Venant d'emménager dans une petite ville ennuyeuse du Missouri en compagnie de son père médecin, Quinn se lie d'amitié avec un groupe de jeunes lycéens qui s'amuse à détourner la figure du clown Frendo, emblème d'une ancienne usine de sirop de maïs locale, pour en faire un tueur assoiffé de sang à travers des pranks publiés en ligne. Problème, alors que Quinn sourit en visionnant leur dernier fait d'armes dont elle est elle-même la victime sur son portable, elle remarque en arrière-plan la présence d'un autre Frendo, inconnu, en train d'observer la séquence...
Du clown. Du champ de maïs. Des meurtres. Au moins, on pourra dire qu'Eli Craig n'aura pas menti sur la marchandise qu'un titre tel que "Clown in a Cornfield" pouvait laisser augurer. Et, à vrai dire, on salivait à l'idée d'enfin revoir ce réalisateur-scénariste accompagné d'un postulat aussi jubilatoire que rudimentaire, surtout que le bonhomme s'était fait très rare depuis l'incontournable "Tucker & Dale Fightent le Mal" l'ayant révélé de belle manière auprès des amateurs du genre (hormis un "Little Evil" netflixien sympathique mais plus qu'oubliable, il avait pour ainsi dire disparu des radars). Hélas, hormis les quelques couinements entraînants de ses chaussures, on ne peut pas dire que le clown Frendo ait tous les meilleurs pompons en sa possession pour signer le grand retour d'Eli Craig dans les esprits.
À la suite d'un prologue qui fait donc tout ce que le titre avait promis, la première moitié de "Clown in a Cornfield" va en effet se révéler étonnamment laborieuse, traînant la patte plus que de raison, et pas seulement en termes d'entrée en scène de son assassin, entre un ton de slasher bizarrement très ordinaire (les premières interventions de Frendo auprès du groupe du héros n'ont rien du numéro de cirque tant espéré par le classicisme des exécutions meurtrières sorties de son sac à malices) et celui d'un second degré, marque de fabrique de Craig, qui, à part sur quelques points (le cynisme de Quinn et le traumatisme à la fois réaliste et touchant entre elle et son père), se contente de jouer sur le climat de complète dépression de la ville et la fracture/décalage des générations qui y résident.
Évidemment, tout cela n'est pas gratuit et le propos que va mettre en lumière le film dans sa seconde partie est loin d'être bête dans une Amérique contemporaine qui ne cesse de se diviser à travers à peu près toutes ses strates sur fond d'incompréhensions irréconciliables de points de vue, mais, en l'occurrence, dans "Clown in a Cornfield", cela n'engendre qu'un léger sursaut d'espoir à mi-parcours (vis-à-vis d'un changement de rapport de force) vite tari par une répétition d'un discours que le film n'a fait que beaucoup trop préparé en amont pour véhiculer un quelconque effet de surprise capable de perdurer.
En soi, grâce à certains sourires et des meurtres devenant plus efficaces sur la durée, le long-métrage va parvenir à conserver un certain capital sympathie jusqu'à son terme mais cela ne suffira clairement pas à tirer quelque chose d'un brin mémorable du tour piste de Frendo et ses amis. On a connu de bien meilleurs massacres à base de clowneries ou de champs de maïs et, c'est triste à dire, celui concocté sous le chapiteau d'Eli Craig, est plus digne d'un produit de plateforme de streaming vite consommé qu'une représentation flamboyante sur grand écran.
À croire que "Tucker & Dale..." restera inégalé dans sa (pour l'instant, très courte) filmographie.