréalisme italien en la personne d Uberto Pasolini, ses partenaires et équipe. Je préfère un film comme mille fois plutôt qu’une grosse production dénué authenticité, vraiment adoré merci
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2,0
Publiée le 7 août 2025
"The Return" relate le retour d'Ulysse après des années d'absence suite à la guerre de Troie. spoiler: Un retour dans l'indifférence alors que les tensions se font de plus en plus sentir à Ithaque avec la reine Pénélope qui est soumise à une forte pression pour choisir un nouveau roi. Des prétendants, des manigances et surtout beaucoup de bavardages autour de ce trône si convoité. C'est surtout le portrait d'un homme marqué physiquement et émotionnellement par tout ce qu'il a vécu, ce qui rend d'autant plus difficile son retour, car il n'est plus vraiment celui qu'il était. Un film tout sauf épique, un drame aux airs de téléfilm fauché qui manque de passion et de dynamisme. Ralph Fiennes fait bonne figure, mais j'ai trouvé le film plat et souvent ennuyeux.
L'idée du cinéaste est de reprendre l'histoire de l'Odyssée en effaçant toute référence à des mythes ou légendes, en ancrant ainsi le récit dans un réalisme crédible et authentique, voir même un naturalisme âpre et viscéral. Le film n'a donc aucun bestiaire mythologique, aucune référence à des créatures mystiques ou légendaires tandis que l'île d'Ithaque est située en décors naturels qui semblent intemporels mais primitifs. Le premier constat à l'arrivée de Ulysse sur l'île est qu'il est un homme brisé, ce qui est cohérent et réaliste quand un guerrier a combattu quasi non stop durant près de vingt ans. Brisé physiquement, mais surtout psychologiquement et sur ce point le scénario est d'un modernité certaine. Si Pénélope/Binoche subit les assauts des prétendants le récit repose en fait surtout sur l'état post-traumatique de Ulysse/Fiennes, qui semble comme apathique, perdu, qui tente de se remettre des années de souffrance, de luttes, de la fatigue accumulé en se demandant si son retour est utile et/ou nécessaire après tant d'années. La réalisation de Uberto Pasolini est subtile et élégante avec des travellings, des silences pesants mais logiques, la seule séquence peu logique ou maladroite est dans le premier face à face entre Ulysse et Pénélope, à la fois touchant mais incongru tant on s'étonne qu'il n'y ait pas de réaction ou même un trouble plus palpable. En conclusion, ce film est une relecture fine et intelligente du mythe avec deux acteurs d'exception toujours au sommet de leur art. Site : Selenie
L'histoire est plus forte que le film. Cette adaptation est parfois un peu étrange , lente mais certaines scenes marquante , surtout vers la fin et la force de l’œuvre laisse une impression positive .
Des hommes éternellement belliqueux et querelleurs, des terre fatiguées, la guerre encore et toujours, tel est le spectacle de cet Ulysse 2025. Point de mythologie, de magie ici, juste le plancher des vaches, la douleur, la tristesse,l'envie et l'honneur. Les paysages et éléments naturels sont magnifiquement filmés dans des tons ocres. Le spectacle interroge sur la violence, dans un tonalité théâtrale, et volontiers lente qui renforce les enjeux. Ralph Fiennes realise encore une belle performance. La fin est moins réussi, entre bataille poussive et des retrouvailles trop expéditives. En attendant la version de Christopher Nolan....
Très intéressant film de Uberto Pasolini qui je trouve a un côté théâtrale et Biblique en revisitant le mythe d’Ulysse avec le duo Fiennes/Binoche qui se retrouve là quasi 30 ans après " Le Patient anglais" .