Avec Le Battant, Alain Delon signe un film un peu plus abouti que Pour la peau d’un flic. Pas excellent cependant, ça reste un polar assez académique et sans doute trop « vieille école » dans les années 80, tant on semble être dans un film de gangsters des années 60-70, mais ça se laisse voir.
L’interprétation est correcte. Delon ne fait pas beaucoup d’efforts niveau émotions, et il aurait pu en faire davantage, même en préservant sa réputation de dur. Son personnage manque de fragilité, ce n’est pas forcément très attrayant, et l’acteur reste imperturbable, en mode Le Samouraï. Il a toutefois un charisme, et une sobriété finalement qui passe pas trop mal. Face à lui, on a quelques seconds rôles de qualité, notamment François Périer, mais surtout le charme d’Anne Parillaud. Passant l’essentiel du film à poil, l’actrice arrive dans le plus simple appareil à ne pas être qu’une plastique, mais aussi à apporter un peu de cette émotion qui manque singulièrement ailleurs.
Car Le Battant est finalement un film « mécanique ». Delon n’a pas d’émotion, mais dans l’ensemble le film se contente d’être efficace, en reprenant des recettes assez usées. Le film est suffisamment rythmé, rebondissant, et correctement dialogué pour se laisser voir sans déplaisir particulier, mais rien ne vibre vraiment. C’est carré, linéaire, prévisible parfois puisque le film n’innove pas, et au bout du compte ça coule sans laisser de souvenir impérissable. C’est quand même regrettable, d’autant qu’il est censé y avoir des scènes émotions, et malgré la musique réussie et volontiers larmoyante, ça ne te remue pas les tripes. C’est trop mécanique.
Globalement ça se répercute au niveau visuel. Delon n’est pas un branque, mais là aussi il reste trop ancré dans les codes du genre (la scène d’ouverture par exemple c’est presque un cliché), et se contente d’agir un bon artisan. C’est plus propret que Pour la peau d’un flic, mais c’est d’un académisme qui pourra rappeler un Verneuil moyen. La petite surprise vient d’une belle utilisation de la nudité de Parillaud, mais pour tout ce qui est scènes d’action et confrontation virile, c’est plutôt sans originalité.
En somme, Le Battant c’est un polar classique. Rien de bien neuf, ni dans l’histoire ni dans la mise en scène. Delon n’essaye nullement de se distinguer, mais, si on peut lui reprocher ce manque de personnalité manifeste, pour autant on peut le considérer comme un artisan honnête, pas plus mauvais que nombre de metteurs en scène du temps. 3