Dans les premières minutes, je n’y croyais pas beaucoup, à Rami Malek en maître-espion : trop maigrichon pour l’héroïsme, trop introverti pour la parodie, malgré sa prestation dans le dernier James Bond. Finalement, je l’ai adoubé comme un excellent choix de casting puisqu’il joue précisément un “Amateur”, analyste-cryptographe de la CIA, un mec un peu cérébral, un peu terne et le nez perpétuellement fourré dans ses données qui, dégoûté par l’inaction de sa boîte pour attraper ceux qui ont tué sa femme au cours d’une prise d’otage - attention, barbouzeries et complot de l’état profond en vue ! - s’improvise agent de terrain. Il n’a pas le mental, il n’a pas la condition physique ni le charisme…mais il a des idées et, surtout, de la capacité d’analyse et de la maîtrise de la technologie…sans compter que si Jason Bourne était amnésique, Charlie Heller serait plutôt hypermnésique. De Londres à la Russie en passant par Paris, Marseilles, Madrid et Istanbul, on suit donc cet agent improvisé qui gaffe souvent mais apprend vite et si on retrouve de nombreux archétypes du film d’espionnage, les choses se déroulent toujours un peu différemment de ce dont on a l’habitude : Rami Malek parvenant à faire ressentir avec une conviction grandissante l’assurance forcée que doit adopter son personnage, qui n’en mène quand même pas large dans les moments critiques. Avec son scénario bien ficelé et ses rebondissements convaincants, ‘The amateur’ fait le taf et ne démérite pas, même si son concept même, avec un héros fonctionnaire presque aussi terne que le George Smiley de John Le Carré, l’empêche de faire preuve de la flamboyance propre au genre : on s’identifie peut-être à Charlie Heller…mais on a ENVIE de s’identifier à James Bond. Je viens juste de découvrir que ‘The amateur’ était un roman de Robert Littell, déjà adapté au cinéma l’année de sa sortie, en 1981 : ça devait être quelque chose de voir Charlie pirater un Minitel et fuir en R5…