Pedro Martín-Calero voulait que le film soit perçu comme un cauchemar, jouant sur les codes des rêves : succession d’images dérangeantes, ruptures temporelles et atmosphère surréaliste. Les Maudites est ainsi déstructuré au niveau narratif pour plonger les spectateurs dans une "zone temporelle de cauchemar", où l’on ne sait jamais ce qui va se passer dans la minute suivante. Cette absence de linéarité rompt volontairement avec les codes traditionnels du cinéma d’horreur.
Le réalisateur et la scénariste Isabel Peña ont choisi de détourner l’archétype de la maison hantée gothique pour l’ancrer dans le quotidien. Dans Les Maudites, l’endroit maudit est un banal immeuble d’appartements, un lieu moderne et neutre, loin des manoirs lugubres habituels. L’idée était de renforcer l’idée que l’horreur peut surgir dans des lieux que nous fréquentons tous les jours.
Pedro Martín-Calero a intégré dans le récit des technologies actuelles : AirPods, Live Photos, Google Street View, WhatsApp ou encore caméras de sécurité. Ces éléments participent activement à la narration et renforcent l’angoisse, en montrant que l’horreur peut s’immiscer dans notre quotidien hyperconnecté. Par exemple, le phénomène paranormal est capté directement via des AirPods, ce qui donne une matérialité contemporaine à l’épouvante.
Les Maudites se déroule sur deux temporalités : Madrid aujourd’hui et La Plata en 1998. Le présent est filmé avec des outils numériques et des cadrages millimétrés pour un rendu réaliste et clinique. En revanche, les séquences de 1998 utilisent une caméra plus organique avec des mouvements à l’épaule et une texture analogique, pour évoquer la vitalité de l’époque et renforcer la sensation d’immersion dans le passé.
Le compositeur Olivier Arson a construit la bande originale autour de la voix humaine, en s’inspirant du gémissement central que perçoivent les héroïnes. L’objectif était de créer une continuité émotionnelle et temporelle entre les différentes histoires du film. Des chœurs discrets, quasi murmurés, créent une tension sourde et angoissante, évoquant l’oppression progressive du Mal qui piège les personnages dans une spirale émotionnelle.