« Conclave », un film clivant par essence puisqu’il s’attaque à l’une des institutions les plus puissantes au monde : la Papauté.
Un thriller au cœur de Rome, dans la cité du Vatican, entre fumées noires et fumée blanche.
Depuis le XIème siècle, la mort du Pape réunit le Conclave pour élire le nouvel évêque de Rome. Nommer le successeur de l’apôtre Pierre qui, d’après les saintes écritures catholiques, serait le premier souverain ecclésiastique, Père de tous les catholiques au monde.
Intrigues, manipulations, transactions politiques, secrets d’alcôves et autres serments émaillent les délibérations amenant le vote attendu par plus d’un milliard de Catholiques éparpillés sur les cinq continents.
Le réalisateur allemand Edward Berger a respecté les ressorts du film à suspense, avec une rigueur digne des arcanes de l’Eglise.
Rigueur servie par des décors et des costumes sublimés par la direction photographique du maitre Stéphane Fontaine.
Décors de Suzie Davis (conceptrice de production – "The Courier" et "Saltburn" et nommée aux Oscars pour "Mr. Turner" de Mike Leigh) : Les éléments de la Chapelle Sixtine et de la Casa Santa Marta ont été construits dans les mythiques studios Cinecittà de Rome.
Costumes de Lisy Christi (nommée aux Oscars pour "A l’Ouest, rien de nouveau" de Edward Berger et "Anonymous" de Roland Emmerich) : tout en respectant les codes vestimentaires des cardinaux, Lisy Christi a su, avec son équipe, créé un dressing ecclésiastique du plus bel effet.
Et que dire de la prestation de Ralph Fiennes en doyen des cardinaux – statut qui vaut au cardinal Lawrence d’organiser le Conclave pour élire le nouveau Pape ?
Performance magistrale pour cet acteur britannique, à l’immense carrière au cinéma comme au théâtre et qui pourrait se voir décerner enfin un Oscar pour cette interprétation !
Cardinal tourmenté, habité par le doute, il doit composer avec toutes les opinions, toutes les tendances, toutes prétentions représentées sous le plafond de la Chapelle Sixtine.
Du plus traditionaliste et antipathique Cardinal Goffredo Tedesco (Sergio Castellitto – réalisateur de "Venir au monde"), au plus libéral et ami du Cardinal Lawrence, le Cardinal Aldo Bellini (Stanley Tucci - "Le Diable s’habille en Prada", "Spotlight", la saga "Hunger Games"…) en passant par le modéré Cardinal Tremblay (John Lithgow – "Dexter", "The Crown"…) sans oublier le conservateur aux pratiques douteuses, le Cardinal Joshua Adeyemi (Lucian Msatami – "Game of Thrones"…) et l’inattendu Cardinal Vincent Benitez ( Carlos Diehz – acteur Mexicain).
A noter la brillante prestation toute en nuance mais très efficace d’Isabella Rossellini incarnant Sœur Agnès. Une voix féminine entourée d’un groupe de religieuses silencieuses qui veillent au bon déroulement de la vie des cardinaux durant leur séjour à Rome.
Edward Berger, en adaptant le roman de Robert Harris, a exploré directement ou par sous-entendus à peine dissimulés, tous les sujets de controverses dont fait l’objet l’Eglise depuis quelques décennies.
Bien entendu, le film n’échappe pas à toutes les polémiques ainsi suscitées.
Et ce n’est pas le final de ce Conclave qui va appeler à la concorde !
Il n’en reste pas moins que sur un plan purement cinématographique, ce film est une réussite totale - d’un esthétisme pur au pays, berceau de la culture artistique, de la Renaissance et de l'humanisme.
Quelles que soient vos croyances ou opinions sur les religions en général, courrez voir ce qui se trame lors de ce Conclave fictif mais aux litanies bien réelles.