Je le jure est le troisième volet d’une trilogie amorcée par le cinéaste autour de la région de la Moselle, après Party Girl (2014) et Petite Nature (2022). Une région que Samuel Theis connaît bien puisqu’il y a grandi.
Si Samuel Theis s’attaque ici au genre du film du procès, il n’a pas voulu faire une trame conventionnelle, où il s’agit de connaître ou non la culpabilité de l’accusé. Ce qui a intéressé le réalisateur, c’est la question de la peine, comme il le déclare : "C’est quoi une peine juste ? J’ai voulu m’éloigner de l’aspect spectaculaire pour filmer la justice en creux plutôt. La filmer en retrait. Trouver l’esthétique dans l’éthique du projet : Chercher l’image juste."
S’il existe peu de longs-métrages mettant en scène un juré, Samuel Theis s’est inspiré de 12 hommes en colère, de Juré n°2 de Clint Eastwood et de la série American Crime Story sur O.J Simpson, en 2016.
Comme il l’avait déjà fait sur Petite Nature, Samuel Theis a mélangé un casting d’acteurs professionnels et non-professionnels. Un processus qui a pris du temps, puisqu’il a lancé un grand appel à candidatures dans la région et a attendu patiemment les retombées. À travers ce système, le cinéaste souhaite "redonner au cinéma son rôle de témoin : témoin des voix que l’on n’entend pas, des vies que l’on ne regarde pas". Il s’inscrit ainsi dans une démarche politique.
Pour écrire le personnage de Fabio, Samuel Theis s’est inspiré au départ de son frère, taiseux et renfermé sur lui-même. Par ailleurs, comme celui du film, son frère vit une histoire d’amour avec une femme plus âgée.
Pour former le groupe le plus hétéroclite possible, le réalisateur a créé plusieurs groupes sociaux comme des chasseurs, des employés d’une recyclerie de métaux, une famille, un groupe de jurés, etc... Si c’est le cas avec les acteurs non-professionnels, ce groupe hétéroclite est également de mise pour les acteurs professionnels, comme Marina Foïs, Louise Bourgoin, Micha Lescot ou Saadia Bentaïeb qui vient du théâtre de Joël Pommerat. En outre, les acteurs ont passé un maximum de temps ensemble pour créer une complicité.
Avec son chef opérateur Jonathan Ricquebourg, Samuel Theis a souhaité se confronter visuellement à la réalité d’un procès, où l’on ne voit jamais très bien de sa place. Ils ont donc beaucoup travaillé sur les amorces, avec des angles obstrués. La caméra filmait aussi toujours en retrait. Symboliquement, cela signifie que la vérité est toujours "partielle ", selon le cinéaste.
L’acteur qui joue l’accusé est Souleymane Cissé qui, comme l’actrice campant sa mère, Abibatou Koné, est un comédien non-professionnel d’origine ivoirienne. Samuel Theis a été séduit par son phrasé châtier, loin des clichés des banlieues.
Avant le tournage, Samuel Theis a assisté à de nombreux procès et rencontré des magistrats.
Dans Je le jure, le réalisateur a fait de son personnage principal un pyromane, au lieu d’un tueur en série. Une volonté dont il s’explique : " Il s’agit d’esquiver les crimes sordides, pour explorer une violence plus abstraite, plus universelle. Et puis c’est un geste fort : il s’agit de brûler, de réduire en cendres. Il porte en soi une ambivalence, qui ramène autant à la destruction qu’au spectacle."
Avec son chef opérateur, le réalisateur a travaillé longtemps sur une opposition entre le jour, avec des teintes très froides, et la nuit, aux couleurs chaudes.
C’est lors de la scène d’ouverture que Samuel Theis a décidé de remplacer le bleu initial avec le vert : " Il fallait que dans le cabanon de chasse, on sente la moiteur et l’alcool, quelque chose d’un peu poisseux. C’est devenu la matrice esthétique du film, sentir les corps et les peaux", confie-t-il.
La bande-originale du film a été composée par la DJ Maud Geffray. C’est Samuel Theis qui a contacté la compositrice, qui lui a fait des propositions lors du montage du film. Elle a utilisé des instruments originaux comme le cor, dont elle a volontairement tordu le son pour lui donner des sonorités encore plus étranges.
Lors du tournage du long-métrage, Samuel Theis a été mis en cause dans une affaire de viol. Pour maintenir le film et son économie, un protocole complexe a été mis en place, à commencer par une mesure d’éloignement. Si le réalisateur était présent sur le plateau lors des répétitions pour les comédiens et les techniciens qui acceptaient sa présence, il était isolé ensuite dans une pièce et donnait ses instructions au casque afin de ne pas croiser ceux qui ne le souhaitaient pas. La production a proposé un accompagnement psychologique à l’équipe et une cellule d’écoute.