Qui est le film ?
Ce nouveau Dragons s’inscrit dans la désormais longue série des remakes live-action de films d’animation initiée par Disney et poursuivie ici par Universal. Ce nouveau cru cherche à transposer en chair, en pixels et en textures réalistes un récit déjà profondément ancré dans l’imaginaire collectif. Mais à la différence de son modèle animé, il ne naît pas d’un désir narratif, mais d’une nécessité industrielle.
En surface, il raconte toujours la même chose : la rencontre improbable entre un garçon frêle, Harold, et un dragon blessé, Krokmou, dans un monde où humains et créatures mythiques sont en guerre. Mais ce qui, à l’époque, relevait de l’audace est devenu ici un cahier des charges.
Que cherche-t-il à dire ?
À première vue, le projet semble identique à celui de 2010 : raconter une initiation, une réconciliation, une utopie où l’altérité n’est plus un danger mais une chance. Mais dans sa forme 2025, Dragons ne cherche plus tant à émouvoir qu’à reformater. Le propos principal est toujours là, mais affadi.
La grande ambition du remake aurait pu être de repenser la relation entre Harold et Krokmou à la lumière des bouleversements culturels récents : rapport au genre, à la nature, à la violence. Mais plutôt que d’oser une lecture critique de son propre mythe, le film recycle sans interroger. Il habille l’ancien avec du neuf, sans jamais changer le regard.
Par quels moyens ?
Le film recréée son modèle presque plan par plan, mais en perdant l’étrangeté qui faisait sa force. Là où l’animation jouait sur le flottement, l’ambiguïté, la version live-action cadre trop proprement, trop frontalement. La tension est évacuée au profit d’un effet "réaliste" qui écrase l’émotion.
La mise en scène reste fonctionnelle, rarement incarnée. Les séquences de vol, censées libérer la narration, sont impeccablement chorégraphiées mais privées de toute ivresse.
L’éclairage du film efface toute rugosité. Même les scènes nocturnes, censées porter une inquiétude, sont baignées dans une clarté numérique. Tout est trop visible, trop propre, trop clair. C’est un monde qui se veut rassurant, là où il aurait fallu déranger.
Où me situer ?
Je regarde Dragons avec ambiguïté. Je comprends ce qu’il veut être. Je crois à la beauté intacte de certains plans, à la sincérité de quelques gestes, à la douceur du lien entre Harold et Krokmou. Mais je ne peux m’empêcher de sentir l’opération derrière le conte. Le film est un produit bien fait mais un produit. Il ne me laisse jamais l’impression que quelqu’un a eu besoin de le faire.
Ma position n’est pas celle du puriste : je ne défends pas l’original comme un totem intouchable. Mais je défends l’idée qu’un remake doit être une relecture, pas une réédition. Et ici, l’intention commerciale l’emporte sur l’élan artistique.
Quelle lecture en tirer ?
Ce Dragons manque d’idées, manque de nécessité, n'offre aucune modernité. En ce sens, il trahit son propre récit : celui d’un garçon qui ose désobéir à l’ordre établi pour écouter ce qu’on lui avait appris à craindre.
Et c’est peut-être cela, le vrai problème : le dragon a été apprivoisé avant même d’apparaître à l’écran.